Haut-Doubs. Violences conjugales : les chiffres alarmants

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La parole des femmes battues se libère, le taux d'enregistrement de signalement de violences conjugales augmente... Des solutions sont mises en place pour les victimes, majoritairement des femmes

Les deux confinements ont été de véritables détonateurs de violence dans de trop nombreux foyers français. Alors que la menace d’un troisième confinement plane sur nos têtes, il est nécessaire de rappeler aux victimes qu’elles ne doivent pas rester seules et que des solutions existent.

En France, le signalement de violences conjugales a fait un bond de 30%, signale l’ONU. Le commandant divisionnaire Trousseau de la police nationale note une hausse des plaintes déposées de l’ordre de 5 à 7% par rapport à 2019. La parole se libère suite aux mesures gouvernementales, les victimes de violence osent enfin s’exprimer. Des nouveaux outils sont également mis à disposition des victimes comme le téléphone « Grave danger » qui leur permet de contacter très rapidement les services de police, à toute heure du jour et de la nuit. De plus, des mesures d’éloignement sont proposées en cas de danger immédiat, permettant de reloger la victime dans un endroit tenu secret. Une mise en pratique dont le Commandant Trousseau mesure les effets en estimant avoir sans doute évité des féminicides. Rappelons que 149 femmes ont été tuées sous les coups de leur conjoint en 2019.
Suite au grenelle de 2019 sur les violences conjugales, deux référents spécialisés dans ce domaine reçoivent les victimes au sein du commissariat. Ces personnes se tiennent informées de tous les faits de violences conjugales se déroulant dans la circonscription de Pontarlier. Une initiative visiblement appréciée des victimes qui trouvent enfin le soutien et l’écoute dont elles ont toutes besoin.

Des mesures à diffuser largement

Laurence est à l’origine de l’association ornanaise « Toutes des déesses » qui vient en aide aux femmes souffrant de violences. Elle accompagne, soutient et effectue les démarches administratives pour aider la personne à sortir de ce piège infernal. Laurence prend ainsi conscience des efforts réalisés sur Pontarlier : « Ce qu’ils font, c’est très bien. Le commandant Trousseau est très sensible à ce problème et fait le nécessaire pour aider ces hommes et ces femmes battus par leur conjoint. Ce qui est mis en place est une première solution, mais je suis sûre qu’on pourrait faire encore mieux ! A titre d’exemple, dans le Nord de la France, ce n’est pas la victime qui est éloignée du domicile conjugal, mais la personne violente. Elle est extraite du lieu de vie et mise à l’écart de la victime, avec interdiction de l’approcher sous peine d’emprisonnement. C’est un système qui marche très bien et qui évite ce sentiment d’injustice de la part de la victime qui perd tout en étant envoyée ailleurs. »
Laurence poursuit : « Il faudrait maintenant que ce qui se fait dans les villes, comme à Pontarlier ou Besançon soit transposé en milieu rural. Ici, à Ornans, nous avons une personne formidable, de France Victimes 25, qui intervient auprès des forces de l’ordre une fois par mois …une seule fois par mois ! Ce n’est pas suffisant ! Et les agents de police ne sont pas formés pour recevoir ce genre de plainte et bien souvent, je me retrouve avec des femmes dépitées dont les plaintes n’ont pas été prises. C’est inadmissible ! » Laurence se souvient d’une anecdote terrible : cet été, une femme a été reçue par un adjudant qui, tentant sûrement de temporiser les choses, a expliqué qu’elle devait rentrer chez elle et que des disputes, ça existait dans tous les couples. Alors que l’homme venait de la menacer de mort. « La parole est déjà difficile à prendre pour les victimes mais elle s’éteint complètement face à de tels comportements et c’est souvent dans ces cas-là que des tragédies surviennent ! » Laurence ajoute que les victimes peuvent tout à fait venir déposer plainte accompagnée de la personne de leur choix. « Le soutien moral d’une personne de confiance est souvent primordiale dans ces cas-là. Les agents de police n’ont pas le droit de refuser l’accès à l’accompagnant, il y a une loi pour ça. Je pense aussi qu’il est nécessaire que les victimes puissent connaître tous leurs droits ! »

Devoir de citoyens

On oublie souvent de le dire mais notre devoir de citoyen est de signaler tout acte de violence dont nous serions les témoins (visuels ou auditifs). Pour ce faire, une plateforme numérique de signalement a été mise en place : www.arretonslesviolences.gouv.fr ou bien contactez le 17.

ENCADRE
Numéros à contacter :
Plateforme signalement : arretonslesviolences.gouv.fr
Appel d’urgences : 3919
Police nationale : 17 ou par SMS : 114
Toutes des Déesses : 07 67 49 76 67

Les confinements ont eu des effets délétères sur les violences conjugales