ISBA et la présomption d’innocence

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Le directeur de l'ISBA suspendu de ses fonctions

On attendait des détails sur le résultat de l’enquête administrative diligentée en octobre dernier par Anne Vignot, Maire de Besançon et tutelle de l’ISBA (Institut Supérieur des Beaux-Arts). Il aura fallu se contenter des “comportements inappropriés” reprochés à Laurent Devèze par Aline Chassagne, adjointe à la culture et présidente de l’ISBA.

On marche sur des œufs

Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 8 avril 2021, Anne Vignot et Aline Chassagne ont évoqué des dysfonctionnements graves dans l’institut dirigé depuis 12 ans par Laurent Devèze. Le directeur de l’ISBA (actuellement en arrêt maladie) a été suspendu de ses fonctions et réintégré au sein des effectifs de la ville de Besançon où il va faire l’objet d’une mesure disciplinaire. Du simple blâme à la révocation, le chemin va être long pour le philosophe et critique d’art de 60 ans mis au pilori par une partie des élèves et des professeurs de l’Institut.

Aline Chassagne n’a en rien évoqué la procédure pénale. La Mairie s’est contentée d’informer le procureur de faits éventuellement d’ordre pénal en lui fournissant une synthèse de l’enquête administrative et le rapport des témoignages écrits de certains étudiants. La Maire et son adjointe à la culture n’en ont pas dit plus sur les conclusions de l’enquête administrative : “Nous sommes respectueux de la justice et des droits de la défense. Nous avons souhaité une enquête robuste d’un point de vue juridique” s’est contentée de commenter Anne Vignot.

Après avoir rencontré étudiants et professeurs pour les informer de la sanction prononcée par la Mairie, Anne Vignot a constaté “un soulagement par rapport au climat délétère qui régnait depuis plusieurs mois à l’ISBA, une inquiétude sur l’avenir de l’école et le souhait d’une transition plus sereine”.

Il reste qu’un collectif s’est formé récemment pour défendre Laurent Devèze et son administration. Dans un communiqué intitulé “Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage”, les signataires de ce collectif “dénoncent une injustice…visant à évincer le directeur par des moyens inacceptables…Il est temps que d’autres voix s’élèvent”.  Le comité de soutien à Laurent Devèze en vient à poser la question “Peut-on laisser l’incapacité de Madame la Maire à se dégager de l’influence d’un groupe de pression qui conduit l’ISBA à sa ruine et son directeur à l’humiliation. Ou bien s’agit-il de complaisance et d’effet d’aubaine ?”…Ambiance !

Le collectif, dont les animateurs restent anonymes, en sera pour ses frais. Les résultats de l’enquête administrative ne seront pas rendus publics “pour le respect des droits de la défense” souligne étrangement Anne Vignot.

Dans le cadre de cette enquête interne, 63 personnes ont été auditionnées et témoignées oralement. Seule une trentaine de témoignages ont été retranscrits par écrit. Quant à l’enquête pénale d’éventuels faits de harcèlements et/ou d’agressions sexuelles, il semble qu’à ce jour elle s’enlise faute de plaintes.

Comme nous l’écrivions le 8 octobre dernier “la justice ne se rend pas sur les réseaux sociaux”. La présomption d’innocence doit primer sur l’anonymat d’Internet. Que Laurent Devèze ait des comptes à rendre à son employeur (la ville de Besançon) rien de plus normal si des dysfonctionnements sont avérés dans la gestion de son école, encore faut-il les prouver. Il appartient maintenant à la juridiction administrative d’en décider pour la relation employeur/salarié et à la juridiction pénale d’aller (ou non) au bout des enquêtes en cours.

Yves Quemeneur