La nature n’est pas forcément écologique

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Les fourrés de "renouée du Japon" sont particulièrement fournis sur la route qui conduit à la Malate depuis la porte taillée à Besançon ©YQ

Petite explication sur une plante invasive qui modifie le biotope dans beaucoup de régions dont la Franche-Comté et particulièrement Besançon.

La renouée du Japon

Cultivée en Asie, cette plante herbacée s’est naturalisée en Europe essentiellement dans les milieux humides, à proximité des cours d’eau. Originaire de Chine, de Corée et du Japon, elle colonisait les pentes des volcans très riches en métaux. Introduite en Europe à l’époque de la route de la soie comme plante fourragère, elle fut réintroduite aux Pays-Bas au XIXème siècle comme plante ornementale.

Si la renouée du Japon affectionne particulièrement les zones alluviales et les rives des cours d’eau, on la trouve également au bord des routes ou sur des terrains abandonnés et souvent pollués où elle forme de larges fourrés entraînant des peuplements mono spécifiques nuisibles à la biodiversité. Elle est devenue l’une des 100 principales espèces envahissantes inscrite sur la liste de l’Union Internationale pour la conservation de la nature.

Est-ce un combat perdu d’avance à Besançon ?

Pourtant, depuis 20 ans, le service des espaces verts de Besançon et de Grand Besançon Métropole combattent cette plante invasive comme d’autres espèces envahissantes. L’ambroisie, par exemple, se développe également très rapidement et a des pollens provoquant de fortes allergies. Dans cette période où l’écologie est érigée en dogme universel, il faut aussi faire la guerre à la nature pour en préserver sa diversité. A Besançon, on trouve des fourrés très denses de renouée du Japon le long de la vélo route qui conduit au barrage de la Malate. Si le fauchage le long des routes ou des chemins tend à maintenir la faune et la flore, il a aussi pour conséquence de disperser les plantes envahissantes, réduisant ainsi la biodiversité.

La « menace verte » est aussi un médicament

La renouée du Japon se nourrit de poison. Elle s’étend facilement dans les zones aux sols pollués et peut même  servir à dépolluer certains terrains. Ses capacités d’absorption de toxines en font une plante indiquée dans le traitement de certaines maladies comme Parkinson ou la maladie de Lyme. Elle est présente depuis toujours dans la pharmacopée chinoise. La plante présente également des intérêts économiques pour l’industrie alimentaire et cosmétique. Les rhizomes (tiges souterraines alimentant la plante) concentrent du resvératrol, un puissant antioxydant. Cette molécule, une fois purifiée, sert de complément alimentaire ou est incorporée à des crèmes antivieillissement.

Même dans la nature, il n’y a pas d’un côté les “gentils” et de l’autre les “méchants”. Notre planète est un peu plus complexe que les simples discours écologiques guerriers entre le “méchant humain” et la “gentille nature”. Au travers de l’exemple de la renouée du Japon, cela démontre que nous avons besoin les uns des autres.

Yves Quemeneur