La laïcité, un principe en souffrance !

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Conférence d'Abdennour Bidar
Organisée par le CCAS de Besançon, Café Charlie, la ligue de l'enseignement, la fédération Léo Lagrange et l'observatoire régional de la laïcité, la conférence d'Abdennour Bidar s'interrogeait sur "la laïcité, un principe en souffrance" ©YQ

Environ 200 personnes étaient réunies Salle Courbet à la mairie de Besançon pour écouter Abdennour Bidar, philosophe et écrivain. L’ancien professeur de philosophie de 49 ans né d’une mère catholique convertie à l’islam et d’un père adoptif marocain a dressé le portrait d’une France en souffrance orpheline des valeurs républicaines.

 Quelle capacité de vivre ensemble
Conférence Abdennour Bidar
200 personnes se pressaient ce mardi 28 janvier pour écouter le philosophe Abdennour Bidar sur le thème “la laïcité, principe en souffrance” ©YQ

Le principe républicain issu de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat portait dans sa genèse le principe de concorde. L’article 1er de la loi du 9 décembre 1905 est limpide : “La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes…” Dans l’esprit d’Aristide Briand, rapporteur de la loi, celle-ci devait garantir les mêmes droits, que l’on soit croyant, athée ou agnostique.

Pour Abdennour Bidar,  le XXème siècle a été marqué par le recul du religieux partout dans le monde. Il constate un retour du « sacré » en ce début de siècle. Il en marque le changement avec la révolution iranienne en 1979 qui a transformé la Perse millénaire en république islamique.

“Nous sommes éparpillés”

“La laïcité est un principe républicain qui était déjà inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Sa remise en question est le symptôme d’une souffrance plus générale”. Il poursuit sur la liberté en danger : “Tous nos totems ne nous rassemblent plus. La laïcité, principe de concorde, est devenu objet de discorde” dit-il. “La France est un archipel où vivre ensemble n’est plus possible dès lors que nous ne partageons pas la même idée du sens de la vie” poursuit le philosophe qui est aussi membre de l’Observatoire national de la laïcité.

Comment séparer le spirituel et le politique ? Le sens de la loi “laisser à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire” a été battu en brèche par une partie des tenants de “la laïque” et par l’islam intégriste. Ils se sont, les uns et les autres, érigés en gardiens de la vérité. Abdennour Bidar cite le discours à la Chambre le 24 janvier 1910 de Jean Jaurès lorsqu’il parle des enseignants “…Et les seuls chemins par où il y puisse conduire des enfants ou des jeunes gens, ce serait de leur apprendre la même liberté de réflexion et de leur soumettre la même information étendue”.

Pour Jaurès, la question scolaire est la pierre angulaire de la laïcité. “La laïcité ouvre sur un monde moderne en passant tout au crible de la raison. L’enseignement laïc permet d’éclairer les consciences”. Dans ce discours prononcé à Castres en 1904, un an avant la loi, on peut raisonnablement penser que Jaurès manifeste un acte de foi envers la raison et, par définition, les sujets métaphysiques n’ont pas leur place dans la sphère éducative. Le XXème siècle s’est construit autour de cette “foi laïque”.

“Les libertés individuelles sont en danger. Nos sociétés sont devenues des déserts de pensée” conclut Abdennour Bidar. Tout le monde s’accordera sur ce dernier point.

Yves Quemeneur