Haut-Doubs. Morteau. L’éboulement créateur

387
Les disparitions estivales du Doubs ont des explications géologiques.

Pour bien comprendre la configuration actuelle du Val de Morteau traversé par le Doubs, il faut remonter loin. Très loin même. 15000 ans en arrière précisément comme l’expliquent Jean-Marie Robbe et Jean-François Chopard dans leur livre « L’éboulement créateur ».

« A l’époque, la vallée profonde ressemblait à un V comme c’est encore aujourd’hui le cas après le barrage du Chatelot…Puis un glissement de terrain côté France et un éboulement côté Suisse ont tout obstrué » expliquent les auteurs pour décrire cet événement géologique qui a façonné la partie du Doubs entre l’aval du Saut du Doubs et le débarcadère : « Ainsi bouchée, la vallée s’est remplie d’eau et le niveau est remonté jusqu’à Pont de la Roche à la sortie des gorges de Remonot ». Un grand lac de plus de 20 kms de long qui a évolué au fil des siècles pour ne laisser aujourd’hui qu’un lac résiduel, à Chaillexon avec une profondeur qui va de 4 à 30 mètres « avec même un entonnoir à 35 mètres sous les débarcadères » poursuivent-ils. Autres chiffres marquants, l’épaisseur d’alluvions qu’a laissée derrière lui cette évolution millénaire : « Des sondages ont confirmé 25 mètres au niveau de Morteau et 40 à Villers-le-Lac ».  La vallée a donc bel et bien été considérablement modifiée par cet éboulement : « Sinon elle serait très profonde, difficile d’accès et : les activités humaines auraient eu du mal à s’y installer et s’y développer ».

Dans leur ouvrage, Jean-Marie Robbe et Jean-François Chopard reviennent également sur la disparition toujours spectaculaire de la rivière en été ces dernières années : « Il y a bien sûr les failles et des fuites de l’eau à travers le barrage de rochers et de graviers qui s’est créé dans le lit du Doubs. On estime ces pertes à 3 mètres cubes par seconde. Le niveau baisse donc vite, jusqu’à 17 mètres en 2018… ce qui dans l’autre sens peut être comblé en 48 heures grâce à des pluies soutenues sur le bassin versant ». Les auteurs évoquent enfin les ponts, les bacs utilisés autrefois pour traverser la rivière, les noyades et accidents, les bains des Brenets ou encore la fabrication de la glace… Une lecture indispensable pour mieux comprendre le Val de Morteau.