Incertitudes

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Comme le chantait si bien, l’éternelle mélancolique Barbara :

Ça ne prévient pas quand ça arrive, ça vient de loin. Ça s’est promené de rive en rive, la gueule en coin. Et puis un matin, au réveil, c’est presque rien. Mais c’est là, ça vous ensommeille, au creux des reins“.

Il est en effet des méandres de la vie, où l’on doute parfois de son cours. Où l’on ne sait plus très bien si notre existence correspond à ce que l’on en espère, à ce que l’on en attend.

Où la confiance en l’instant présent, subitement s’effrite. Où le futur nous semble loin, flou, presque inaccessible.

Où prennent soudainement place irrationnellement dans notre corps et notre esprit, d’abord l’ennui, la lassitude, puis le doute, puis l’angoisse, plus profonde : la peur d’avoir peur en quelque sorte…

C’est ainsi que cette semaine j’ai vu passer l’un de mes amis, du tout au rien.

Lui qui était d’habitude si jovial, si subtil, s’est écroulé en quelques heures.

En cause, une histoire de séparation comme il en existe des millions : brusque rupture après 20 ans de vie commune, sentiment de trahison, de colère, beaucoup de souffrance évidemment. Et puis surtout, toutes ces questions sans réponse…

Mais voilà parce que c’est lui, et parce que je connais un peu son histoire, cela me touche plus particulièrement.

On se quitte aujourd’hui si facilement…

Pour rien, ou si peu, on change d’avis, on se ravise, on renie ses engagements. L’incertitude est devenue omniprésente.

Voilà avec quoi il nous faut composer de nos jours. Ce qui malheureusement peut facilement nous faire vaciller dans une désagréable sensation d’insécurité permanente.

De par son consumérisme effréné, et sa devise “j’ai, donc je suis” notre époque n’offre presque plus de valeurs fiables comme le sens de l’honneur, le goût de l’effort, la persévérance, le respect d’une promesse, sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour avancer avec sérénité.

Comme si plus rien, ni les relations, ni les engagements qu’ils soient professionnels, amoureux, familiaux, amicaux, ou même idéologiques (notamment politiques), n’étaient durables.

C’est le règne du renoncement possible à tout moment, de l’exigence d’immédiateté et du zapping permanent…

La moindre contrariété pousse à tout envoyer en l’air, précipitamment.

La continuité, désormais obsolète, serait-elle devenue trop prudente ?

Face à ces doutes qui nous assaillent, l’essentiel consiste à se recentrer sur notre vérité, sur ce qui nous exalte, nous élève, nous réalise. A garder le cap du sens de notre destinée.

En continuant d’écrire chaque jour, à sa manière, une nouvelle page, du livre de sa vie…