Haut-Doubs. Premières concertations pour l’aménagement de la RN57 au Sud de Pontarlier

Ce lundi 25 octobre a permis à la majorité de présenter la première pierre d'un projet dont élus et Pontissalien parlent depuis très longtemps :  l'aménagement Sud de la RN57, pour désengorger une portion continuellement bouchonnée. Le débat entre majorité et opposition fut à la hauteur de l'importance du projet.

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Loin de toute opinion politique, les élus de Pontarlier ont joué le jeu d’Octobre Rose pour ce conseil municipal où chacun portait une touche de couleur en ce mois de sensibilisation au dépistage du cancer du sein. Avant de se lancer dans l’un des points chauds de ce conseil : l’aménagement Sud de la RN57.

RN57 : un premier projet retenu en 2018

Les premières présentations datent de fin 2018. Le variant A’ avait été retenu (Voir ci-contre). Pour enclencher ce projet, la ville et la CCGP doivent d’abord compter sur une reconnaissance d’utilité publique de l’État en présentant un dossier. C’est la manière de constituer ce dossier, qui a été déterminée ce lundi 25 octobre 2021. Sorte de Pré-consultation.

Elle passe par deux procédures. Pour la première, accrochez-vous bien, il s’agit d’une  » concertation inter-services dans le cadre de la préparation du dossier qui sera présentée en procédure de déclaration d’utilité publique. » Pour simplifier cette définition très technique : il est prévu en amont du dépôt de dossier, que certaines collectivités, comme le SDIS par exemple, soient consultées sur ce projet d’aménagement de RN57 afin d’apporter leur point de vue et besoins.

Deuxième procédure : dans le cadre de l’article L122.1 du code de l’environnement par rapport à l’évaluation des incidences d’un tel projet, un préavis technique doit être effectué avant que cette reconnaissance d’utilité publique ne soit validée. L’impact sur la biodiversité, l’évaluation de la pollution engendrée par ce projet, etc. Tous ces points seront étudiés par une commission mise en place.

5 points essentiels pour le conseil

En présentant le projet, Patrick Genre a insisté sur quelques points essentiels.  » L’objectif est d’analyser les impacts sur la circulation locale, les flux intra-muros. Nous voulons aussi vérifier que ce qui est présenté soit un projet intégrant l’évolution du trafic sur 15 à 20 ans. Il y a aussi la volonté d’associer l’ensemble des modes doubs, en particulier sur le carrefour Saint-Claude qui est un quartier de vie à 1400 habitants. Une étude sur les impacts environnementaux et le maintien d’un cadre de vie pour les riverains sera bientôt rendu par la DREAL. L’impact sur le foncier et sur le domaine urbanisable doit aussi être compté. Nous serons intransigeants là-dessus. »

Une fois cette phase de pré-consultation effectuée et validée, le dossier d’utilité publique pourrait être constitué au premier trimestre 2022.

L’opposition veut une autre solution

C’est à la suite de cette présentation que l’opposition et majorité n’ont pas trouvé d’accord. Pour Gérard Voinnet, « l’aménagement Sud devrait coûter entre 15 à 20 M€ d’euros pour un gain de temps estimé à 14 minutes. Soit environ 1,8M€ la minute. Au lieu de faire des études qui durent depuis des années, nous aurions pus faire des études sur le co-voiturage des frontaliers, en partenariats avec les employeurs Suisses ou la mise en place d’un réseaux de circulation de transport en commun, comme le train ou les bus. En conséquence de quoi nous voterons contre ce projet ».

Une déclaration sur laquelle Patrick Genre s’est empressé de réagir. « Le déploiement des transports en commun, ça a été fait. A l’époque nous avions fait des heures de rencontres avec Alain Fousseret (ex vice-président de la Région) et plusieurs patrons d’entreprises suisses pour tester un système de cartes TER. C’est impossible à mettre en place. Une liaison TER entre Frasne, Pontarlier et Vallorbe existe, une liaison vers le Val de Travers a été stoppée par manque d’utilisation. Aujourd’hui on est face à un problème de sécurisation et d’attractivité.  Notre territoire est enclavé avec une seule route d’accès : la RN57. Il y a des endroits où l’on ne peut pas se passer de la voiture. »

Pas question pour Gérard Voinnet de lâcher l’affaire, sur de son idée : « D’où l’utilité d’un réseau intra-muros ou inter-urbain de transports en commun. Il n’y a pas de transports collectifs rentables, tout est subventionné majoritairement, la question est de savoir jusqu’où nous voulons le faire. On a décidé de subventionner la voiture au dépend des transports collectifs, c’est un choix. Les transports en commun fonctionnent très bien avec des horaires cadencées. Si nous mettions en place un vrai projet pour réduire de 30% l’utilisation des voitures, le problème de l’embouteillage serait réglé.  »

 » C’est de la démagogie de dire ça !  » 

De quoi faire bondir l’adjoint Bertrand Guinchard : « C’est de la démagogie de dire ça ! J’en ai marre d’entendre des phrases d’élus nationaux qui veulent appliquer des programmes de grosses villes à des communes comme Pontarlier ! Ce n’est pas possible ! C’est justement ça qui fait le tort des transports en commun. »

Ce fut au tout de l’élu d’opposition de réagir plus fermement : « C’est une expérience. Notre projet prévu pour l’automobile ne fait que repousser la problème, puisqu’il favorisera l’augmentation de flux et donc de futurs bouchons. Pour créer une utilisation de transports en commun il faut créer la demande ! La liaison Besançon – Pontarlier à l’époque de sa mise en place il n’y avait pas de demandes ! Aujourd’hui c’est 14 navettes ! Ce n’est pas Paris mais ça fonctionne très bien ! Une ligne Pontarlier – Vallorbe bien cadencée financée par la Région serait la meilleure solution ! », insiste Gérard Voinnet avant que Patrick Genre ne tempère le débat. « C’est une très bonne idée mais adressez vous à la région. On ne peut pas être pour tout voiture ou tout transports en commun. C’est un mix. 30% des transports frontaliers c’est 1200 ou 1300 personnes à mettre dans des bus et des trains. C’est trop compliqué. Avec 60 personnes par bus au complet. C’est impossible. Ça fait 35 bus. Vous vous rendez compte économiquement ce que ça représente ? ».

Après ce vif échange, les six conseillers d’oppositions du groupe « Pontarlier, ville écologique et solidaire », ont voté contre le projet, adopté par le reste du conseil.

Martin SAUSSARD