Haut-Doubs. Pontarlier. Centre de dépistage Covid : l’envers du décor. Edit du 25 octobre.

498
Le centre de dépistage de la Covid 19 a à peine ouvert ses portes qu'il est déjà pris d'assaut par des centaines de patients venus se faire dépister. Mais que se cache-t-il derrière la façade de ce centre que l'on espère tous éphémère ? Problème de recrutement et course contre la montre sont le lot quotidien de tous ceux qui travaillent dans l'ombre. Image d'illustration

Lundi dernier, une photo circulait sur le net montrant une bien longue file d’attente de patients venus se faire dépister en masse.

“Les gens attendent parfois jusqu’à 4 heures, a souligné Patrick Genre lors du dernier conseil municipal. C’est une situation insupportable face à laquelle nous devons réagir au plus vite, conjointement avec la CPTS et les laboratoires de la ville.”
Cette photo, datant du 19 octobre, n’aurait finalement démontré qu’un événement ponctuel mais qui nécessitait de se mobiliser. C’est en ce sens qu’Anita Dzhurkova, biologiste chez LBM Santé Labo, a souhaité agir en recrutant du personnel supplémentaire. Pour ce faire, une annonce est passée, stipulant que la recherche se portait sur une personne titulaire d’un diplôme d’aide-soignant, débutant accepté, pour 35h par semaine et 1800€ par mois. Une offre alléchante à laquelle Émilie* a répondu “par curiosité mais aussi parce qu’il faut bien faire bouillir la marmite”. Alors qu’elle ne disposait pas du diplôme souhaité, mais de celui d’aide-médico-psychologique, elle a toutefois été reçu par Anita Dzhurkova un jeudi après-midi. “La pauvre courait dans tous les sens, explique Émilie. J’étais assise dans mon fauteuil et répondais à ses questions qu’elle me lançait entre deux coups de fil et deux mails reçus. Je ne sais même pas si elle a entendu mes réponses, déplore la candidate. Puis, elle m’annonce que je travaillerai soit du matin, soit d’après-midi et un samedi matin sur deux. Nous étions déjà loin des 35h annoncées ! Mais là où j’ai vraiment tiqué, c’est lorsqu’elle a évoqué la formation. Un simple exposé sur PDF, une vidéo tutorielle sur Youtube, et zou, dans le grand bain ! Je devais suivre une infirmière au centre de dépistage le samedi matin. Quand on voit la foule devant la porte du centre, je doute fortement que l’infirmière en place ait vraiment le temps de s’occuper de moi.” Émilie enfonce le clou : “Si je passe ce test et que j’accepte ce poste, je me serais retrouvée seule préleveuse dans le centre, avec deux secrétaires. Seule à gérer les très nombreux patients, le stress, les personnes rendues agressives par l’angoisse et l’attente, les pleurs des enfants qu’il faut maintenir fermement, les malaises … Bref, j’ai pris peur devant l’ampleur des responsabilités. Surtout qu’une fois le nombre d’heures contractuelles réelles calculées, je me retrouve avec un salaire de 1187€ brut. Ça ne valait pas le coup de courir autant de risques pour si peu, j’ai préféré ne pas donner suite.”
Des faits que confirme la biologiste, notamment concernant la formation : “J’ai bien transmis aux deux candidates le formulaire explicatif détaillant sur 15 pages l’ensemble des gestes à effectuer et le port et le retrait des EPI (équipement de protection individuelle). Une vidéo explicative est également fournie afin de familiariser visuellement les candidates aux gestes à adopter. Je leur ai proposé à toutes les deux de se rendre sur place le samedi matin, en ma compagnie, afin de suivre une formation en condensé sur le geste à effectuer. L’infirmière leur aurait expliqué comment procéder et les aurait laissé faire le prélèvement, sous sa vigilance. Et si, à l’issue de cette matinée, la candidate s’était sentie à l’aise, elle aurait pu travailler pour nous. Mais sans cette formation, je ne vois pas comment elles ont pu, l’une et l’autre, décréter qu’elles ne pouvaient pas le faire. Aucune des deux n’a pris la peine de se déplacer ce samedi. Ce n’est pas sérieux !”
Anita Dzhurkova souligne un autre point : “La situation de lundi 19 octobre, montrant une file longue de 100 mètres, était exceptionnelle et l’attente se limite généralement à une vingtaine de personnes. Mais depuis quelques jours, nous doublons les équipes avec un préleveur et deux secrétaires supplémentaires. Nous venons en renfort de nos collègues de l’autre laboratoire durant leurs demi-journées de permanence. Nous aimerions pérenniser le système afin de soulager le personnel qui est épuisé. Nous n’avons pas connu de répit depuis mars dernier. Heureusement, la municipalité nous soutient et, conjointement avec la CPTS, propose des solutions.” En réponse aux inquiétudes émises par Émilie concernant la sécurité, la biologiste se veut rassurante : “Nous travaillons très bien avec la police municipale qui se tient à notre disposition en cas de problème. Mais nous n’avons encore jamais eu affaire à elle !”
Depuis la semaine dernière, et pour répondre au mieux aux très nombreuses demandes de dépistage, le centre a mis en place des journées continues en semaine, supprimant la pause méridienne. Une nécessité selon Anita Dzhurkova qui ajoute : « Nous connaissons une progression importante des cas positifs, ce qui, naturellement, va entraîner une forte augmentation de cas contacts qui voudront en avoir le cœur net. »
S’il est bien un aspect sur lequel les deux femmes s’entendent, c’est bien sur le manque évident de personnel et la difficulté à recruter. Un manque qui se traduit par un flux tendu de patients, venus parce qu’ils ont des symptômes, parce qu’ils n’en ont pas, parce qu’ils partent en voyage, parce qu’ils sont cas contacts … parce qu’ils veulent se rassurer, tout simplement.

Ce sont ces goupillons que les aides soignants doivent apprendre à manipuler “sur le tas”

EDIT DU 25 OCTOBRE : Dans un communiqué de presse paru ce jour, la ville de Pontarlier fait savoir que désormais, les dépistages ne seront réservés qu’aux personnes ayant une prescription médicale, ayant été contactées par l’assurance maladie ou l’agence régionale de santé ou bien encore si vous êtes un professionnel de santé ou assimilés, travaillant à domicile. Ceci afin de limiter l’afflux massif de personnes au centre et de pouvoir traiter correctement les prélèvements.
*Prénom d’emprunt