Haut-Doubs. Tenue républicaine exigée !

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Cachez ce nombril que je ne saurais voir ! La tendance actuelle est à la chasse aux ventres nus ou aux jupes courtes. Une surprenante polémique au pays des libertés individuelles.

L’affaire des tenues vestimentaires des jeunes gens, notamment des lycéennes, enfle et fait largement polémique dans de nombreuses sphères sociales et politiques.

Tout est parti d’un enseignant au look bien à part. Sylvain, alias Freaky Hoody, est tatoué de la tête aux pieds. Instituteur dans l’Essonne, il s’est vu interdit d’enseigner en raison de son apparence jugée “effrayante” par les parents d’élèves. D’autant plus que Sylvain enseignait en maternelle. Pourtant, les élèves interrogés n’y voyaient aucun problème, comme leur souffle leur innocence. Très vite, la polémique enfle : certains défendent Freaky Hoody tandis que d’autres approuvent la décision de l’inspection académique qui lui interdit désormais d’enseigner. Se pose alors la question de la tenue à adopter pour enseigner. Sa propre apparence est-elle gage de sérieux et de professionnalisme ? Doit-on se conformer à une certaine étiquette afin de paraître lisse et parfaitement normé ? Si la question a été tranchée pour Sylvain, elle en a soulevé d’autres et ce sont désormais les jeunes filles de notre pays qui en font les frais.
Dans les lycées notamment, il est désormais très mal vu de se montrer dans des tenues vestimentaires jugées “inadaptées” voire “provocantes” : hauts trop courts ou moulants, jupe, short … En effet, la principale raison évoquée serait “une perturbation auprès des jeunes garçons dans leurs apprentissages”. De nombreuses voix féministes s’élèvent afin de dénoncer ces propos, reléguant la femme à un simple objet sexuel perturbant l’apprentissage de ces messieurs. Certaines n’hésitent pas à arguer que, au vu de ces directives visant à rhabiller les adolescentes, l’instruction des jeunes garçons serait donc plus importante que celle des jeunes filles et qu’il serait bien aimable de la part de ces demoiselles de cesser de les perturber par des tenues provocantes.
Puis, c’est l’escalade. Notre ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a tenté d’apaiser le débat en demandant à tous les élèves de se présenter dans leurs établissements scolaires “en tenue républicaine”. Une maladresse incomprise par un très grand nombre de concitoyens qui ne manquent pas de souligner que le tableau de Delacroix “La liberté guidant le peuple” montre une femme au sein nu. Un paradoxe pour beaucoup, une ineptie pour d’autres. Mais alors, qu’est-ce qu’une tenue républicaine ? Visiblement, la réponse a été donnée via une note officielle envoyée dans les établissements scolaires. Une note qui a donné des ailes à certains garants de la moralité, tels que des CPE. Le cas s’est produit dernièrement dans un lycée bisontin comme nous l’explique cette maman valdahonnaise qui tient à rester anonyme : “Ma fille a été prise à parti par ce CPE devant de nombreux camarades parce-qu’elle portait un crop-top sous son imperméable. Elle s’est sentie humiliée devant ses camarades, d’autant plus qu’elle n’était pas seule à être vêtue de la sorte. Il l’a ensuite prise à part pendant près de dix minutes pour lui dire que montrer son ventre avait un caractère sexuel pour beaucoup d’autre. Il l’a autorisée à rester en cours à condition qu’elle garde son imperméable ! Il s’est même permis une remarque sur son haut, en disant qu’il était très joli ! Elle est revenue du lycée en pleurs, très affecté par ce manque de considération et cette humiliation publique.”
La maman a tenu à s’expliquer avec ce CPE qui n’a jamais daigné lui répondre. Toutefois, la proviseure adjointe a rappelé la mère de la lycéenne en présentant ses excuses pour la façon dont l’indélicat CPE a agi, probablement suite à la note ministérielle qu’ils venaient de recevoir. Une maladresse donc, assortie de sexisme primaire, qui explose au grand jour au vu des nombreuses affaires similaires qui éclosent un peu partout en France. On pense notamment à cette agression sauvage dans les rues de Strasbourg le 23 septembre dernier : une jeune étudiante de 22 ans a été insultée puis frappée en raison d’une jupe jugée trop courte par trois hommes d’une vingtaine d’années. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres d’une libération de pensées sexistes et liberticides menant à la violence verbale, voire physique.
Un débat qui devrait s’endormir durant l’hiver lorsque les corps se couvrent de pulls et manteaux. Mais qu’en sera-t-il au printemps ? Et ces directives officielles s’adressent-elles uniquement aux tenues de jeunes filles ou engage-t-on les jeunes hommes à cesser de montrer leur sillon inter-fessier via un pantalon trop large ou leurs biceps avec un débardeur de sport moulant ? Affaire à suivre …

Certaines jeunes filles aux jupes jugées trop courtes se voient refuser l’entrée dans leur établissement scolaire

C’est une petite phrase émise par le ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer qui a mis le feu aux poudres