La Franche-Comté épargnée par la diagonale du vide

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L’INSEE a publié le 19 janvier sa dernière étude démographique sur la Bourgogne Franche-Comté. L’Est de la région, et notamment le Doubs, sauve les meubles d’une population globalement en diminution estimée à 2 794 500 habitants au 1er janvier 2020.

La région a perdu 7 200 habitants/an entre 2018 et 2019. Le solde naturel en est la cause essentielle (26 000 naissances contre 30 000 décès). Le taux d’accroissement naturel est le plus faible des régions de la métropole : moins de femmes en âge d’avoir des enfants, moins d’enfants par famille se conjuguent à une population vieillissante.

Le Doubs, un atout pour l’avenir de la Franche-Comté

Le département est le seul à voir son accroissement naturel supérieur au niveau national. Il est aussi le seul de la région à connaître un solde migratoire positif. La proximité de la Suisse agit comme un aspirateur d’emplois qualifiés pour une population jeune en âge de faire des enfants. L’étude statistique démontre le même phénomène en Haute-Savoie dont les emplois sont liés à la proximité de Genève.

L’atout helvétique est donc une opportunité pour la Franche-Comté et principalement le Doubs à renverser une tendance de dégradation de l’attractivité économique. Pour cela, il convient de donner aux futurs nouveaux résidents du département les bonnes conditions de vie et de travail pour y demeurer durablement. Si la qualité environnementale en est une, l’amélioration de la mobilité routière est aussi essentielle pour attirer de nouveaux habitants sur l’axe Besançon – Pontarlier – Morteau. “On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre” ! Cette expression du XVIIIème siècle devrait être méditée par les élus de la capitale comtoise.

Le déficit naturel fragilise l’économie de la région

Le solde naturel est négatif depuis 2015. Il s’est creusé au fil de ces dernières années même si le nombre de décès s’est stabilisé depuis trois ans, hormis la hausse de 12,3% des décès en 2020. En 2014, la région enregistrait un solde positif de 2 500 habitants. Cinq ans plus tard (2019), elle en perd 4 100. Le moteur de la croissance, et donc de l’emploi, est en panne. Les jeunes actifs sont toujours attirés par les départements de la grande région parisienne et les métropoles importantes. La Bourgogne Franche-Comté ne doit pas se faire attirer par la “diagonale du vide” (cette large bande de territoire qui s’étend de la Meuse au Béarn où la densité de population est de plus en plus faible depuis les premiers exodes ruraux du XIXème siècle).

Un fort recul des naissances

En 2019, 26 100 bébés sont nés en Bourgogne Franche-Comté. Dans les années 2000, le nombre de naissances était supérieur à 30 000. Si la baisse de la natalité est constante sur l’ensemble du territoire français, c’est dans notre région qu’elle est la plus forte avec un recul de 1,3%.

2020, une année exceptionnelle depuis 20 ans

L’INSEE estime à 33 500 le nombre de décès en Bourgogne Franche-Comté pour l’année 2020, soit + 12,3% par rapport à la moyenne des 5 dernières années. Le début de l’année avait pourtant commencé sur des statistiques optimistes. La région enregistrait une baisse de 1,6% du nombre de décès. Mais la première vague (Mars à Mai) et surtout la seconde (mi-octobre à décembre) ont vu une augmentation du nombre de morts respectivement de 4,6% et de 8,7%. Dans le département du Doubs, la hausse des décès est estimée à + 17,2% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Cette surmortalité va-t-elle diminuer en 2021 sous les effets conjoints des gestes barrières et d’une vaccination massive ? La distanciation et les gestes barrières ont permis de réduire considérablement le nombre de décès dus à la grippe saisonnière. Quant à la vaccination de masse, (encore faudrait-il que les vaccins commandés parait-il en nombre suffisant) la logistique gouvernementale est à l’arrêt.

Si la crise sanitaire et démographique était une opportunité économique pour le Doubs et la Franche-Comté

Le vieillissement de la population va nécessiter de nouvelles compétences dans les métiers d’accompagnement des personnes âgées (EPHAD et à domicile). Parallèlement, les technologies autour des micromécaniques, du biomédical, le développement de l’industrie du luxe et de l’horlogerie sont des atouts industriels et économiques générateurs d’emplois à forte valeur ajoutée.  Enfin, la Franche-Comté et notamment le Doubs est une région où la nature, la culture, le patrimoine sont des éléments importants dans le choix des jeunes générations à venir s’y implanter durablement.

Yves Quemeneur