La crise sanitaire balaye l’avant saison touristique 2020

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L’INSEE vient de publier une étude complète sur la situation du tourisme en Bourgogne Franche-Comté qui semble avoir mieux résisté que d’autres régions durant la période estivale.

Triste saison d’été dans l’hôtellerie-restauration en Bourgogne Franche-Comté

Du premier confinement en mars jusqu’au mois d’août, les hôtels de la région ont perdu plus de la moitié de leur chiffre d’affaires. Côté restaurants, la baisse a été partiellement compensée à partir du mois de mai mais le recul est de l’ordre de 41%.

La crise sanitaire a durement affecté le secteur du tourisme

Pendant cette période, la population a dû réduire ses déplacements et les interactions sociales. La clientèle étrangère a également manqué, touchée par les restrictions de mobilité dans leur propre pays ou par la fermeture de certaines frontières.

L’activité économique s’est nettement détériorée dans les 862 hôtels, les 334 campings, les 7 713 restaurants, 92 cinémas, 103 musées et 34 théâtres de la grande région.

L’activité hôtelière s’est fortement réduite en avril et mai 2020. Le chiffre d’affaires total du secteur a accusé une baisse de 90% par rapport à 2019 en Bourgogne Franche-Comté. La reprise a été graduelle à partir de juin : 83% des hôtels de la région étaient ouverts. Puis les réservations ont repris dès lors que les français ont eu l’assurance que la pandémie était sous contrôle cet été. Il reste que les hôtels de la région ont perdu 50% de leur chiffre d’affaires entre mars et août 2020. Plus spécifiquement en Franche-Comté, le Doubs et le Territoire-de-Belfort ont plus souffert que le Jura et la Haute-Saône.

Dans la restauration, si la vente à emporter a permis de freiner la chute brutale de l’activité (en Avril -90% de chiffre d’affaires) l’activité du mois de mai est restée en baisse de 77% par rapport à 2019. Le mois d’août a permis de limiter les pertes avec une activité identique à celle de l’année précédente.

70 % des salariés de l’hébergement-restauration en activité partielle en avril

L’Etat et l’UNEDIC ont pris en charge le coût à 100% de l’activité partielle jusqu’au 31 décembre 2020. En mars dernier, 30% des salariés de l’hôtellerie-restauration ont obtenu des indemnités pour activité partielle dans 80% des entreprises du secteur. En avril et mai, 70% des salariés en ont bénéficié pour décroître jusqu’à 7% en août. Malgré cet accompagnement, le secteur a perdu 4 200 emplois sur les six derniers mois, soit une baisse de 13% (12% sur l’ensemble de la France).

Hausse des demandeurs d’emploi, forte baisse des offres d’emploi

Conséquence des difficultés dans le tourisme, les inscriptions à Pôle Emploi sont en forte hausse, et les offres d’emploi en forte baisse. Près de 16 300 demandeurs d’emploi sont inscrits en catégorie A, B et C à la fin septembre 2020 dans les métiers de l’hôtellerie, de la restauration, du tourisme, des loisirs et de l’animation en Bourgogne Franche-Comté.  Ces demandeurs d’emploi sont plus souvent des femmes, 57 % contre 52 % tous métiers confondus et près de la moitié sont des employés qualifiés. Ils sont personnels de cuisine (2 700 demandeurs), animateurs de loisirs (2 100 demandeurs), serveurs et personnel polyvalent en restauration. Dans le même temps, 6 600 offres d’emploi ont été déposées (d’octobre 2019 à septembre 2020), soit une baisse de 29% par rapport aux 12 mois précédents.

Les dépenses touristiques en forte baisse

L’évolution des montants dépensés en carte bancaire par les résidents français pour les activités touristiques est très inférieure à la normale jusqu’en juin puis se redresse pendant la période estivale. Elle reflète les difficultés économiques du secteur pendant le premier confinement. Si à la fin avril, les dépenses touristiques étaient en baisse de 67% par rapport à 2019, elles avaient augmenté de 7% en août par rapport à la même période de 2019. Mais ce n’est qu’à partir de la réouverture des bars et restaurants et des salles de spectacle en juin et juillet et surtout en août que les dépenses en activité touristique sont reparties à la hausse.

L’indicateur des dépenses par carte bancaire en été 2020 illustre plusieurs phénomènes particuliers. D’une part, le recours à la carte bancaire augmente significativement chaque année. D’autre part, la crise sanitaire a autorisé le relèvement du plafond de paiement sans contact (pour éviter la manipulation des billets et pièces de monnaie).  Il faut enfin souligner l’effet de rattrapage de consommation après le confinement ainsi que les restrictions de déplacement à l’étranger qui ont conduit les français à privilégier les vacances dans l’hexagone. De ce point de vue, la Franche-Comté et particulièrement le Jura ont bénéficié de ce report.

De ces chiffres, deux enseignements sont à tirer en particulier. L’activité touristique reste fragile dans la région, notamment dans les zones montagneuses. C’est la raison pour laquelle la Chambre de Commerce et d’Industrie du Doubs s’inquiète de la fermeture des stations de sports d’hiver du Haut-Doubs pour les fêtes de fin d’année qui risque de faire disparaître beaucoup d’activités touristiques dans un secteur qui se réinvente depuis plusieurs années avec la raréfaction des chutes de neige. L’autre enseignement tient aux conséquences du développement du paiement dématérialisé et la disparition progressive de l’anonymat des transactions (banques, sociétés de crédit, sites marchands, Etat…connaissent précisément nos habitudes d’achats de biens et de services). C’est une question qui mérite d’être posée !

Yves Quemeneur