Haut-Doubs. Un sentier en hommage aux passeurs du Val de Morteau

Michel Hollard fait partie de ces héros invisibles que l’on a trop vite oubliés en France après la guerre. Pour lui comme pour les autres passeurs, un sentier mémoriel se met en place dans la Val de Morteau.

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La stèle sera installée près d'une borne frontière, lieu de nombreux passages durant la guerre.

Représentant d’une firme dijonnaise de gazogènes, Michel Hollard est ingénieur et profite de ses déplacements dans le Val de Morteau pour passer la frontière clandestinement et offrir ses services à l’ambassade britannique de Berne, en Suisse. Il met aussi en place le réseau Agir qui comportera jusqu’à une centaine d’agents couvrant les zones stratégiques françaises. À l’été 1943, un renseignement lui parvient concernant des travaux secrets en Normandie où les Allemands installent des rampes de lancement de missiles V1 tous orientés vers Londres. Leur objectif, détruire la capitale britannique. Au fil de ses passages de la frontière, quatre-vingt-dix-huit au total, Michel Hollard fournis les plans précis de ces chantiers aux Anglais, permettant ainsi à la Royal Air Force d’anéantir le funeste plan d’Hitler. Le passeur devient quant à lui un héros national, « l’homme qui a sauvé Londres ».

« La communauté de communes du Val de Morteau (CCVM) a décidé de mettre en lumière cet homme en créant un sentier mémoriel le long de la frontière avec 18 panneaux expliquant en détails cette histoire méconnue » explique Cédric Bole, président de la CCVM. Ces pupitres reviendront sur la personnalité du résistant, ses relais locaux, ses méthodes pour échapper à l’ennemi… « Un investissement de 80 000 € dont seulement 20% resteront à la charge de la collectivité qui a tenu à mener ce projet important pour la transmission de la mémoire et des valeurs véhiculées par ces hommes ».

Un véritable outil pédagogique

« Le comité local du Souvenir Français a quant à lui été sollicité pour installer une stèle au point de convergence de ce sentier » explique son président Jean-Michel Blanchot.  Ce mémorial sera dédié à 13 passeurs du Val de Morteau qui ont laissé leur vie dans ce combat de l’ombre, victimes de la répression de l’occupant nazi. « Certains n’avaient que 18, 19 ou 20 ans… ils sont morts en déportation ou ont été fusillés ». Des anonymes longtemps oubliés car leur action de résistance était par définition secrète « et qu’ils avaient le sentiment de n’avoir fait que leur devoir ».

Louis André, Georges Beuret, Maurice Billod, Etienne Bouquet, Robert Cuenot, Robert Marguier, Gilbert Menie, André Meyer, Louis Poncet, Roger Poncet, Robert Tschanz, Jean Vuillecot, Michel Vuillequez… ces treize hommes auront leur nom sur la stèle implanté à Motlebon près de la borne frontière N°70 le long du sentier reliant la France au village suisse de la Brévine, l’un des lieux qu’empruntaient les passeurs, en pleine forêt à 1200 m d’altitude, près du Mont-Châteleu. « Notre rôle va être de faire vivre ce sentier pour que cette histoire ne soit pas oubliée » poursuit Jean-Michel Blanchot évoquant des visites pédagogiques organisées avec un guide. « Pour que chacun puisse se réapproprier son territoire et son histoire, celle-ci notamment, à la fois locale et aux répercussions nationales voire internationales ».