La réindustrialisation est en marche, surtout en Franche-Comté

L’industrie entre pour 12,4% du PIB en France. Sa part est de plus de 20% en Allemagne (comme la France en 1990). Besançon et la Franche-Comté pourraient être les gagnants de la réindustrialisation. Deux exemples viennent de le démontrer.

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Le temps est loin où la SOCOP installait ses 15 salariés rue du Barlot (aux Quatre vents) à Besançon. L’entreprise spécialiste des éclairages intérieurs pour l’automobile est passée par plusieurs actionnaires, américains ou anglais avant que le groupe espagnol Antolin ne choisisse en 2012 de s’appuyer sur les compétences des techniciens et ouvriers comtois pour développer sa branche « activité éclairage » dont Besançon est le siège qui regroupe 8 sites dans le monde pour un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros, soit environ 6% du chiffre d’affaires du groupe Antolin.

Antolin ancre son avenir industriel à Besançon
La future usine 4.0 du groupe Antolin sur Temis Technologie, bâtiment conçu par CDA Architectes

Grupo Antolin, fournisseur majeur des systèmes d’éclairage pour les constructeurs automobiles dans le monde a donc décidé de concentrer sur un seul site les 400 emplois du bassin bisontin. L’affaire n’était pas bouclée et le groupe familial espagnol avait mis en concurrence différents sites en Europe.

C’est pourtant bien le territoire bisontin qui a conservé la confiance des dirigeants espagnols.

Il ne s’agit pas, à proprement parlé, d’une nouvelle implantation mais de la réunion sur un seul site de 22 000 m² des quatre unités de fabrication de Besançon. Cette nouvelle implantation crée également de la valeur ajoutée avec 150 salariés dans la Recherche & Développement pour permettre à la société d’entrer dans une nouvelle ère industrielle respectueuse de l’environnement et intégrant les dernières technologies.

« Une usine 4.0 » selon les termes de David Hamann, le patron de la filiale française, ce doit aussi être une entreprise proche de ses collaborateurs, à leur écoute. Depuis l’époque de la SOCOP, l’expérience et le savoir-faire ont été malmenés. Le nouveau site devra en tirer les conséquences.

Comme aime le rappeler Anne Vignot, la présidente-Maire de Grand Besançon Métropole, la capitale comtoise dispose d’un « écosystème innovant du faire-ensemble regroupant des laboratoires de recherche, l’Université de Franche-Comté et les acteurs industriels ». C’est finalement cette excellence comtoise qui a convaincu le groupe espagnol.

Welp blinde les emplois à Hérimoncourt
La nouvelle Citroën DS7 du Président Macron a été blindée par le groupe allemand Welp qui s’implante à Hérimoncourt ©Welp

L’ancien site historique de Peugeot à Hérimoncourt ne se transformera pas en friche industrielle. Après 18 mois de tractations, le groupe allemand Welp et ses 720 collaborateurs, qui intervient dans l’ingénierie, les prototypes et le blindage des véhicules civils, a dévoilé son projet d’implantation à Hérimoncourt le 2 décembre dernier à la préfecture du Doubs. La vente du site industriel devrait aboutir dans le courant du mois de décembre entre Welp et Stellantis et l’acte de vente définitif signé en janvier 2022. L’industriel allemand achète en effet 13 500 m² dont 7 000 m² de bâtiments sur lesquels il est prévu un investissement initial de 2,5 millions d’euros auxquels s’ajoutent 800 000 euros de machines et un plan de formation programmé avec le conseil régional de Bourgogne Franche-Comté.

Une centaine d’emplois à l’horizon 2025

A l’automne 2022, l’activité portera sur l’entretien des véhicules blindés déjà en circulation (dont la DS7 du président de la république française). Dans un délai de deux ans, une cinquantaine d’emplois devraient être crées (spécialistes du blindage, électriciens, électroniciens et mécaniciens).

Welp se rapproche aussi de l’école Boudard et l’école Hermès, dans l’excellence de la maroquinerie, le groupe allemand fournissant la garniture des sièges pour les fabuleuses voitures Bugatti produites à Molsheim dans la banlieue de Mulhouse.

C’est donc à nouveau en se basant sur l’excellence industrielle franc-comtoise que le groupe allemand a choisi d’intégrer le pays de Montbéliard, une occasion pour le sous-traitant automobile d’être à proximité de Sochaux.

1 emploi dans l’industrie, c’est 1,5 emploi indirects et 3 emplois induits

Selon « L’Usine nouvelle », 53 nouvelles implantations industrielles ont été recensées en France depuis le début de l’année 2021. « La France rouvre plus d’usines qu’elle n’en ferme » précise le magazine spécialisé. L’industrie devra être au cœur de la prochaine campagne électorale. Les sujets sociétaux, tout importants qu’ils soient, ne doivent pas faire oublier que le moteur d’un pays, c’est l’industrie. La Franche-Comté, première région française pour le nombre d’emplois industriels, disposent des atouts pour son développement.

Yves Quemeneur