La forêt comtoise, une richesse insoupçonnée

Le gouvernement a lancé en octobre "Les Assises de la forêt et du bois". La Franche-Comté est particulièrement concernée.

216
La forêt comtoise, une richesse insoupçonnée © Jean-Pierre Chasseau / ONF
17 millions d’hectares de forêts en France

La France métropolitaine possède la 4ème couverture forestière en Europe avec une moyenne de 31% de forêts. Sa couverture forestière a presque doublé en moins de deux siècles (de 9,5 millions d’hectares en 1830 à 17 millions en 2020).

En Franche-Comté, elle représente 722 000 ha contre plus d’un million en Bourgogne. La Franche Comté est boisée sur 45% de son territoire alors que la forêt bourguignonne ne couvre que 32% du territoire (essentiellement dans le Morvan)

La zone des plateaux et de montagne du Jura et du Doubs ainsi que le Morvan constituent les principaux massifs forestiers de Bourgogne Franche-Comté

54% des forêts franc-comtoises appartiennent surtout aux communes (49%), les forêts domaniales ne représentent que 5% de la surface. C’est l’une des raisons de la présence très forte de l’ONF (Office National des Forêts) dans la gestion du parc forestier. L’ONF y gère 400 000 ha soit près de 50% des forêts dont la forêt de Chaux, la seconde plus grande forêt de feuillus de France après celle d’Orléans. Elle couvre plus de 20 000 hectares d’un seul tenant. Elle servit de bois de chauffage pour la Saline royale d’Arc-et-Senans.

Côté forêts privés, 37% des surfaces appartiennent à des propriétés de moins de 4ha.  Si on pense épicéa, sapin et hêtre comme essences reines de la forêt comtoise, les feuillus y représentent malgré tout 74% de la production (particulièrement le chêne en Haute-Saône).

Le bois est une ressource économique durable

L’ensemble de la filière bois en Bourgogne Franche-Comté représente près de 25 000 emplois répartis dans près de 5 000 entreprises, soit en moyenne 5 salariés par entreprise. L’activité de sciage est particulièrement importante, certaines scieries ont une capacité à traiter 500 000 m³ par an en résineux. La Bourgogne-Franche-Comté est la 1ère région française pour la production de bois d’œuvre de chêne, la 2e pour la production de bois d’œuvre de hêtre et de douglas, la 3e pour la production de de bois d’œuvre sapin-épicéa (on entend par bois d’œuvre des bois servant à la menuiserie et la construction). La région concentre 14% de la production nationale de bois et 4,5 millions de m³. Le bois d’œuvre représente 60% de la récolte commercialisée dont 2/3 est constitué de résineux.

On le retrouve dans les charpentes et les constructions en bois. La reconstruction emblématique de la charpente de Notre Dame de Paris va nécessiter l’abattage d’un millier de chênes dont 187 proviendront des forêts comtoises (communes forestières et exploitants privés ont fait don de ces chênes parfois centenaires). Le « bois énergie » est une utilisation qui prend de l’ampleur pour le bois de chauffage et les biocarburants. Si l’on pense d’abord à l’ameublement et la menuiserie, le bois sert aussi de base dans beaucoup d’autres filières comme l’industrie chimique (pour exploiter la cellulose, principal composant cellulaire des arbres) ou l’industrie papetière.

Le bois a une fonction environnementale évidente

1m³ de bois stocke une tonne de CO² (1 m³ de bois utilisé comme matériau évite une tonne de CO² fossile émise pour la fabrication et l’emploi d’un autre matériau). Le mécanisme naturel de la photosynthèse permet aux arbres d’absorber et de stocker le gaz carbonique et de libérer l’oxygène. Il faut souligner que l’exploitation et le renouvellement des forêts améliore la capacité de stockage en CO², les forêts en croissance captant plus de CO² que les forêts matures. L’exploitation raisonnée de la forêt contribue donc à la lutte contre l’effet de serre.

