Haut-Doubs. Soutien des pontissaliens face à l’indicible

127
Le visage de Samuel Paty est désormais celui d'un martyr de la France

Vendredi 16 octobre s’est déroulé un attentat ignoble, digne des pires films d’horreur. Samuel Paty, enseignant d’histoire-géographie, a été sauvagement assassiné devant le collège où il travaille.

Les faits se sont déroulés à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. Samuel Paty était un professeur d’histoire-géographie au collège le Bois d’Aulne. Il avait 47 ans et était très apprécié de ses collègues comme de ses élèves qui le qualifient d’homme gentil, toujours prêt à faire des blagues et ouvert au dialogue et au débat. C’est justement dans le cadre de l’une de ses interventions en EMC (Enseignement Moral et Civique), invitant au débat, qu’il a projeté à ses élèves l’une des caricatures de Mahomet, publiée par Charlie Hebdo. Le sujet était la liberté d’expression. Mais certains parents d’élèves n’ont pas apprécié le cours et pointé du doigt l’enseignant jusqu’à porter plainte et le menacer. Des menaces prises au sérieux par Samuel Paty qui a riposté en portant plainte à son tour. Craignait-il pour sa propre vie ? Nul ne le sait … Quoi qu’il en soit, un terroriste s’est emparé de l’affaire et de son arme blanche et a froidement et sauvagement assassiné le professeur devant son collège, ce vendredi 16 octobre dernier. L’horreur et la colère ont secoué la France entière, abasourdie par tant de haine. L’assassin, un russe d’origine tchétchène de 18 ans, a été abattu par les forces de l’ordre. Il aurait été échangé avec le père d’une élève de l’établissement quelques jours avant de passer à l’acte.
L’indignation ne s’essouffle pas et la population attend une réaction exemplaire de la part de ses dirigeants. En soutien à la famille de la victime, mais également à tout le corps enseignant, une journée nationale de mobilisation s’est tenue mercredi dernier. A Pontarlier, nombreuses furent les personnes à se rendre place d’Arçon pour l’hommage rendu à celui qui fait aujourd’hui figure de martyr.
Une lettre, rédigée par les membres du conseil municipal, avait été envoyée à tous les enseignants du privé et du public, affirmant les valeurs de la République que sont la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. La missive rappelle que l’éducation est l’arme la plus puissante que vous pouvez utiliser pour changer le monde, comme le disait si justement Nelson Mandela. Elle condamne vivement cet acte abject qui va à l’encontre des valeurs fortes de notre République, et que les élus jugent “intolérable” et “barbare”. Enfin, le courrier assure le corps enseignant de son soutien sans faille face aux événements. Par ailleurs, et en réaction à cet attentat, un observatoire de la sécurité va être mis en place.
L’association laïque de Pontarlier s’associe à son tour à la douleur et à la consternation nationales en faisant, à son tour, parvenir une lettre en direction des enseignants. Outre son indignation face à cet assassinat “ignoble”, l’ALP aimerait rendre hommage à ce professeur par un geste fort et pérenne. “Nous proposons au conseil municipal de renommer la salle municipale dite de l’association laïque (aux Casernes Marguet) afin qu’elle porte le nom de Samuel Paty et qu’une plaque commémorative y soit apposée”, expliquent les membres de l’association dans leur courrier. “Nous devons désormais redoubler d’efforts dans notre combat contre l’obscurantisme : réaffirmer la laïcité, mettre les mots sur les maux, défendre les services publics, repenser l’éducation à la citoyenneté et la formation aux valeurs de la République, sévir contre ceux qui diffusent ou infusent l’intolérance dans notre société et en finir avec ces ghettos où prospèrent la misère et la violence” ajoutent-ils, avant de conclure : “Pour en débattre et trouver les moyens d’agir, nous vous invitons à l’Assemblée Générale de l’association qui aura lieu le 19 novembre prochain à la Salle Morand.”
La municipalité d’Ornans, quant à elle, a rendu public un message de soutien à destination des proches de la victime et des professeurs. «  Mes pensées vont à la famille de Samuel Paty, à ses collègues et à ses élèves marqués à jamais, exprime Isabelle Guillaume, maire d’Ornans. N’oublions jamais que cet homme a perdu sa vie parce qu’il voulait que des enfants construisent la leur. Dans chaque enseignant, il y aura désormais la mémoire de Samuel Paty et la volonté indéfectible qui les animera pour continuer à faire découvrir, à faire réfléchir, à transmettre. L’école c’est le lieu où on doit combattre l’ignorance, où on doit apprendre à se construire, à regarder l’autre et à accepter sa différence, à comprendre que l’autre peut penser autrement. Que l’autre peut croire…. ou ne pas croire. C’est ça la laïcité ! Ensemble soyons d’ardents défenseurs de l’école.”

A Ornans, il a été demandé aux habitants de déposer une bougie allumée sur leur fenêtre en signe d’hommage