Ils ont quitté le conseil départemental du Doubs : trois regards croisés

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Après les élections du 27 juin, Hebdo 25 a été à la rencontre de trois anciens conseillers départementaux. Retour sur des parcours politiques, classiques ou atypiques.

L’un ne se représentait pas, les deux autres sollicitaient un second mandat et…patatras, ça n’a pas marché !

Le premier fut vice-président chargé des finances au conseil départemental du Doubs de 2015 à 2020  et dans l’opposition municipale jusqu’en 2020. Philippe Gonon a un parcours politique atypique. Centriste et européen convaincu, l’ancien chef d’entreprise de 68 ans a découvert une vocation…tardive pour les affaires publiques. “Je voulais m’inscrire dans une démarche de témoignage d’un homme du privé se confrontant à la sphère publique”. En lui confiant la délégation des finances du département, Christine Bouquin souhaitait rompre avec le ronronnement de la culture administrative, assurée que son nouveau vice-président en 2015, avancerait à marche forcée tout en ménageant une administration qui, le reconnaît-il, “est composée de fonctionnaires de grande qualité, finalement ouverts au changement”. Là où l’ancien dirigeant d’entreprise voyait une administration “poussiéreuse”, il découvre des agents fortement impliqués pour l’intérêt commun.

Une première fierté pour Philippe Gonon “A mon petit niveau, j’ai facilité le rapprochement entre public et privé. J’ai contribué à ce que les Administrations que je côtoyais chaque jour comprennent mieux les difficultés et les contraintes des chefs d’entreprise ; j’ai aussi perçu la situation de fonctionnaires enfermés dans un carcan administratif trop lourd, leur laissant peu de libertés d’actions”. Le spécialiste de l’analyse de bilans et de comptes de résultats a découvert “les arcanes des comptes administratifs incompréhensibles au commun des mortels”. Son action à la tête des finances du Doubs a coïncidé avec la réforme des comptes publics et particulièrement l’obligation de certification des comptes. Gardien des cordons de la bourse. Autre fierté pour le désormais ancien vice-président aux finances : la maîtrise des dépenses. “La variable habituelle des comptes publics, c’est l’impôt. Avec la présidente Christine Bouquin nous avions annoncé le gel de la fiscalité et nous l’avons tenu. Il fallait donc trouver des économies sans remettre en cause la vocation sociale et de solidarité aux plus faibles, compétence essentielle du département”. Habitué des négociations bancaires, Philippe Gonon a repris, ligne par ligne, les engagements et emprunts du département pour renégocier les taux. “Nous n’avions pas l’habitude de faire cela” lui ont répondu les cadres de l’administration. “Ça a marché, nous avons maîtrisé notre budget, bien heureusement compte tenu de la situation de cette dernière année”.

“En octobre 2020, j’avais informé Christine Bouquin de mon intention de ne pas solliciter un nouveau mandat. A 68 ans, je ne me sens plus en phase avec les nouvelles générations”. Et puis, Philippe Gonon a des projets personnels. Le jeune retraité s’adonne à la randonnée, à la photo, aux voyages, toutes activités difficiles à concilier avec un mandat départemental dont le rôle est de s’occuper en proximité des gens “de la naissance à la fin de vie”. Il reste aussi la motivation intacte de “l’européen convaincu”. Il n’a pas fini de faire entendre la voix de l’Europe !

Odile Faivre-Petitjean, retraitée de l’enseignement privé (elle fut pendant 35 ans prof d’histoire-géo à Dole et Besançon), se représentait pour un second mandat sur le canton de Besançon 4, en compagnie d’Alain Loriguet l’ancien maire de Thise. La professeure d’histoire a commencé son apprentissage en politique en 2008 au sein du conseil municipal de Besançon sous l’étiquette Modem. “Deux mandats dans l’opposition pour apprendre. Je suis fière d’avoir été une des conseillères municipales les plus assidues à toutes les réunions de commissions où je siégeais”. En 2015, elle est élue au conseil départemental et va s’impliquer dans une compétence essentielle du département : l’enfance et la famille. Comme Philippe Gonon, elle a côtoyé une administration compétente et des fonctionnaires très attachés à leur mission. “Je suis fière d’avoir résolu des cas très concrets et compliqués, en particulier dans le délaissement des enfants par les parents. Les contraintes légales privent trop souvent les enfants de solutions adaptées”. Face à une “société déstructurée” où la défense de l’environnement familial est essentielle, Odile Faivre-Petitjean avait trouvé dans la présidente Christine Bouquin beaucoup d’écoute, d’empathie et une grande capacité de travail. “J’ai beaucoup appris à ses côtés depuis 2015”.

