La relance, ce sera les entreprises

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Les représentants des organisations interprofessionnelles et de branches étaient réunis à Dijon, solidaires pour "l'urgence, la confiance et la relance" ©YQ

En réunissant toutes les organisations interprofessionnelles et de branches de Bourgogne Franche-Comté à Dijon le 26 février dernier, les entrepreneurs de la région ont confirmé que la relance économique se fera dans les territoires, avec les collectivités locales et tous les acteurs économiques.

L’inquiétude du « stop & go »
Vincent Martin, Président de la Fédération Régionale des Travaux Publics de Bourgogne Franche-Comté ©YQ

Vincent Martin, le Président de la puissante Fédération des Travaux Publics de Bourgogne Franche-Comté, s’inquiète du manque de visibilité depuis un an. “Les entreprises ont été solidaires, elles se sont mobilisées. Depuis nous avons su réagir dans la dignité malgré des situations très compliquées”. Il est temps que les entrepreneurs et leurs collaborateurs puissent voir une sortie de crise pour se projeter dans l’avenir, réinvestir, créer de la richesse et de l’emploi.

La “relance verte” nouvelle bible de l’économie 

Les problèmes d’énergie, de climat, de transition n’appartiennent pas à des clans politiques, ont tous précisé les représentants des entreprises. Ils sont prêts à s’engager dans des changements indispensables à condition de n’être pas montrés du doigt comme les responsables de la pollution. Les routes décarbonnées, les matériaux de construction recyclés, les camions propres ne sont pas seulement des incantations ! Les entreprises font de l’écologie aussi pour des raisons économiques. Les entreprises ancrées dans leur territoire sont sociales : les emplois de la rénovation énergétique, ceux de la construction des pistes cyclables, de l’entretien des réseaux d’eau et d’assainissement sont des emplois territoriaux non délocalisables. Mais ces investissements ne peuvent se faire au détriment des indispensables travaux d’infrastructures de transports. Manuela Morgandinho pour la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de BFC pointe la difficulté de recruter “Nos artisans peinent à recruter particulièrement dans les zones rurales. Sans fluidité du trafic routier, sans routes, les jeunes ne sont pas prêts à se déplacer. Qu’en sera-t-il des plombiers, boulangers et bouchers qui maintiennent la vie dans les villages ?”

Bernard Laborey Président de la FFB (Fédération Française du Bâtiment) de Bourgogne Franche-Comté ©YQ

“La rénovation énergétique tire le marché” confirme Bernard Laborey le patron de la fédération du bâtiment. “A fin mars 2021, la profession a enregistré 800 demandes de travaux, soit autant que dans toute l’année 2020”. A l’inverse, les professionnels du bâtiment enregistrent une baisse de 20% des permis de construire. Le constat est partagé par Francis Voelin le président de la CAPEB qui s’étonne “qu’il y ait autant de chômeurs alors que les artisans refusent des marchés par manque de main d’oeuvre !”

Emploi et formation, les entreprises veulent recruter

400 apprentis à l’école des Travaux Publics en Bourgogne Franche-Comté, 2 000 dans les CFA du bâtiment de la région. Selon Jean-Philippe Richard Président du MEDEF régional, “14 000 apprentis sont recensés en Bourgogne Franche-Comté, soit 20% de plus qu’en 2019 et 80% des employeurs sont des TPE”. On parle depuis des décennies d’un marché de l’emploi structurellement déséquilibré en France. L’apprentissage et les formations en alternance restent, pour beaucoup de parents et d’enseignants, des « voies de garage » alors qu’elles sont des « voies d’excellence ». Tous les secteurs d’activité sont las des diagnostics de Pôle Emploi sans qu’il y ait une ordonnance.

“Les camions gênent”

Georges Grenier, patron des transports GRG à Fixin (21) est aussi le président de la FNTR le principal syndicat professionnel de transporteurs. Si les camions gênent sur les routes, dit-il, le premier confinement a démontré le caractère essentiel du transport routier dans la vie quotidienne. “Ce confinement a été vécu très difficilement par les conducteurs qui livraient chaque jour les magasins d’alimentation alors qu’ils étaient laissés à l’abandon, sans aires de repos sécurisées, sans sanitaires ni moyens de se nourrir normalement. Ils étaient et ils sont en première ligne”. Georges Grenier a profité de cette tribune dijonnaise pour tordre le cou aux contrevérités sur le transport routier. “Aucune profession n’est aussi taxée (carburant, taxe à l’essieu, péages…) et contrôlée que le transport routier et certains voudraient supprimer les camions des routes et les remplacer par des trains”. Les transporteurs routiers, selon Georges Grenier, sont actifs pour développer le fret ferroviaire. Il souligne toutefois que “89% des marchandises transportées le sont par la route parce que c’est la demande des clients (industriels et particuliers)”. Un chiffre illustre justement son propos. Puisque l’on parle des camions sur la RN57 ou la RN83 autour de Besançon, il faut savoir qu’une semaine de transport régional sur cet axe à Besançon, représente une année de fret ferroviaire sur la ligne Bettembourg/Perpignan…ça relativise ! Quant aux camions pollueurs, le transporteur Côte-d’Orien rappelle que les camions ne représentent que 6% des émissions de CO² et moins de 1% des particules fines.

Proches du transport routier, les entreprises de carrières, nombreuses dans le Haut-Doubs, emploient 3 000 salariés en Bourgogne Franche-Comté sur 300 sites d’extractions et une centaine de centrales à béton. “Si l’utilisation du bois dans la construction prend de l’ampleur, le béton reste une matière de base et une matière noble” a précisé Christophe Baudoin le représentant de la filière des carriers dans la région.

Manuela Morgandinho Présidente de la Chambre des métiers et de l’Artisanat de Bourgogne Franche-Comté ©YQ

Nous nous en étions fait l’écho dans un récent article, la crise sanitaire a présenté le télétravail comme « la » solution pour maintenir la distanciation sociale. Tous les chefs d’entreprises présents sont unanimes “l’activité salariée à distance peut éventuellement se comprendre dans les grandes métropoles, certainement pas dans nos territoires” confirme Vincent Martin. “Dans les activités artisanales, la secrétaire pourrait télétravailler…elle serait alors éloignée des quelques salariés de l’entreprise, c’est impossible” renchérit Manuella Morgandinho.

En conclusion de cette réunion “historique” préfigurant la solidarité de toutes les entreprises devant la sortie de crise et leur optimisme nécessaire, les trois mots partagés sont “urgence, confiance relance”. “Depuis un an l’économie est sous cloche. On a empêché les entreprises de naître et de mourir mais l’anesthésie prépare des réveils difficiles”.

Dans cette période morose, c’est enthousiasmant de constater l’énergie des entreprises “Nous sommes fiers de nos entreprises et de nos collaborateurs”

Yves Quemeneur