La fluorescéine et la rhodanine révèlent leurs secrets

On en sait un peu plus sur la sécheresse du Doubs

48

On en sait un peu plus sur la sécheresse du Doubs

La sécheresse exceptionnelle de cet été 2018 a laissé des séquelles dramatiques sur nos cours d’eau et notamment sur le Doubs, qui s’est retrouvé totalement asséché entre le village d’Arçon et la grotte de Remonot. Les eaux se sont retirées pour laisser place à des chemins de pierres sur lesquelles la végétation reprend ses droits. Parfois même, des plants de tomates percent la terre. Des graines venues tout droit … de nos propres excréments. Preuve, s’il en était besoin, que la pollution n’est jamais bien loin.

Pour comprendre comment et pourquoi le Doubs a pu totalement disparaître, la Direction Départementale des Territoires du Doubs avait lancé des études afin de déterminer et mieux comprendre le cheminement du Doubs en souterrain. Les premiers travaux ont été lancés en septembre dernier et dès lors, une curieuse teinte verte fluo avait envahi différents cours d’eau. La fluorescéine, c’est son petit nom, est un colorant puissant et parfaitement inoffensif qui permet de tracer le cheminement des cours d’eau. Le cabinet Reilé est en charge de ces recherches. Pascal Reilé, hydrogéologue, explique : “Nous avons effectué plusieurs traçages. Le premier a débuté le 15 octobre dernier. Pour ce faire, nous avons utilisé deux types de colorants : la fluorescéine pour la couleur verte fluo et la rhodanine pour le rouge. Ce sont des colorants hydrosolubles, possédant un grand pouvoir de coloration et ne pouvant être confondus avec d’autres produits. Ils permettent de tracer l’écoulement du fleuve dans sa zone souterraine. Une première injection a été faite à Arçon et la deuxième à Maison-du-Bois. 19 jours plus tard, les eaux colorées du Doubs sont ressorties dans la Loue. La couleur n’avait subi aucune dégradation, ce qui prouve que les eaux empruntent un chemin unique, sans galerie ni lac souterrain, ni réserve.” Pascal Reilé ajoute que le réseau souterrain est parfaitement organisé, établi et très fonctionnel. Ce qui est notable également c’est que le Doubs coule de Pontarlier à Morteau alors que sous-terre, les eaux empruntent le sens inverse. Quant au deuxième traçage, il a été effectué en amont de Montbenoît et de Ville du Pont. La fluorescéine est bien ressortie à cinq endroits différents dans le défilé d’Entre-Roches. « La question qui se pose aujourd’hui est de savoir où a bien pu passer la rhodanine, s’interroge Pascal Reilé. C’est ce que nous allons surveiller durant les semaines à venir. Mais les résurgences du traçage vert démontre un système très complexe sous le Doubs à Entre-Roches. C’est une complexité parfaitement naturelle, dans laquelle l’Homme n’est jamais intervenu. La faille sous Pontarlier par exemple date de plus de tente millions d’années. »

Quelle sera la suite à donner à ces études ?

« La Direction Départementale des Territoires du Doubs et notre cabinet penchons actuellement sur les solutions à apporter pour temporiser les pertes, sans affaiblir pour autant la Loue. Sur cette rivière, de nombreuses activités sont installées et il est hors de question de priver le secteur de cette richesse naturelle. Ce sera donc notre travail pour ces prochaines semaines pour trouver des solutions pérennes et respectueuses de l’environnement. »