Haut-Doubs. Pontarlier. Le Pass Sanitaire existait déjà il y a 120 ans !

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Les archives municipales de Pontarlier ont retrouvé des documents à l'époque où l'épidémie de Variole frappait la région.

Annie Brischoux, directrice du centre d’archives municipales de Pontarlier, et son équipe, ont retrouvé des dizaines de documents concernant la vaccination obligatoire il y a presque 120 ans… Variole, Scarlatine, Rougeole, tant de maladies, aujourd’hui disparues grâce à l’avancée de la médecine.

Ces documents datent de plus d’un siècle et n’ont jamais été autant d’actualité, sauf peut-être lors de leur publication. Et malgré l’innovation et le progrès constant de la médecine, les similitudes de la gestion sanitaire entre cette époque et la notre sont saisissantes.

Défiance du public envers l’État et la médecine

En 1884, la Variole fait des ravages. Des dizaines d’enfants meurent et chaque Préfecture doit rendre des comptes au cas par cas. Pas d’internet, ni de QR Code. Pas de tests PCR, ni de masques non plus. Seulement des symptômes, observés par les différents médecins de Pontarlier et transmis sur des fiches. Les coupures de presse de l’époque relatent une grande défiance envers le vaccin. Le 1er mai, le Journal de Pontarlier publie les données statistiques de la Variole sur six mois. 45 décès recensés, dont 19 en mars et 8 du 1er au 15 avril 1884. «  Le commerce local réclame, lui aussi, que lumière soit faite. Il veut que l’on sape toutes les histoires fantaisistes bâties sur le dos de l’épidémie, que l’on ramène à leurs justes proportions des chiffres considérablement grossis, que l’on détruise, en un mot, tous les bruits absurdes qui, depuis un certain temps, circulent non seulement dans notre contrée mais encore dans le reste de la France et chez nos voisins de la Suisse. […] Il eût suffi dès le début, de procéder à une vaccination et à une revaccination générale, et tout était dit. Il n’en a rien été malheureusement. Une personne qui s’était faite vaccinée étant morte quelques jours après, il n’en a pas fallu plus pour jeter dans la population le discrédit le plus complet sur la vaccination. On s’est empressé de dire que le vaccin était la cause d’une fin prématurée et que le vaccination était funeste en période d’épidémie ». Remplacez le mot Variole par Covid-19, vous obtiendrez un article de 2020-2021, ou presque.

Les archives municipales ont retrouvé des documents à l’époque où la Variole frappait le pays. Les similitudes entre cette époque et la notre est saisissante.

Femmes vaccinées en premières, triples doses parfois sans succès

Si les chiffres sont relativement faibles durant ces 4 premiers mois de l’année 1884, l’épidémie repart en décembre, comme l’indique le délibéré du conseil municipal du 12 décembre. « 39 enfants atteints parmi les écoles primaires communales […] Mr.Mercier, attribue l’extension de l’épidémie à l’inobservation de la loi concernant la vaccination. Il croit pouvoir dire que la moitié des enfants ne sont pas vaccinés. » La propagation de l’épidémie persiste et la vaccination est rendue obligatoire en 1902. « Le docteur Grenier, très connu ici car il soignait gratuitement les plus pauvres, était l’un des principaux médecins en charge de la vaccination. Sur les affiches de l’époque, l’État avait imposé une première vaccination pour tous les enfants de plus d’un mois. Avant une seconde dose pour les femmes et jeunes filles. Les garçons passaient après. Quand on découvre ces archives, et que l’on pense au Covid-19, c’est un peu inquiétant de savoir que la vaccination contre la variole a été imposée en 1902 et que la maladie a totalement disparu en 1977, commente Annie Brischoux. Il y avait évidemment moins de moyens de communications, de médecines, d’analyses de données.

La frontière Suisse était également concernée. Pour passer de chaque côté, un document, « Poste Sanitaire », était obligatoire pour prévenir de l’arrivée d’un habitant. Un Pass Sanitaire, époque XIXe siècle. Même les grosses entreprises de l’époque recensaient leurs salariés vaccinés dans un registre, à l’image de l’usine Gurtner. A l’intérieur du registre de vaccination, tout est détaillé. Trois inoculations étaient effectuées, et sur une centaine de salariés, quelques vaccinations étaient « sans succès ».

Martin SAUSSARD