Haut-Doubs. Un retour à l’école en demi-teinte

301
Un retour bref à l'école permettra aux enfants de revoir leurs copains et leurs instituteurs avant d'entamer les deux mois de vacances estivales

Les annonces d’Emmanuel Macron dimanche 14 juin visant à évoquer la suite du déconfinement a soulevé bon nombre d’interrogations mais a surtout interpellé des millions de parents d’élèves.

Le retour à l’école ce lundi 22 juin est obligatoire pour tous les enfants scolarisés, en dehors des lycéens. Cette annonce a été accueillie de bien des façons par les parents d’élèves qui ne savent plus trop sur quel pied danser. Ira ? Ira pas ? Mais surtout, que risque-t-on à ne pas déposer son petit écolier le 22 juin à 8h30.
Réponse : rien. Aucune sanction ne sera prise à l’encontre des parents ayant pris le parti de garder leurs rejetons pour les 15 derniers jours d’école…avant les grandes vacances. Chrystelle, qui a malheureusement perdu des membres de sa famille de la maladie, juge le procédé “aberrant”. Quant à Cynthia, de Pontarlier, elle estime que cette reprise est un enjeu purement économique, sur fond de mensonge et de manipulation. D’ailleurs, ses enfants comme ceux de Chrystelle, ne reprendront pas l’école ce lundi.
Mais pour d’autres parents, c’est une autre histoire : “Etant au bout du bout je prends cette annonce comme une libération et même si ce n’est que 15 jours, je vais pouvoir respirer”, avoue Carole, en télétravail depuis le début du confinement et mère de trois enfants, dont deux encore scolarisés. Un terme repris par Magaly, mère de quatre garçons qui, en dépit des revendications enfantines, profitera de ces quinze jours pour se remettre à jour professionnellement. D’autres mamans, telles que Maud et Floriane, mettent en avant le besoin de sociabilisation des enfants et cette reprise, aussi courte soit-elle, pourrait être bénéfique. Sophie, maman de trois enfants dont un en CE2, tempère : “Je fais partie des gens mitigés. Mon fils est content, moi aussi un peu. Mais je pense que c est curieux et c est quand même psychologiquement compliqué. La preuve est que la semaine dernière, mon fils s est fait “enguirlander” car il a touché le vêtement d un autre enfant. Le risque de se toucher… Il l’a très mal vécu.” Elle ajoute que pour les parents qui travaillent, c’est une bonne chose mais qui survient très tard au regard des grandes vacances qui pointent le bout de leur nez. Virginie, quant à elle, fait partie des parents qui voient la nouvelle d’un très bon oeil : “Les enfants sont ravis. Ils essaient de respecter les nouvelles consignes même si la distance avec les copains c’est trop dur. Ils sont ravis de retourner avec les instits, les personnes du péri… nous on est ravis aussi car on peut reprendre des journées de travail plus “concentrés” on va dire… tout le monde chez nous en avait besoin sans pour autant avoir souffert du confinement. Pour ce qui est de la durée, 2 semaines c est mieux que pas du tout pour la socialisation … pour apprendre c’est pas grave, c’est égal ce qu’ils font ou pas…. la vie reprend, c’est juste ça !”

Des professionnels à bout

Depuis l’annonce du gouvernement, les messages émanant de professionnels de l’éducation explosent sur les réseaux sociaux, endroit où ils peuvent prendre la parole librement et où ils sont massivement lus, commentés et partagés. Ces messages sont souvent le reflet d’un énorme malaise, d’une fatigue mentale et physique très présente, de par l’accumulation de travail et de charge mentale, d’heures supplémentaires menées à tenter de trouver des solutions pour respecter un protocole sanitaire impossible…Qu’il faut aménager une fois de plus en fonction des besoins du moment. Pour Hélène, institutrice depuis 15 ans, c’est le dépit : “En tant qu’enseignante, je vais vous dire la réalité de cette annonce : mensonge. Aucune école ne pourra accueillir tous les élèves ce lundi. Le protocole a été soit-disant allégé et supprime les 4m2 par élève mais maintient les 1m de façon latérale. Donc, au mieux, dans ma classe, je peux accueillir 13 ou 14 élèves en ajoutant 3 rangées de 2 … on ne sait rien de plus sur le prêt ou non aux élèves du matériel collectif (peinture, livres, jeux pédagogiques), les récrés doivent être séparées et le lavage des mains 8 fois par jour est maintenu. Les annonces présidentielles sont en totale contradiction avec le décret sorti ce jour (lundi 15 juin, NDLR). Il n’y a rien de nouveau… sauf qu’on fait croire aux parents qu’ils pourront tous amener leurs enfants lundi matin. Je vous le dis, seule la suppression du protocole sanitaire rendra l’accueil de tous à temps complet ! Et ce n’est pas le cas, loin de là. En primaire, les salles de classe ne sont pas des amphithéâtres. On est coincé par ce protocole… et on ira ensuite dire que c’est de la mauvaise volonté de la part des enseignants. Donc, parents, si votre enfant revient, ce sera toujours avec des groupes et un roulement sur la semaine. Ne rêvez pas !”

Protocole allégé certes…Mais protocole quand même !