La transmission d’entreprise, un enjeu crucial pour le territoire franc-comtois

Beaucoup de dirigeants d’entreprises, issus du baby-boom, arrivent à l’âge de la retraite. C’est l’avenir de nombreuses entreprises industrielles, artisanales et commerciales qui sont en jeu. La CCI Saône-Doubs, en partenariat avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat du Doubs avait organisé le 3 décembre une journée d’information consacrée aux cédants et aux repreneurs d’entreprises.

204
Le bâtiment de l'avenue Villarceau à Besançon porte désormais le sigle "CCI Saône Doubs"

Des rencontres avec des experts de la cession d’entreprises ont permis à des candidats repreneurs et de futurs cédants de se construire un chemin dans le difficile parcours entre rêve et réalité. Le cabinet d’expertise comptable et de conseils financiers Mazars, le Crédit Agricole de Franche-Comté et la Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté, associés à l’événement avec les Chambres consulaires, avaient invité Alain Tourdjman, Directeur des Etudes & prospective du Pôle finance et stratégie du groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne (BPCE). L’économiste a animé une conférence sur le thème « Cession reprise d’entreprises, enjeu majeur des territoires ».

Les cessions d’entreprises en recul depuis 10 ans

Au plan national, on constate une baisse de 19% du nombre de cessions en France. Elles sont passées de 45 815 en 2010 à 37 111 en 2019 (avant la crise sanitaire). Pour Alain Tourdjman, il n’y a pas de causalité entre le vieillissement démographique et le nombre de cessions. « Ce n’est pas le nombre de dirigeants âgés qui fait les cessions mais les cessions qui produisent un rajeunissements des chefs d’entreprises ». La baisse des cessions est également contrastée selon la taille de l’entreprise. Alors qu’elle est de 50% dans les TPE sans salariés, elle n’est que de 1% dans les TPE et PME.

En Bourgogne Franche-Comté, le taux de cession des PME-ETI est proche de la moyenne nationale sauf dans le Jura où le nombre de cessions est plus élevé (3,3%) et dans le Territoire-de-Belfort où il est plus faible (2%). Pour l’économiste de la Banque Populaire « aucun département de Bourgogne Franche-Comté n’est en situation préoccupante du point de vue des cessions ». Particularité de la région, les cessions familiales y sont historiquement plus élevées que la moyenne nationale du fait de territoires ruraux avec une base industrielle ancienne.

Le département du Doubs a « la cession vertueuse » © Pôle Finance & Stratégie BPCE

Si l’on inclut l’année 2020, très particulière, l’étude constate une moindre baisse des cessions-reprises dans le seul territoire franc-comtois (-15%). Tous types de cessions confondues, la moyenne nationale s’établit à une baisse de 20% (cessions de fonds de commerce ou d’activité, mises en location-gérance…). Par contre, les fusions d’entreprises voient une hausse tendancielle significative. Pour l’entreprise absorbée, c’est souvent une alternative à la défaillance et une opportunité de croissance pour l’entreprise absorbante.

Dans l’artisanat, les cessions varient selon les secteurs
La cession des entreprises alimentaires est plus simple que dans le bâtiment © Pôle Finance & Stratégie BPCE

On trouve des taux de cession élevés dans les métiers de « bouche » (boulangeries, charcuteries, boucheries…), dans ceux des services à la personne (soins, entretien automobile, transport). Le taux est moins élevé dans l’artisanat industriel (habillement, meubles, bois…). Il est enfin plus faible dans tous les secteurs du bâtiment.

Les métiers les plus touchés par la crise économique liée à la pandémie voient leur cession annulée ou au mieux reportée compte tenu de l’incertitude économique et sanitaire. C’est particulièrement vrai dans le secteur de l’hôtellerie-restauration et des services aux particuliers. L’impact est moindre dans le commerce de gros et les services aux entreprises. Globalement, acheteurs et vendeurs souhaitent valoriser la transaction éventuelle en tenant compte de chiffres moins dégradés et de résultats plus lisibles pour cette année 2021 et surtout 2022.

