Il faut du temps…

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Plusieurs fois cette semaine, plusieurs interlocuteurs m’ont répondu, alors que je les sollicitais : « Je ne peux pas, je n’ai pas le temps ». Et pourtant…

Souhaitant pour ma part en bénéficier plus que suffisamment, et ayant donc organisé mon existence en ce sens, je les ai observés sur les réseaux sociaux, commenter abondamment les publications de leurs amis. Puis, en faisant défiler leur fil d’actualité, j’ai constaté les voir connectés à ces espaces virtuels deux, trois, voire quatre à cinq heures par jour !

Alors j’ai pensé qu’il leur serait plus approprié, plus cohérent, plus honnête intellectuellement, de préciser « je n’ai pas pris soin de prendre le temps » ou encore « j’ai préféré dépenser du temps autrement ». C’eût été préférable.

Mais aujourd’hui, c’est ainsi pour beaucoup. Insidieusement
s’évaporent tous ces fragments d’une vie subie.

«  Tu sais Cyril, on répond quand on a le temps à ce qui n’est pas urgent » me confiait « en off » un chargé de communication.
Comprenez, « On répond seulement lorsque l’on en a envie et que l’on a rien de mieux à faire ».

Le problème c’est que ces mêmes interlocuteurs « communicants », généralement (grassement) rémunérés par le contribuable, exigent de notre part une réactivité immédiate et sans faille (dont ils bénéficient de ma part partout et tout le temps, car c’est une exigence que je m’impose), mais n’agissent que très rarement avec réciprocité.

Une faute majeure de leur part, qui plus est avec la presse, en pleine campagne électorale…

Si bien qu’ils en arrivent à voir les gens sans les regarder, à les entendre sans les écouter. Ils veulent tout faire en même temps : téléphoner en marchant, travailler en conduisant, lire en mangeant…

En amour, c’est la même chose. C’est même pire. Trop de gens se dépêchent : ils se rencontrent vite, ils couchent vite, ils se séparent vite…  car ils ont peur de l’engagement !

Ils confondent l’envie et le besoin, les droits et les devoirs. Ils
font fi de la défaillance, tolèrent l’anormalité, et nourrissent le
dysfonctionnement.

Ils contournent la difficulté, en dépensant bien plus d’énergie à
tenter de se soustraire à un problème, plutôt qu’à le régler. Certains organismes administratifs sont d’ailleurs particulièrement
coutumiers du fait.

Fuite en avant vers la décadence. Naufrage annoncé dans les sables mouvants d’un temps devenu trop envahissant, qui viendrait excuser cette récurrente incapacité à trouver sa place et remplir son rôle comme il se doit.

En courant après le temps, beaucoup ont oublié que l’on ne peut percevoir de son environnement que ce que l’on peut en observer, depuis la place que l’on occupe.

Le temps est un présent que l’on offre ou que l’on s’offre, par petits bouts. Nous n’en sommes pas propriétaires. Il ne nous appartient pas plus que le soleil.

Changement de paradigme : c’est de ce rapport possessif au temps, que provient la déliquescence de notre époque.

Vraisemblablement conviendrait-il d’accepter davantage de s’en laisser prendre. De rogner sur son petit confort personnel, de s’autoriser à être bousculé et de répondre en temps et en heure à ce dérangement. Ce qui n’est que normal lorsque l’on est impliqué, exigeant, efficient.

J’espère cependant, que ma réflexion hebdomadaire, ne vous aura pas trop fait perdre votre temps…

Cyril Kempfer