Haut-Doubs. Orchamps-Vennes. A la guerre comme à la guerre

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Les élèves ont rédigé leurs lettres dehors, dans le froid et à même le sol.

L’histoire peut parfois paraitre comme une matière rébarbative aux yeux des collégiens. Comment en effet faire prendre conscience à des élèves de 3ème de ce qu’on réellement vécu les poilus de 1914 à 1918. Pourquoi pas en les sortant de leur classe…

Pour Béatrice Crucet et Rachel Digard, professeures d’histoire et géographie au collège Jean Bosco à Orchamps-Vennes, il n’était pas question d’aborder le cours « Civils et militaires dans la 1ère guerre mondiale de façon uniquement théorique. Leurs élèves de 3ème ont donc abordé la notion de violence extrême que les combattants et population civile subissaient de manière originale, par le biais d’une tâche complexe dont le sujet était le suivant : « Vous êtes chargés d’organiser une exposition pour les futures portes ouvertes du collège, sur le thème de la bataille de Verdun ».

Les deux enseignantes expliquent : « Une tâche complexe permet de travailler différentes compétences. Pour celle-ci, se repérer dans le temps, extraire des infos pertinentes, écrire pour construire sa pensée, coopérer et mutualiser ». Les adolescents ont d’abord travaillé en groupe, cherchant l’information pour compléter une carte mentale sur la bataille de Verdun où figuraient dates, camps qui s’opposaient, déroulement de la bataille, armes utilisées, conditions de vie, violences morales et physiques, conséquences. Des dossiers documentaires et des lettres de poilus étaient à leur disposition.

« Puis individuellement, dehors dans le froid et l’humidité, sans table ni chaise ,avec une feuille et un simple crayon papier, ils se sont  glissés dans la peau d’un poilu et ont rédigé une lettre fictive adressée soit à leurs parents soit à leur présumée épouse. Ils ont raconté et décrit leur vie durant la bataille de Verdun » poursuivent-elles. Ils avaient bien sûr une série de critères à respecter : mettre en page correctement la lettre, dater la lettre durant la bataille de Verdun, utiliser un vocabulaire précis et adapté à la période, donc sans anachronisme, décrire les conditions de vie du soldat et celles de la bataille, donner des nouvelles des camarades connus de la famille, chercher à rassurer leurs proches… le tout avec une expression soignée. « Les élèves, dubitatifs devant la proposition, ont adoré l’exercice et ont bien joué le jeu ». Les enseignantes ont été épatées de la richesse et de l’émotion émanant de leurs lettres. La météo pluvieuse le jour de l’exercice a même ajouté un peu plus de réalisme car les élèves avaient réellement froid!

Grâce à cette méthode originale, ils se sont aussi davantage intéressés au travail des uns et des autres, discutant après l’exercice de leurs ressentis et ayant envie de lire les lettres des autres. Désormais, ils envisagent de reconstituer une tranchée pour les Portes Ouvertes de leur collège et d’y exposer leurs lettres qu’il ont déjà pris soin de “vieillir” pour les rendre encore plus authentiques.