La bonne santé de la filière lait

33
La filière se porte bien notamment pour le s zones de production des AOP.

Tous les spécialistes s’accordent à dire que l’élevage laitier a façonné le paysage de la région avec plus du quart de la superficie du territoire franc-comtois recouvert d’herbe contre 17% seulement au niveau national.

La notion de filière laitière désigne l’ensemble des activités complémentaires qui d’amont en aval permettent la réalisation de produits finis. Les élevages fournissent la matière première, le lait, puis industries laitières le transforment en fromage. Tout comme les coopératives. Les contraintes géographiques et climatiques ont en effet poussé il y a plus d’un siècle les agriculteurs à mettre en commun leur production afin de réaliser eux-mêmes des fromages de garde. Ces regroupements ou fruitières jouent aujourd’hui encore un grand rôle notamment dans la commercialisation à une clientèle de proximité.

« Dans notre région, 85% des agriculteurs produisent du lait et parmi eux, les quatre cinquièmes sont directement concernés par la fabrication des AOP que sont le Comté, le Morbier ou le Mont-D’Or » précise Philippe Monnet, président de la FDSEA du Doubs et vice-président de la Chambre d’agriculture Doubs Territoire de Belfort. « Cette partie là étant très bien structurée, elle permet d’avoir une bonne valeur ajoutée et donc d’apporter une juste rétribution à tous les acteurs de la filière que sont les paysans, les fromagers et les affineurs ». Le prix d’achat du lait n’est en effet pas le même pour les agriculteurs concernés par ces appellations et ceux qui hors de ces zones vendent du lait conventionnel pour la fabrication de fromages moins prestigieux. « On note une différence de revenus de l’ordre de 50% ».

La filière lait se porte donc bien dans la région mais doit néanmoins se montrer vigilante face à un avenir à court et moyen termes. « Nous devons maintenir la confiance qui nous lie aux consommateurs, être irréprochables sur la qualité des produits, très attachés à la sécurité sanitaire et ce en gardant des exploitations à taille humaine et en accentuant nos efforts pour l’environnement comme nous l’avons fait récemment d’ailleurs en modifiant le cahier des charges du Comté ».

La question du changement climatique est notamment prise à bras le corps par la profession, tant les changements induits sont nombreux et peuvent avoir un fort impact sur la filière lait. Pour nourrir les vaches, il faut en effet avoir suffisamment d’herbe dans les champs et disposer d’une quantité suffisante d’eau.  Des évidences qui nécessitent d’adapter les exploitations comme les troupeaux.

« On doit notamment être en mesure de produire autant sinon plus mais en consommant moins d’énergie et en émettant moins de gaz à effet de serre, de récupérer l’eau sur les toits pour ne pas avoir à utiliser celle du réseau public… donc les agriculteurs investissent et modernisent leurs outils de production, dans la filière laitière notamment, pour être plus efficients tout en préservant le bien être des animaux et la qualité des produits proposés ».

 

ENCADRE

Zoom sur la filière Comté

2440 exploitations, 140 fruitières, 15 maisons d’affinage, le Comté, fleuron des fromages comtois peut s’appuyer sur une filière solide et en bonne santé. Malgré la crise sanitaire dont les 14000 emplois directs et indirects n’ont pas eu à pâtir. « Notre bonne gestion collective nous a permis d’adapter notre production et de gérer sereinement cette période tout en confirmant la fidélité et la confiance des consommateurs » se félicité le président du CIGC (Comité Interprofessionnel de Gestion du Comté), Alain Mathieu. « Ces derniers mois nous ont aussi rassurés sur la vitalité de la filière avec toujours de nombreuses installations de jeunes agriculteurs et des exploitants qui nous rejoignent » poursuit-il avant d’évoquer l’évolution du cahier des charges du Comté : « Nous incluons des promesses globales et durables afin d’être en phase avec les attentes de la société. Par exemple limiter la taille des fermes ou le nombre de vaches par producteur ». A quelques semaines de l’ouverture de la maison du Comté à Poligny, espace moderne de 1500m², véritable centre d’interprétation de la profession, le président conclut : « Derrière l’acte d’achat pour le plaisir gustatif, le consommateur doit prendre conscience que choisir le Comté participe à une vraie dynamique de territoire ».