Journée nationale de la laïcité à Besançon

377
Pascal Durand Inspecteur d'Académie, Jean Richert Directeur de Cabinet du Préfet du Doubs et Anne Vignot Maire de Besançon ©YQ

Pascal Durand l’Inspecteur d’Académie, Jean Richert Directeur de Cabinet du Préfet, entouraient Anne Vignot la Maire de Besançon pour un moment particulier à l’école Granvelle ce 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905 sur la laïcité.

La laïcité n’est pas spontanée

« Il faut la défendre tous les jours et c’est un moment particulier cette année » assure Anne Vignot. Pour Pascal Durand « la laïcité n’est pas une conviction et la neutralité garantie par l’Etat n’est pas la neutralisation des convictions ou des opinions religieuses ».

Respect, libre arbitre et tolérance
Des enfants encadrés par les Francas de Besançon ont rappelé par des textes l’apprentissage du libre arbitre ©YQ

« Le quotidien du vivre-ensemble est fait des différences et des inégalités » poursuit l’inspecteur d’académie souhaitant que chacune et chacun, et particulièrement les jeunes générations, sachent faire preuve de tolérance et de respect. « L’école républicaine est le lieu de l’apprentissage du libre arbitre ».

2020, troisième étape de la laïcité à la française ?

Plus d’un siècle avant la loi de 1905, les lois révolutionnaires reconnaissaient la liberté de culte et de conscience en France. Confortant la laïcité révolutionnaire, Napoléon intègre la religion juive au rang des cultes reconnus. En instaurant le « Consistoire », il hiérarchise et centralise le judaïsme français. Assimilation sous la contrainte selon certains, volontaire pour d’autres, l’héritage napoléonien est un apport important à la laïcité en reconnaissant la religion juive à l’égal des autres cultes.

La loi de 1905 va casser unilatéralement le fragile régime concordataire imaginé par Napoléon en 1801. En 1905 l’Alsace-Lorraine est sous domination allemande et le concordat antérieur à 1870 se poursuivra après la première guerre mondiale. Pour autant, la loi de 1905 ne fait que refixer le cadre légal défini sous la Révolution et traduit dans les textes législatifs du Premier Empire.

Au début de XXème siècle, l’article premier de la loi fait consensus « La République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes ». C’est « l’affaire des Inventaires » qui va attiser la colère du Vatican et de la communauté catholique face aux « anticléricaux » au premier rang desquels figure Clemenceau. Sous l’impulsion d’Aristide Briand, l’apaisement finit par primer, souvent contre l’avis des « laïcistes » les plus radicaux. « L’Etat laïque n’est pas antireligieux, il est areligieux » leur assène Aristide Briand. Les tensions restent vives jusqu’à ce qu’en 1907  30 000 édifices religieux soient mis gratuitement à la disposition des Eglises.

La querelle religieuse menace de se rallumer avec le succès du Cartel des gauches aux législatives de 1924 qui décide d’étendre la loi de 1905 à l’Alsace-Lorraine. Le gouvernement d’Edouard Herriot renonce finalement ; c’est la fin de l’anticléricalisme militant !

En 2020, on peut considérer que nous sommes à la troisième phase de construction de la laïcité à la française. La première (1801-1808) consacrait l’apport du judaïsme dans la République française. La seconde (1905) fixait la séparation des Eglises et de l’Etat tout en sachant que la loi était orientée spécifiquement contre la religion catholique pour la contraindre à respecter les lois de la République, dans un contexte fortement anticlérical. La troisième phase (2020) s’apparente aux deux premières dans le sens où elle entend « contraindre » une religion, plus récente en France, à respecter les lois de la République. Comme Napoléon ou Clemenceau à leur époque, il faudra tenter l’apaisement sans transiger sur les fondements de la laïcité à la française, ciment de la devise de la République.

Séance de Hip-Hop pour fêter la laïcité ©YQ

Cette journée nationale de la laïcité s’est conclue par un spectacle dansé de 6 jeunes adolescents sur un rythme de Hip-Hop… bon !

Yves Quemeneur