Bien sûr, l’échec du 27 juin a été dur à digérer. 157 voix d’écart ont séparé les deux binômes au second tour. Le fort taux d’abstention a probablement coûté la réélection d’Odile Faivre-Petitjean et Alain Loriguet. La vice-présidente sortante admet “la campagne a été très difficile et nous n’avons jamais forcé la porte des gens. Beaucoup de documents électoraux n’ont pas été distribués”. L’ancienne professeure d’histoire n’est pas aigrie “La politique a été une partie de ma vie pendant 13 ans. Je vais continuer à m’engager auprès des associations”.

A 58 ans, Myriam Lemercier a échoué de 145 voix à conserver son siège de conseillère départementale du canton de Besançon 1 (le canton s’étend des Tilleroyes à Grandfontaine et de Mazerolle le Salin à Avanne, englobant Planoise). Femme naturellement ancrée à gauche (son grand-père fut un proche de Jean Minjoz), elle quitte le PS en 2016 pour rejoindre la République en Marche par fidélité à Jean-Louis Fousseret et demeure dans l’opposition au conseil départemental tout en siégeant dans la majorité au conseil municipal de Besançon. Myriam Lemercier est une femme de convictions…ses amis lui reprochent parfois son manque de lucidité politique ! Elle assume, considérant ses valeurs au-dessus de la tactique politicienne. “De 2015 à 2020 J’ai trouvé au conseil départemental une majorité respectueuse des différences, une présidente à l’écoute d’autres sensibilités et la possibilité d’intervenir concrètement dans les instances où je siégeais”. En 2019, elle s’engage auprès d’Alexandra Cordier dans la bataille des municipales et la quitte rapidement pour rejoindre “une alliance contre nature” diront ses anciens amis. Elle intègre en sixième position la liste « Besançon Maintenant » de Ludovic Fagaut. “Je n’imaginais pas un conseil municipal de Besançon sans Myriam Lemercier” lui confie à l’époque la tête de liste des Républicains. “Je suis fière de mes ruptures politiques, cela prouve la cohérence des valeurs que je porte au-delà des étiquettes” se justifie Myriam Lemercier. Pour celle qui formait un binôme étonnant avec Guillaume Bailly, la campagne des élections départementales laisse un goût amer faite de “lavages de cerveaux, de promesses inconsidérées comme l’attribution du RSA aux jeunes de plus de 18 ans”. Elle garde de la colère sur la propagation de fausses nouvelles ; de la colère également sur l’agression verbale subie par Guillaume Bailly la veille du scrutin. Un quotidien régional titrait le 28 juin dernier “Myriam Lemercier n’aura pas réussi à gagner deux élections successives sous deux étiquettes opposées”. Elle conteste cette analyse qui démontre que les valeurs humanistes et républicaines qu’elle porte ne sont pas des valeurs partisanes. “Il n’y a pas le camp du Bien à gauche et le camp du Mal à droite, il y a des compétences au service des citoyens partout” conclut Myriam Lemercier qui se consacre à « Croqu’livre » association de prévention et de lutte contre l’illettrisme et la promotion de la littérature jeunesse.

Trois regards croisés sur trois parcours qui démontrent que la politique au quotidien n’est pas affaire d’idéologie mais plutôt de pragmatisme. Malgré ce qu’en dit son prédécesseur à la mairie de Besançon, il semble que cela soit la leçon retenue par Anne Vignot un an après son élection.

Yves Quemeneur