Hibernatus

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Les cas positifs et malades du Covid-19 augmentent, les températures baissent. Cet effet ciseaux s’avère limpide : je crois qu’il est temps
d’hiberner.

Il y a deux semaines de cela, je déplorais ici-même les dommages psychosociaux de la conjoncture particulièrement anxiogène que nous traversons. Hélas, il apparaît qu’il nous faille vivre muselés, désociabilisés, isolés, pendant encore plusieurs semaines, sinon plusieurs mois.

Je vais donc me terrer dans mon antre, commander mon approvisionnement alimentaire via un drive hebdomadairement livré à domicile,
limiter mes déplacements et mes interactions sociales à la seule boulangerie du village (en portant des gants pour ouvrir la porte, en enfilant mon masque et en appliquant une désinfection immédiate au gel hydroalcoolique des mains dès ma sortie) pour vraisemblablement passer l’hiver à « télétravailler » depuis mon salon et ne plus en sortir jusqu’à l’année prochaine.

Ou seulement quelques heures de-ci de-là, pour un peu de marche, de course à pied ou de vélo. Seules distractions tonifiantes sécurisées et sécurisantes, loin de toute contamination potentielle (le football
vétéran ayant été supprimé la semaine dernière).

Et le reste du temps ? Ce sera sport à la télévision, Netflix et
Playstation.

J’en profiterai pour revisionner quelques documentaires, quelques comédies françaises (la première sera La vertu des impondérables : une œuvre déroutante signée Claude Lelouch et tournée à Beaune, l’année dernière, au smartphone) ou d’autres téléfilms que me sont chers, car ils ravivent la nostalgie de mes plus jeunes années.

S’émouvoir et se souvenir : autant joindre l’utile à l’agréable, afin de briser l’ennui.

Point positif (tâchons d’en trouver un), cette hibernation apportera plus de temps. Plus de temps pour s’interroger, plus de temps pour poursuivre l’écriture d’un essai sociologique qui me tient à cœur depuis longtemps…

Plus de temps pour tenter de comprendre : pourquoi et comment en est-on arrivé là ?

Pourquoi depuis près de 40 ans, alors que l’on savait pertinemment que le paquebot France allait dans le mur (ou dans l’iceberg), aucun dirigeant politique n’a osé s’attaquer aux vrais problèmes et empoigner le gouvernail pour redresser la barre ?

Par manque de courage ? Par électoralisme ? Par populisme ? Par
démagogie ?  A cause de la puissance des lobbys et de leur chantage à l’emploi ?

Pourquoi n’a-t-on pas accordé davantage de moyens (humains, matériels, financiers) à l’hôpital, à l’éducation nationale, à la police ? Pourquoi possède-t-on 28 000 lits de soins intensifs en Allemagne, contre seulement 5 500 en France ? Qu’attend-t-on pour agir concrètement ?

On a pourtant su « débloquer des fonds  » (les nôtres !) pour sauver les banques en 2008. Idem, au printemps pour les aides financières aux entreprises (et heureusement !).

Donc de l’argent, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, il y en avait. Et il y en a encore.

Il semble juste qu’il soit très mal réparti, très mal géré, surtout très mal redistribué par nos élites technocratiques qui se refusent à nous répondre lorsque l’on souligne ces carences flagrantes et que l’on leur demande exactement où vont nos impôts.

Pas au bon endroit apparemment, sans quoi nous ne serions pas dans la situation catastrophique (sanitaire, économique, sociétale) dans
laquelle notre pays se retrouve malencontreusement sinon dramatiquement plongé aujourd’hui…

Cyril Kempfer