Haut-Doubs. Zoom sur les scolytes, véritables destructeurs de nos forêts

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Le scolyte fait des dégâts très importants et se reproduit à la vitesse de l'éclair. Les conditions climatiques de ces dernières années (très chaud l'été et un hiver trop doux) ont largement contribué à la prolifération de l'insecte qui détruit une grande partie des épicéas de la région.

Jean-Claude Pillod arpente les bois de notre région depuis qu’il sait marcher. Et à plus de 80 printemps, on peut dire qu’il en connaît un rayon. Ce qui l’inquiète et le désespère aujourd’hui, c’est la prolifération effrénée d’un ravageur : le scolyte.

Depuis plusieurs années maintenant, Jean-Claude Pillod assiste, impuissant, à la destruction de nos épicéas par un insecte minuscule et ravageur : le scolyte. “Le scolyte ne s’attaque qu’aux épicéas, précise le dynamique octogénaire. Le sapin est curieusement épargné. Lorsqu’un arbre est attaqué par ce parasite, il reste vert jusqu’à la descente de la sève, qui s’opère actuellement. Ce n’est qu’à cet instant que l’on constate que l’arbre touché sèche. A ce moment-là, il est trop tard pour le sauver et les bestioles se trouvent déjà dans les arbres à proximité. C’est un véritable fléau !”
Tout a commencé dans les années 50 lorsque de très nombreux épicéas furent plantés. 70 ans plus tard, les arbres, plantés très serrés, ont dû monter très haut afin de trouver la lumière. Par conséquent, ils se sont affaiblis et les scolytes se sont incrustés. Il est donc impossible d’aller éradiquer l’insecte placés à des dizaines de mètres au-dessus du sol, endroit qu’ils colonisent en premier. Tant que le tronc reste vert, on a encore une chance de sauver la partie basse de l’arbre. C’est à ce moment qu’il faut agir. “Pour savoir si un arbre est scolyté, il suffit de regarder au sol : si vous y voyez des aiguilles, c’est mauvais signe. Pour en être sûr, frappez l’arbre avec une masse. Si les aiguilles tombent en masse, vous pouvez être certain que l’arbre est scolyté.” Le scolyte adule vole d’arbre en arbre pour y déposer ses oeufs. Les larves mangent l’arbre juste derrière l’écorce, l’affaiblissant considérablement. Les conditions climatiques de ces deux dernières années ont, de plus, été très favorables à la prolifération du scolyte.

Ce fléau touche majoritairement toute la filière bois. En effet, alors que les propriétaires de parcelles peuvent espérer vendre leur bois jusqu’à 70€ le m3, ils ne touchent, dans le meilleur des cas, que 30€ par m3 de bois scolyté. “Fragilisé, le bois en question ne peut plus être utilisé pour des constructions ou même pour des meubles et il est relayé en pâte à papier ou granulés pour les poêles”, explique Jean-Claude. Pour enrayer ce fléau, selon notre expert, il faudrait augmenter le nombre de garde-forestiers et de bûcherons. Le premier constaterait plus rapidement la survenue de scolytes et le second pourrait abattre plus rapidement les arbres touchés. Mais un manque de personnel dans ces deux postes ralentit considérablement les interventions, quand elles ne sont pas purement et simplement annulées.
Cependant, un arrêté préfectoral datant de 2018 et courant jusqu’en décembre 2020 oblige les propriétaires forestiers à faire abattre rapidement les bois touchés et à les faire évacuer le plus loin possible de toute zone boisée. Une directive difficile à mettre en œuvre au vu de la manutention nécessaire à l’exécution de la tâche et au manque de personnel en bûcheronnage. D’autant plus qu’une grande partie d’arbres touchés sont des gros spécimens et que les machines utilisées par les scieries, les abatteuses, ne peuvent couper que des petits ou moyens épicéas. Seuls les bûcherons solidement équipés peuvent s’occuper des plus imposants. “Pour ce faire, ils utilisent des machines énormes qu’ils doivent pouvoir transporter. Prenons l’exemple des bois situés entre Morteau et Pontarlier. Ils sont, pour la plupart, à fleur de coteaux, donc difficilement accessibles. Les machines ne peuvent pas y accéder ou alors, cela nécessiterait une manutention très importante. Un service que les propriétaires forestiers ne peuvent généralement pas payer. Et par conséquent, ils ne peuvent que laisser leurs bois à l’abandon. Et les scolytes prolifèrent ! C’est le serpent qui se mord la queue !” Des coupes de grande ampleur et exceptionnelles sont toutefois menées par l’ONF et ce, depuis l’automne 2018. En cette année, on estimait que plus de 400 000 m3 de bois du Grand Est étaient contaminés par le scolyte. Un chiffre qui a probablement largement augmenté en 2 ans, en raison des sécheresses et des températures records enregistrée

L’abattage des arbres touchés est la seule solution. Ils doivent être transportés le plus loin possible de toute forêt.
s ces derniers mois.