Un contrat d’Intégration Républicaine pour aider les étrangers à s’installer en France

En recevant le 15 Octobre 11 personnes étrangères inscrites dans le parcours du "Contrat d’Intégration Républicaine", Jean-François Colombet le Préfet du Doubs, a clairement souligné l’importance de maîtriser la langue française.

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Jean-François Colombet, Préfet du Doubs, en compagnie de Guillaume Germain, directeur territorial de l'OFII, ont reçu en préfecture une douzaine d'étrangers bénéficiaires d'un "contrat d'intégration républicaine" ©YQ

La semaine de l’intégration a permis à la préfecture du Doubs de tordre le cou aux affirmations péremptoires tant sur l’arrêt total de l’immigration que de l’ouverture béante à une immigration massive. En recevant le 15 Octobre 11 personnes étrangères inscrites dans le parcours du « Contrat d’Intégration Républicaine », Jean-François Colombet le Préfet du Doubs, a clairement souligné l’importance de maîtriser la langue française. « Si j’arrivais en Afghanistan, il me serait impossible de trouver du travail si je ne parle pas Pachtoune. Pour les étrangers arrivant en France, c’est pareil ».

L’intégration réussie est l’affaire de tous : l’Etat bien entendu en multipliant les moyens d’apprentissage de la langue française, la société toute entière dans sa capacité à accueillir dignement les ressortissants étrangers, les entreprises qui savent former et intégrer. C’est aussi et surtout l’affaire de chaque migrant de « s’intégrer dans le mode de vie français » (sic).

Jean-François Colombet a profité de cette journée d’intégration pour souligner que l’Etat français souhaite accompagner les migrants dans leur parcours en France. « Pour autant, cela doit se faire dans le cadre des lois de la République. Je serai intransigeant avec les arrivées clandestines ».

L’immigration n’est pas un bloc homogène

On fait dire aux statistiques sur l’immigration tout et son contraire. Pour Yves Montenay, centralien, démographe et président de l’Institut « Culture, Economie et Géopolitique » (ICEG) « on mélange des origines nationales qui peuvent attiser des querelles entre communautés, des origines sociales comme la différence entre un médecin algérien et un subsaharien analphabète ou des origines religieuses : qui y-a-t-il de commun entre un catholique ivoirien, un maraboutiste sénégalais dont l’islam est si éloigné de celui des turcs ou encore des afghans ».

Quelques chiffres sur l’intégration en Franche-Comté

Selon les données fournies par l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), 1 188 « contrats d’intégration républicaine » ont été signés en 2020 (159 en Haute-Saône, 196 dans le Territoire de Belfort, 312 dans le Jura et 521 dans le Doubs). 60% d’entre eux ont bénéficié d’une prescription linguistique (obligation de suivre des cours de français à hauteur de 400 heures de formation), les 40% restant étant déjà francophones ou ayant été scolarisés en français dans leur pays d’origine.

Près d’un étranger sur deux ayant signé un CIR résidant en Franche-Comté est bénéficiaire d’un statut de réfugié politique (plus d’un tiers dans le département du Doubs). L’autre moitié est entrée en France dans le cadre du regroupement familial. Ils sont indistinctement hommes (56,5%) ou femmes (43,5%) et majoritairement âgés entre 26 et 45 ans même si un tiers d’entre eux ont moins de 25 ans.

Autres « idées préconçues », seuls 11% des bénéficiaires des « contrats d’intégration républicaine » n’ont jamais été scolarisés alors que 30% ont suivi des études supérieures. 70% d’entre eux avaient une activité professionnelle dans leur pays d’origine. A leur arrivée en France, ils sont plus de 73% à vouloir travailler.

Les signataires des contrats d’intégration dans le Doubs, viennent principalement du Maroc (12,6%), du Soudan (6,3%) et de Tunisie (6%). A l’échelle de la Franche-Comté, on note 9,6% d’Afghans.

On confond trop souvent intégration et assimilation

« L’assimilation consiste à devenir français dans sa tête » explique Yves Montenay. Pour le démographe, spécialiste des relations Nord-Sud « un pays qui assimile progressivement évite les problèmes du multiculturalisme ».

« La langue française, c’est le travail »

C’est tout le sens du travail entrepris par l’OFII au travers des contrats d’intégration républicaine. Guillaume Germain, le directeur territorial de l’OFII à Besançon a ainsi permis à quelques bénéficiaires de ces CIR d’exposer leur parcours et leurs ambitions.

Karim Barry, jeune malien de 20 ans, suit une formation de boulanger à l’Hyper U de Pontarlier ©YQ

Exemple d’une intégration réussie, Karim Barry. Le jeune malien de 20 ans est entré en France en 2017, maîtrisant bien le français. Scolarisé au Mali, son ambition de venir travailler en France est entière. Après un passage par Belfort, il signe un contrat d’apprentissage en boulangerie à Pontarlier où il réside.

Shamsan M Al-Thagri est Yéménite. En Franche-Comté depuis 2017, il travaille en CDI chez SIS au Valdahon et souhaite devenir ingénieur en génie civil ©YQ

En France également depuis 2017, Shamsan M Al-Thagri est yéménite. Sous statut de réfugié, il a intégré en CDI l’entreprise SIS au Valdahon. A 34 ans, son ambition est de devenir ingénieur en génie civil. Il est marié et père d’une petite fille.

Fatjona Ahmetaj est albanaise et réside en France depuis 2012. Mariée et mère de deux enfants scolarisés à Besançon, elle travaille au service restauration du Centre diocésain de Besançon après avoir obtenu un titre de séjour en 2016.

Ils sont afghans, albanais, sénégalais, burkinabés, gambiens ou ivoiriens, ils ont en commun l’amour de la France, la volonté de s’y intégrer en travaillant. Ils connaissent et adhèrent aux valeurs de la France et de la République.

Guillaume Germain, Directeur territorial de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) ©YQ

De l’immigration zéro à son ouverture à tous vents, le sujet va être au cœur de la prochaine élection présidentielle. Au milieu de cette querelle et de ce débat, nécessaires, il y a des femmes et des hommes qui aiment la France et qui veulent y travailler ; il y a aussi des femmes et des hommes à l’OFII qui savent les accompagner avec bienveillance mais également fermeté. Comme le souligne Guillaume Germain « Signer un contrat d’intégration républicaine n’est pas un acte anodin. Nous faisons en sorte de les aider. Nous leur offrons une marche pour s’intégrer. A eux de la monter ou pas ! »

Yves Quemeneur