La dernière goutte

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En ces temps troublés vous aurez comme moi souvent entendu, venant de bouches tordues par la colère, qu’une dernière goutte a fini par faire déborder
le vase !

Cette expression nous vient de Madame de Sévigné au XVIIème siècle qui disait plutôt que la goutte faisait déborder le verre. C’est au début du XIXème que, chez Stendhal, le vase a fleuri en lieu et place du verre.

Peu importe quand c’est trop c’est trop et ça déborde !

Chez nos encore voisins anglais (profitons-en avant que le brexit nous éloigne !) on dit plutôt : the last straw that breaks the camel’s back, la dernière paille qui brise le dos du chameau. Même sens de la nuance en espagnol : la pajita que rompe el camello.

En Hollande la goutte fait déborder le seau, en Suède c’est le gobelet qui déborde.

En Occitan c’est le fagot de trop qui fait
crever l’âne.

On voit que nous ne sommes pas les seuls à souffrir et à savoir que quand la coupe est pleine, il y en a ras le bol. Sans même évoquer nos culs pleins jusqu’à la raie puisque notre sens de la réserve nous invite à ne pas les répandre à tous vents dans les médias (fussent-ils gratuits).

Je verse un pleur sur la dernière goutte : c’est toujours elle qu’on accuse et ça me dégoute. Mais une idée vaseuse me donne à penser qu’il suffirait d’un vase à peine plus évasé pour qu’il ne déborde pas ! Et dès lors, si c’était plutôt le vase le coupable ?

Aujourd’hui, sous le flux ininterrompu des dernières gouttes, trop de vases débordent. Et pourtant nous avons tant à reconstruire !

Mais ne sommes-nous pas en zone
inondable ?