Haut-Doubs. Plateau du Russey. Un monde d’après dans nos assiettes ?

338
Fabrice Etignard va même au delà du cahier des charges imposé pour cultiver ses fruits et légumes.

Pendant des semaines, la population confinée a fait appel aux petits commerces et petits producteurs près de chez eux pour s’alimenter. Et tous de jurer la main sur le cœur que c’était le début d’une nouvelle ère…

Il n’y avait qu’à passer quelques minutes sur les réseaux sociaux ce printemps pour croire que la révolution était bel et bien en marche. Celle de la consommation, de la défense des commerces de proximité… tout allait changer, c’était écrit, affiché, revendiqué, on ne pouvait pas lâcher dès la fin de la crise la main qui nous a nourri. Dans son jardin des saveurs à Saint-Julien-les-Russey, Fabrice Etignard produit fruits et légumes en agriculture biologique. De multiples variétés de tomates, carottes, courges et courgettes, des choux chinois, blancs, verts ou violets, mais aussi des melons, des fraises ou des pastèques… « Je produis sans utiliser de serres chauffées, en respectant la rotation des sols et sans le moindre produit phytosanitaire même pas ceux que m’autorise le cahier des charges du label bio ». Mieux, il met un point d’honneur à tout faire à la main pour travailler la terre en ne consommant pas de carburant par exemple avec un motoculteur. « Mon objectif est de réduire au maximum mon empreinte environnementale et de produire des fruits et légumes sains ».

Pour la commercialisation, là aussi, il privilégie la proximité en participant à des marchés sur le territoire du pays horloger et en fournissant deux groupes du réseau Locavor aux Fins et à Damprichard. Les clients peuvent aussi se rendre directement dans son potager ou des paniers de 3 à 5 kg de marchandise sont à vendre pour un prix très compétitif, entre 9 et 15€. « Les gens ne doivent pas croire que ce type de production fait exploser les prix, au contraire. Et en plus, ils voient très vite la différence au niveau du goût tout en faisant un geste pour la planète » plaide-t-il. Bien entendu, pendant plusieurs semaines, de nouveaux clients sont apparus, profitant d’une telle opportunité souvent plus par principe de précaution que pour affirmer un choix sociétal. « Parmi cette nouvelle clientèle, certains ont été convaincus par les produits et deviennent des fidèles. Mais il y a aussi cette part de gens qui est très vite retournée aux courses rapides par facilité, sans se préoccuper de la qualité ». Une attitude humaine qui n’étonne pas Fabrice Etignard mais qui fait bondir beaucoup de ses collègues écœurés d’avoir répondu présents quand il le fallait et d’être oubliés si vite. Mais fallait-il vraiment s’attendre à une reconnaissance réelle au-delà des bonnes résolutions virtuelles ? Le monde d’après semble a priori pas si différent de celui d’avant.