La nécessité du doute

138

La « fausse arrestation » de Xavier Dupont de Ligonnès qui a le week-end dernier, occupé l’essentiel de l’espace médiatique, nous livre matière à réflexion.

Qui plus est, pour nous, journalistes, qui nous efforçons de remplir notre tâche avec l’objectivité, la neutralité et le détachement indispensables à cette difficile mission d’information.

Alors si l’on devait chercher un coupable à cette grossière méprise, bien avant la police écossaise qui assurait formellement l’avoir identifié, bien avant la question du nombre de points de concordance des empreintes digitales, bien avant les multiples sources policières françaises (majoritairement des responsables de haut rang de différents services spécialisés) qui ont toutes confirmé la certitude de son arrestation a l’aéroport de Glasgow, il aurait sans doute le visage de l’exigence d’immédiateté.

L’exigence d’immédiateté d’une société qui aujourd’hui, exige tout, tout de suite, sans jamais rien avoir à devoir, ni à se reprocher… Et qui, de fait, alimente cette risquée « course au scoop » que se livrent impitoyablement, en temps réel, les principaux médias nationaux.

Ainsi, comment ne pas comprendre, la démarche d’un journaliste qui, exalté par sa découverte, et qui comme tout le monde, est alimenté par l’envie d’y croire, la soif de connaître la fin de l’histoire de cette affaire criminelle hors-norme, alors qu’il est sûr et certain de par la multiplicité des sources, de la véracité de l’information dont il dispose, de la diffuser ?

Le processus est tout à fait légitime. Seul
problème, c’est en début de chaîne que l’erreur s’est produite…

Et puis, il faut avouer que « XDDL » est un personnage étonnant, déroutant, désarmant. L’aristocrate versaillais, au profil de gendre idéal, interpelle de sa froideur, sa capacité de mise en scène, son intelligence aussi. Une redoutable subtilité qui bouscule pour ne pas dire fascine, nos schémas de pensée classiques. On en aurait tellement, des questions à lui poser à ce Xavier…

Là où certains « commentateurs » ont vraisemblablement franchi la ligne rouge, c’est en assimilant, sans aucune précaution d’usage, un
fugitif à un coupable.

Voilà une bonne leçon sur l’emploi du conditionnel, la présomption d’innocence et la nécessité du doute (qui théoriquement doit toujours profiter à un individu suspecté).

Ce qui est certain c’est que de là où il est, Xavier Dupont de Ligonnès doit se réjouir de parvenir à faire couler autant d’encre…

Cyril Kempfer