Comment valoriser une entreprise en période de crise sanitaire

« La Covid a bouleversé les critères traditionnels de valorisation » souligne Alain Tourdjman. L’appréciation prend en compte de façon plus nette les ratios qualitatifs de l’entreprise. Les subventions directes (activité partielle, fonds de solidarité…) ont pu impacté la rentabilité « ressentie » de l’entreprise et donc son prix de cession. Les échéanciers des dettes bancaires, sociales et fiscales demeurent hypothétiques (on vient de le constater avec la nouvelle fermeture des boîtes de nuit pour quatre semaines reportant d’autant le retour à l’apurement des dettes). Quels montants seront exonérés, quelles seront les échéances de remboursement des PGE ou des dettes URSSAF ? Pour le directeur du pôle Finance & Stratégie du groupe BPCE, « la hausse de la dette est un frein à la cession ».

Le nouvel environnement des entreprises (télétravail, règles environnementales, développement du numérique ou sécurité des approvisionnements) sont autant de contraintes nouvelles où le risque de cession est d’autant plus élevé que le dirigeant cédant est âgé. S’ajoutent des éléments plus conjoncturels qui touchent tous les secteurs d’activité : les difficultés de recrutement et la hausse des coûts de production.

Vieillissement des dirigeants : de fortes disparités en Bourgogne Franche-Comté
Les dirigeants de plus de 60 ans du Doubs sont dans la moyenne nationale © Pôle Finance & Stratégie BPCE

L’écart entre les intentions de cession et les réalisations concerne essentiellement les dirigeants de plus de 60 ans. Les cessions sont inférieures à 20% dans les TPE dont le dirigeant a plus de 60 ans. « La fin d’activité et le départ à la retraite, principales motivations pour le cédant, est une réponse inadaptée pour le repreneur potentiel » ajoute Alain Tordjman.

En Bourgogne Franche-Comté, on constate une part importante de dirigeants de PME-ETI de plus de 60 ans particulièrement dans « la diagonale du vide » (Yonne, Nièvre et une partie de la Côte d’Or). A l’opposé, la situation est très favorable dans le Doubs où l’expert de la BPCE parle même de « cession vertueuse ».

Les pouvoirs publics veulent promouvoir la reprise des fonds de commerce et des cessions d’entreprises. L’efficacité des mesures proposées sont souvent circonscrites à certains secteurs ou territoires. La déduction fiscale de l’amortissement des fonds de commerce est une bonne mesure dans les territoires peu attractifs. Ailleurs, elle peut être un effet d’aubaine. L’encouragement à mettre un fonds de commerce en location-gérance en étendant l’exonération totale ou partielle des plus-values en cas de cession à une autre personne que le locataire-gérant, est une bonne mesure en fluidifiant la cession. D’autres mesures administratives ou fiscales présentent souvent peu d’avantages ou bien marginaux.

La cession d’une entreprise et sa reprise obligent les deux parties à « changer de braquet ». Ce ne sont plus seulement les compétences d’un chef d’entreprise mais l’appétence à se réaliser, l’envie de transmettre. L’accompagnement est essentiel dans la préparation de la reprise, que ce soit en termes d’organisation juridique et comptable, de financement à court ou moyen terme. A la CCI Saône-Doubs, Pierre Lacanal offre, au travers de « Visa Reprise » les meilleures conditions dans la reprise des entreprises de plus de 10 salariés : détection des repreneurs potentiels, labellisation de leur projet de reprise et accompagnement. Reconnu comme un dispositif solide, sa crédibilité a été encore renforcée avec la contribution du Conseil de l’Ordre des experts-comptables BFC, le comité régional de la Fédération Bancaire Française, la Chambre des Notaires et l’Ordre des avocats de Besançon.

Reprendre une entreprise, c’est aussi assurer la pérennité du tissu économique comtois sur l’ensemble de son territoire.

Yves Quemeneur

Avec l’aimable contribution d’Alain Tourdjman, du pôle Finance & Statégie du groupe BPCE.