Jean Vuillet, président de Solidarité Paysans – Apad25

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"Nous intervenons seulement si l'agriculteur fait le premier pas en nous contactant".

Solidarité Paysans Association Partenaire des Agriculteurs en Difficulté (APAD25) agit dans la discrétion auprès de ceux qui ne s’en sortent plus pour diverses raisons. Des situations souvent délicates mais pas inextricables.

A quoi sert concrètement Solidarité Paysans – Apad25 ?

Notre rôle est d’aider les agriculteurs qui rencontrent des difficultés. Il peut s’agir de problèmes financiers mais pas seulement. On rencontre souvent aussi des conflits dans lesquels il faut effectuer une médiation, des questions de cessation d’activité et de transmission ou tout simplement des cas de mal-être et de ras-le-bol. De plus en plus, certains ont besoin d’un coup de pouce lors de phases de changement ou d’évolution de leur exploitation, des moments souvent compliqués…

Comment intervenez-vous ?

Le point de départ de notre intervention est une démarche volontaire de l’agriculteur. Si on ne nous demande pas une rencontre, nous ne pouvons pas nous permettre de taper à une porte en disant « bonjour, on vient car on sait que vous avez des soucis ».

Ce serait impensable et complètement improductif. Après cet appel, nous nous rendons donc sur place, toujours en binôme, avec une charte déontologique très précise de notre association qui cadre notre rôle. La confidentialité en est un principe de base.

Quels sont vos autres principes et critères ?

D’abord nous n’avons pas à juger une situation. Nous intervenons sur tout type d’exploitation et quelle que soit sa taille. Il faut également signaler que nous ne sommes attachés à aucun parti politique, à aucun syndicat et que nous sommes indépendants. On le résume en quelques mots : Solidarité Paysans – Apad25, c’est une éthique mais pas d’étiquette ! Par ailleurs, notre aide est totalement gratuite et nous ne sommes liés à aucun des créanciers potentiels.

Le paysan doit rester l’acteur principal de son dossier. Nous le conseillons, nous l’accompagnons mais en aucun cas nous ne déciderons à sa place. Nous n’arrivons pas en prétendant donner la solution mais en proposant de coconstruire sa solution.

Constatez-vous des freins psychologiques ?

Ce n’est pas une seule personne qui est concernée mais toute la cellule familiale. Et bien souvent tous les problèmes se cumulent. Le plus difficile est finalement d’avoir le recul nécessaire pour se réapproprier son histoire, se projeter vers l’avenir… De notre côté, nous devons prendre le temps de bien comprendre le dossier dans son ensemble, la sensibilité de chacun…

Nos bénévoles sont formés sur tous ces aspects et peuvent aussi compter sur notre structure nationale en appui sur les questions juridiques les plus pointues.

Demander de l’aide n’est pas naturel c’est finalement plus simple d’en donner. Une question de fierté. Ce n’est pas simple d’avoir l’humilité de dire stop, j’ai des difficultés et seul je n’y arriverai pas. D’autant plus dans une profession où le poids de la famille et de la transmission est bien présent. On peut parfois avoir le sentiment de rompre la loyauté instaurée entre les générations qui se sont succédé.

Un point sur la situation actuelle ?

Nous traitons à ce jour 39 dossiers dans le département du Doubs dont 15 concernent des agriculteurs en zone AOC Comté. Il faut aussi souligner qu’au fil des années, nous avons permis à 60% des agriculteurs de poursuivre leur activité. On note une certaine évolution avec face à nous des agriculteurs de plus en plus dépendants des banquiers et créanciers. C’est souvent là que les difficultés prennent leur source.

 

Contact : 130 rue de Belfort, 25 000 Besançon – Tel: 03 81 56 41 07 – Du lundi au jeudi de  8h00 à 12h00 et de 13h00 à 17h45