La nature a enrichi la Saline Royale

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La nature s'est jouée du confinement. "La nature ordonnancera le chaos du monde" prédisait Claude-Nicolas Ledoux ©YQ
Pendant trois mois, dans un monde immobile où les rencontres étaient interdites, la Saline royale d’Arc-et-Senans préparait le monde d’après.

Le destin de l’humanité se jouait chaque soir sur les chaînes d’information continue, à l’image du saut périlleux joué quotidiennement depuis 37 ans par les artistes du cirque Plume. Pour la 20ème  édition du Festival des Jardins, c’est le destin magique d’une troupe d’artistes qui est à l’honneur dans 8 jardins éphémères de la Saline. C’est aussi une exposition de l’histoire d’un cirque né à Besançon au début des années 80 sur les rêves fous d’une jeunesse sans limites.

Le cirque Plume, l’éternité du saut périlleux
Bernard Kudlak, le fondateur du cirque Plume ©YQ
Mélange du cirque, de la poésie et de la peinture ©YQ
Des centaines de photos rappellent les 37 ans de la vie du cirque Plume ©YQ

Dans la grande berne, Bernard Kudlak, le directeur et fondateur du cirque Plume, a réinventé l’histoire de ce spectacle vivant, poétique et fragile. Des centaines de photos y sont mises en scène, illustrant 37 années des rires, voyages et des rêves des clowns, acrobates, jongleurs et musiciens d’une troupe atypique qui fait ses adieux cette année. Au cirque tout est possible. Le centre de la grande berne est consacrée au « pendulum », clou du spectacle de 2013 ; une douzaine de grandes dame-jeanne, ces bonbonnes au verre épais qui, suspendues à un fil, oscillent au rythme de l’éternité.

Le 20ème festival des jardins
“Chez l’hurluberlu” ©YQ
“Le jardin des ombres” ©YQ
La nature joue avec les marionnettes ©YQ

Edition 2020 inédite. La crise sanitaire et le confinement ont privé les quelques 400 élèves accueillis chaque année pour réaliser les projets paysagers de jeunes architectes concepteurs. Seuls les élèves de l’école de vannerie de Fayl-Billot, les lycéens de Montmorot et les stagiaires de la Maison Familiale rurale du Jura ont pu accompagner l’équipe permanente des jardiniers de la Saline royale sous la houlette de Denis Duquet. La nature ne s’est pas confinée et les projets inventés par les architectes paysagistes ont pu exploser de couleurs dans “le cirque du vent” éloge de la légèreté et de la poésie, “Chez l’hurluberlu” un jardin imaginé autour d’une roulotte de cirque, “le jardin des ombres” qui évoque la toile du chapiteau et le temps qui passe, ou encore “Populus Circus” espace qui recrée le cercle d’un cirque populaire, mélange harmonieux du métal et du végétal. “Le jardin des capacités végétales” transforme les plantes en autant d’artistes de cirque comme celles qui domptent les insectes pour disséminer leurs pollens. Deux jardins commandent l’entrée dans l’univers onirique du cirque : “le dédale” installé depuis février qui revisite la mythologie du labyrinthe. Créée par Gilles Picouet en 2011 et construite par l’entreprise bisontine Mantion, l’œuvre avait été présenté dans la cour du Palais Granvelle ; “le jardin zen” un espace de méditation où les sens s’éveillent et l’esprit s’évade.

“La nature ordonnancera le chaos du monde” prédisait Claude-Nicolas Ledoux. En 2022, le “Cercle immense” illustrera la ville idéale imaginée au XVIIIème siècle par le génial architecte. Ce seront alors 20 jardins permanents ou éphémères sur 15 hectares plantés de 400 nouveaux arbres au service de la biodiversité. Christine Bouquin la patronne du département du Doubs propriétaire de la Saline et Hubert Tassy le directeur du site, n’ont pas attendu la mode « écolo » pour penser le monde de demain à la Saline royale d’Arc-et-Senans.

Yves Quemeneur