Haut-Doubs. Serge Delrieu, sous-préfet de Pontarlier :  » Une situation politique particulière »

Depuis sa prise de fonction dans le Haut-Doubs, le sous-préfet n'avait pas connu de telle situation politique au niveau local. Trois communes du territoire vont à nouveau devoir organiser des élections municipales sous différentes formes. Coordinateur de ces futures élections, Serge Delrieu a d'abord tenté la médiation auprès des différents acteurs.

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Serge Delrieu, sous-préfet de Pontarlier depuis 1 an et 8 mois

Au-delà de la gestion administrative de la Préfecture pour organiser ces nouvelles élections, avez-vous tenté de parler avec les acteurs locaux ?

J’ai essayé d’aller au-delà des informations reçues, souvent contradictoires. Gaël Marandin (actuel maire de Métabief) et ses adjoints ont été conviés à la sous-préfecture. L’objectif était de voir si une conciliation était possible. Être un jeune maire, encore sans expérience, peut engendrer quelques maladresses ou erreurs. Je souhaitais qu’une sorte de « coach » soit présent pour aider Gaël Marandin, comme ses adjoints, dans l’exercice de leurs fonctions. Lui-même, d’ailleurs, était d’accord pour recevoir cet accompagnement…

Vous pensez que c’est sa jeunesse qui a provoqué les tensions avec ses conseillers ?

Il est normal qu’un maire qui arrive comme cela ne connaisse pas encore tous les codes. J’ai encore du mal à comprendre les raisons de l’opposition entre les adjoints et le maire à Métabief. J’ai eu espoir que les choses s’amélioreraient. Si l’on avait pu dire : tel jour ou dans telles circonstances, le maire doit se comporter autrement, nous aurions eu matière à progresser, mais c’était trop flou. J’ai eu du mal à faire le tri entre les critiques constructives et d’autres.

Vous avez eu le même ressenti à Gellin ?

Attention, ni à Gellin ni à Métabief je ne suis l’arbitre des élégances ! Mon devoir de réserve ne le permettrait pas. Il importe cependant de souligner que, pour l’État, les premiers interlocuteurs locaux restent les maires qui sont nos partenaires au quotidien. J’ai parlé avec Jeannine Robbe. Pour des raisons personnelles, elle avait de toute façon l’intention de ne pas accomplir tout son mandat, en démissionnant ultérieurement. Je ne dirais pas non plus qu’il y a eu à Gellin d’irrégularités flagrantes qui auraient mérité que tout le monde démissionnât. Madame Robbe est quelqu’un d’expérimenté qui a beaucoup œuvré pour sa commune. A Gellin, il s’agit d’un intérim particulier. La délégation spéciale, qui est un dispositif légal, prévu par le CGCT, est utilisée rarement. Elle permet à titre transitoire de gérer les affaires courantes de la communes, sans engager de décisions stratégiques. Cette délégation est présidée par Daniel Cassard, ancien maire de Belmont, aujourd’hui maire honoraire et ancien président de l’association des maires ruraux du Doubs, avec à ses côtés Josette Rouzette, ancienne cadre de la préfecture aujourd’hui en retraite, et Hervé Debruycker, le secrétaire général de la sous-préfecture de Pontarlier. Pour le moment, ils se rendent une fois par semaine à la mairie pour travailler avec les agents et rencontrer les citoyens.

C’est un même schéma avec pourtant un mode de scrutin différent ?

A moins de 1000 habitants c’est un scrutin majoritaire plurinominal, avec deux tours s’il le faut, donc ce sera le cas pour Gellin. Pour Métabief, c’est  » à la proportionnelle « . S’il y a bien trois listes, aucune n’aura peut-être la majorité absolue, donc il y aura deux tours. Les 15 sièges seront répartis en fonction des scores de chaque liste. Pour Métabief et Gellin c’est un renouvellement total des deux conseils municipaux. Les candidatures seront déposées à la mi-novembre (du 15 au 17). Le premier tour se déroulera le 5 décembre 2021. Un éventuel deuxième tour sera programmé le 12 décembre.

À Arçon, les habitants sont invités à voter à nouveau mais seulement pour trois noms ?

À Arçon, la démission du maire ne remet pas en cause la pérennité même du conseil municipal, mais il doit être au complet pour pouvoir élire un nouveau maire. Il faut donc que le poste de maire, ainsi que des deux autres conseillers municipaux qui ont démissionné, soient de nouveau pourvus. Ce sera une élection complémentaire pour pourvoir 3 sièges. Une fois au complet, le conseil élira un nouveau maire. La date d’élection est fixée au 5 décembre 2021. J’ai pris un arrêté de convocation des électeurs. Je n’ai pas été informé de ce qu’il se passait à Arçon, donc je n’ai pas pu mener de conciliation. Nous avions tenu des réunions techniques avec les élus et les services de l’Etat sur un éventuel abattages des vénérables tilleuls. Je crois qu’il y a eu des incompréhensions et un manque de communication assez important. Pour cette élection il peut y avoir dix candidats, par exemple ce seront les trois premiers ayant recueilli le plus de voix qui rejoindront le conseil municipal, avant une nouvelle élection de maire.

Comment-avez vous senti les trois maires face à ces situations ?

Jean-Michel Pujol (ancien maire d’Arçon) avait mon numéro, j’étais à sa disposition si besoin pour parler, mais je n’ai jamais eu de contact direct. Gaël Marandin (Métabief) était amer mais motivé à l’idée de repartir pour une nouvelle élection, estimant n’avoir rien à se reprocher. Il reste combatif. Jeannine Robbe (Gellin) était déçue humainement. L’un demeure dans le combat, l’autre préfère renoncer. Chaque attitude a sa légitimité.

Avez-vous eu écho de tensions ailleurs ?

Sur 149 communes, j’ai déjà dû en visiter 130. Je préfère le terrain et me rendre sur place pour bien mesurer les difficultés et connaître les projets. Chaque maire sait qu’il peut me joindre. Il ne faudrait pas que l’avenir me donne tort si je vous dit que tout va à peu près bien ailleurs (rires). Il m’arrive parfois de retenir certains adjoints ou conseillers municipaux qui veulent « claquer la porte ». Il y a les démissions que l’on voit et celles que l’on évite.

Propos recueillis par Martin SAUSSARD