Haut-Doubs. Longevilles Mont d’Or. De l’eau sous le Mont d’Or

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Une histoire vieille de cent ans, des rebondissements, des drames ... L'eau sous le Mont d'Or a rythmé la vie de ceux qui œuvrent pour elle depuis sa découverte accidentelle en 1912. L'épilogue de son histoire est en vue. Crédit photo : lepetitrandonneur.com

La nouvelle ne date pas d’hier. Elle a même plus d’un siècle. Mais les rebondissements qui entourent cette découverte accidentelle d’il y a plus de cent ne cessent de paraître.

“Tout a commencé en juillet 1910 lorsque les travaux pour creuser le tunnel sous le Mont d’Or ont débuté, explique Claude Jacquemin-Verguet, maire des Longevilles Mont d’Or. Les rails de chemin de fer qui le traversent aujourd’hui relient la France et la Suisse et sa longueur est de 6,097km. Pour cette époque, c’était un chantier pharaonique ! Les ennuis ont commencé en novembre 1911 lorsque de l’eau s’est mise à grandement perturber le chantier, côté français. Du coup, il a été décidé de mener les travaux exclusivement depuis la Suisse et remonter jusqu’aux Longevilles. Quatre kilomètres sont alors percés sans rencontrer de problèmes majeurs. Le 23 décembre 1912, alors que les équipes ont creusé 4273 mètres précisément depuis l’entrée suisse, un bouchon d’argile explose, littéralement. Ce sont alors des millions de litres d’eau qui se déversent côté suisse. D’abord à la vitesse de 3 m3 par seconde puis à 5m3 par seconde. C’est colossal !” Claude Jacquemin-Verguet expose alors les ravages d’une telle catastrophe : toute la vallée est inondée, jusqu’aux UMV. Les dégâts matériels sont spectaculaires. On parle d’une descente de 77 000 m3 de remblais. Une immense faille est alors ouverte sous le Mont d’Or, créant le tarissement des sources environnantes et mettant à l’arrêt les usines fonctionnant à la force hydraulique. Le 15 janvier 1913, le débit n’est plus que de 400 litres par seconde et les travaux peuvent reprendre. “Le 25 avril de la même année, c’est une nouvelle catastrophe qui surgit, de la même nature que la précédente mais d’une ampleur encore plus épouvantable. On parle de 10 m3 par seconde ! Les écoulements ne cesseront qu’au mois de juin suivant. Les travailleurs italiens sont appelés en renfort et la ligne est enfin inaugurée le 15 mai 1915.”, conclut l’édile.

Une ressource convoitée

Depuis les années 90, la nature de l’eau présente sous le Mont d’Or suscite les convoitises. A commencer par le pharmacien de Métabief, Mr Droz-Barthelet qui fit réaliser des analyses sur l’eau de la poche située à 1300 mètres de l’entrée du tunnel. Surprise ! L’eau est excellente, proche d’une eau minérale. L’idée de l’exploiter mûrit dans l’esprit du pharmacien jusqu’en 2001 où la volonté de créer une usine d’embouteillage se fait sentir. Mais faute d’appuis notamment, le projet tombe à l’eau. “C’est quand même bien dommage, déplore monsieur le maire. Avoir une eau de telle qualité et ne pas pouvoir l’exploiter est une grande frustration. Le Mont d’Or est un lieu préservé, sans pollution. Il est normal que l’eau qu’on y trouve soit aussi qualitative.”
Non loin de cette poche-là s’en trouve une autre, à 1800m. Le débit y est très impressionnant : 100m3 par heure. Une ressource et un débit jugés suffisants par l’Agence Régionale de la Santé qui donne son feu vert pour l’exploitation. “Nous avons connu de nombreux rebondissements pour l’exploitation de cette source, expose Anthony Messika, directeur du service technique de la communauté de communes du Mont d’Or et des deux lacs. Nous avions exercé un premier forage en 2017 qui a dû être interrompu en raison d’un trop grand risque. Il y a un énorme volume d’eau et la voie ferroviaire passe juste en-dessous. Il s’agit d’être prudents ! Nous avons repris en 2018 et ce fut un succès ! La vanne qui permet de récupérer l’eau est parfaitement sécurisée et les analyses récentes ont permis de constater que l’eau était parfaitement potable. Nous venons tout juste de valider son utilisation dans le réseau d’alimentation d’eau pour les communes du secteur.” Une excellente nouvelle qui permettra, à terme, de soulager le Lac Saint Point, d’où est actuellement puisée l’eau, notamment en période de sécheresse. “Nous attendions cette possibilité depuis 35 voire 40 ans. C’est une grande avancée !” Anthony Messika souligne que le sous-préfet Serge Delrieu et la SNCF ont fortement aidé le projet. “Ce n’est désormais plus qu’une question administrative, mais on sait que cela peut prendre du temps.” Fin prévue des travaux : début 2023.

Les impressionnants travaux de forage ont dû être stoppés en 2017 avant de reprendre en 2018