La peau de l’Ours

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En 1980, Gérard Lenorman chantait « Si j’étais Président » avec le conditionnel de modestie d’un chanteur populaire. Il ajoutait : « J’écrirais mes discours en vers et en musique… ». C’est un poète.

Quarante ans plus tard le langage a évolué. On nous dit plutôt « Quand je serai Président ». Envers et contre tous, le futur a pris la place du conditionnel. Soit, ils le croient et tant de naïveté expose la plupart d’entre eux au ridicule et à ne point être élus ; soit, ils nous mènent sciemment en bateau et ça n’est pas le moyen d’obtenir ma confiance.

« Il ne faut pas vendre la peau de l’Ours avant de l’avoir tué » nous disait La Fontaine, modifiant pour mieux la rendre fabuleuse une expression ancienne qui disait plutôt : « il ne fault marchander la peau de l’ours avant que la beste soit morte ».

Cette expression s’impose comme une valeur sûre puisqu’on la retrouve dans de nombreux pays.

Les anglais disent qu’on ne doit pas compter ses poulets tant qu’ils ne sont pas éclos. En Hébreu on dit que celui qui se prépare au combat ne devrait pas se vanter autant que celui qui en est revenu. Au Brésil, il ne faut pas compter sur l’œuf qui est encore dans le cul de la poule. En Turquie, on prône une pudeur de bon aloi : on ne doit pas se retrousser avant d’avoir vu le ruisseau.

Nos cousins wallons nous le rappellent froidement : tous les amoureux ne se marient pas. En Italie, on affirme qu’il ne faut pas dire « chat ! » si on ne l’a pas dans le sac.

Un bon sens des peuples qui semble universel pour appeler à la prudence et ne pas trop tôt crier victoire. Mais les candidats à l’élection présidentielle ont d’autres chats à fouetter que la peau de l’ours.