« Dans la forêt, un ver de terre a autant d’importance qu’un chêne centenaire » affirme Gérald Grouazel, responsable de SOS Forêts France en Franche-Comté qui regroupe un collectif d’associations. Son rôle de filtration et d’assimilation réduit les pollutions diffuses (nitrates, phosphates, pesticides…). Elle contribue à améliorer la qualité de l’eau et régule les crues (les inondations sont aussi la conséquence de la déforestation et de la suppression du bocage). En cas d’inondations, les sols forestiers agissent comme éponge et limitent l’impact des crues dans les zones urbanisées en aval des forêts. Enfin, l’action des racines maintient les sols en limitant leur érosion.

La France métropolitaine recense 138 espèces d’arbres. Ils constituent des écosystèmes complexes dont dépendent les espèces végétales et animales.

La fonction sociétale de la forêt

Les forêts françaises accueillent chaque année des millions de visiteurs dans le cadre d’activités touristiques, de loisirs ou de pratiques sportives.

A Besançon, la forêt de Chailluz fait de la capitale comtoise l’une des premières villes vertes de France. La partie communale représente 1 673 hectares sur un massif forestier de plus de 8 000 hectares. 50 kilomètres de sentiers pédestres la traversent et autant de sentiers VTT. Un parc animalier d’une vingtaine d’hectares accueille des cerfs, des daims et des sangliers. Il existe dans le Doubs 638 forêts publiques, soit plus de forêts qu’il n’y a de communes.

Véritables lieux de découverte de la nature via la faune et la flore qu’elles abritent, elles attirent petits et grands, dans le cadre privé comme scolaire ou professionnel, pour la pratique d’activités diverses.

Si la forêt est à tout le monde, elle n’appartient pas à tout le monde ! Chaque parcelle de forêt appartient à un propriétaire, qu’il soit privé ou public. L’accès aux massifs forestiers publics est strictement réglementé, il l’est également dans les forêts privées. La quasi-totalité des propriétaires laissent l’accès libre à leur bois ; il faut donc en prendre conscience et veiller au respect des lieux, de la faune et de la flore.

La lutte contre les scolytes

La visite de Gérard Larcher à Labergement Sainte Marie le 8 novembre ajoute à l’attention particulière des pouvoirs publics de lutter contre ces petits coléoptères utiles à la forêt qui se nourrit de bois, particulièrement d’épicéas. Ils creusent des galeries sous l’écorce des arbres qui sclérosent les branches et font dépérir l’arbre. C’est la nature…sauf que le réchauffement climatique entraîne une surpopulation de ces insectes et la multiplication des arbres touchés. Une première aide de l’Etat a été mise en place en 2019 pour permettre l’exploitation et la commercialisation des bois scolytés malgré un contexte de saturation du marché. A l’occasion des assises de la forêt et du bois, Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, vient d’annoncer la prolongation de cette aide jusqu’au 31 mai 2022. Les régions Grand Est, Bourgogne Franche-Comté et Auvergne Rhône-Alpes ont été particulièrement impactées. C’est un budget de près de 10 millions d’euros qui a été alloué depuis 2019 aux acteurs les plus touchés (communes et exploitants privés).

Dans le cadre du plan de relance France 2030, la forêt occupe une place importante. Toute la filière est concernée depuis la production de nouvelles graines et plants adaptés au changement climatique jusqu’à la production, le sciage et la commercialisation des bois. Dans la présentation « politique » des assises de la forêt, le gouvernement prévoit « un repeuplement de plusieurs dizaines de millions d’arbres pour dessiner la forêt de demain, plus résiliente ».

En conclusion, il faut souhaiter que la forêt de demain, franc-comtoise en particulier, soit confiée aux acteurs de la filière et non à une technocratie qui ne connaît souvent de la forêt que le bois de Boulogne.

Yves Quemeneur