La vague jaune envahit la France

Un mouvement initialement pacifique.

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C’est l’actualité brûlante du moment, dont les revendications initiales ont pris de l’ampleur au fil des événements.

Le mouvement des Gilets Jaunes, débuté le 17 novembre dernier par des actions de blocage, ne s’essouffle pas et prend même de l’ampleur. La colère des manifestants, qui se disent initialement pacifiques, est nourrie des révélations du gouvernement qui ne suscitent pas l’apaisement attendu mais, bien au contraire, mettent le feu aux poudres. Les Gilets Jaunes ont le sentiment de n’être ni entendus, ni respectés. “Le mouvement a été créé par des groupes pacifistes, explique Mariana Bernard, elle-même Gilet Jaune. Nous ne voulions aucune violence, juste être vus et entendus. Mais le mépris du gouvernement, son silence assourdissant a engendré une violence que nous jugeons dommageable à notre message. On se retrouve en plein mai 68 ! Le problème de notre gouvernement actuel est sa déconnexion totale avec notre réalité, celle que vit au quotidien l’écrasante majorité des Français. Quand une députée censée représenter son peuple ne connaît même pas le montant du SMIC, on est en droit de se demander comment ils peuvent défendre nos droits.”

Se pose toutefois la question du mouvement en lui-même, et de sa forme. “Il serait important d’élire un représentant apolitique des Gilets Jaunes, avance Mariana Bernard. Dans une salle de classe, si les 35 élèves parlent en même-temps, on n’entend rien. C’est pareil pour nous : des personnes doivent nous représenter auprès du gouvernement afin que nous puissions enfin être entendus. L’idéal serait un messager par région.”

Pour l’heure, les Gilets Jaunes n’entendent pas baisser les bras et s’apprêtent à mener leurs actions jusqu’au bout. “S’arrêter maintenant n’aurait aucun sens et il n’en est pas question, tout simplement !”

Des associations de commerçants inquiètes

Le premier blocage, exécuté le 17 novembre, a été catastrophique pour les commerces locaux. Les associations de commerçants expriment clairement leur soutien face aux revendications mais ont vite demandé aux manifestants d’agir différemment, sans compromettre l’économie locale ni même, soyons clair, la pérennité de certaines entreprises qui ne supporteraient pas financièrement que la situation perdure. « Nous comprenons globalement les premières revendications des Gilets Jaunes. Mais leur façon de faire nous est fortement préjudiciable. Certains des commerçants ont perdu jusqu’à 85% de leurs chiffres d’affaires ce samedi, déplorent les porte-parole des associations. Certains d’entre nous n’ont pas les reins suffisamment solides pour supporter des blocages supplémentaires, surtout en ces périodes d’ordinaire fastes pour eux. Des commerçants nous ont fait part de leur vive inquiétude vis-à-vis de leur commerce et des personnes qu’ils emploient. Car sans chiffre d’affaire, pas de rentrée d’argent et donc, aucun moyen de payer les salariés. » Un message que semblaient avoir entendu les manifestants qui avaient cessé de bloquer les ronds-points depuis début décembre. Mais les dernières révélations gouvernementales ont eu l’effet d’une bombe et les tensions, loin de s’apaiser, reprennent de plus belle. Denis Gérôme, président de Commerce Grand Pontarlier ne cache pas son inquiétude : « Nous avons perdu plus de 50% de la clientèle suisse et elle ne semble pas prête à revenir. Nous allons essayer de trouver des solutions pour que tous puissent s’y retrouver : que les commerçants survivent et que les manifestants se fassent entendre. Cela ne pourra passer qu’avec une collaboration et une compréhension fortes et mutuelles. »

La voix des Foulards Rouges

Face aux actions des Gilets Jaunes, des voix s’élèvent pour exprimer leur mécontentement. Comme un pied-de-nez aux manifestants, les opposants au mouvement se parent de Foulards Rouges. L’une d’eux, une pontissalienne qui tient à garder l’anonymat, explique le contre-mouvement : « Au-delà des revendications actuelles des Gilets Jaunes qui nous semblent trop utopiques, nous sommes farouchement contre leur façon de faire. Nous ne supportons pas la violence verbale et physique qui émanent de ces manifestations ni les dégradations faites sur les bâtiments publics et patrimoniaux. Nous voulons retrouver un état de droit, circuler et consommer comme bon nous semble et ne plus subir des actions dont nous rejetons la légitimité. Nous sommes libres nous-aussi de ne pas adhérer à ce mouvement. Nous sommes en démocratie! Nous estimons qu’il est urgent de rétablir les libertés individuelles et de rapporter le débat public au sein du cadre démocratique. Aujourd’hui, je suis inquiète de cette montée de violence et à titre personnel, je me demande vraiment quand et comment cela va s’arrêter. Les Gilets Jaunes parlent d’une dictature au sein de leur pays alors qu’en agissant comme ils le font, c’est eux qui la créent cette dictature … » Cette jeune femme explique également se sentir rejetée par son entourage, et admet ne pas se sentir libre d’exprimer ce qu’elle ressent vis-à-vis de cette situation. « Les opposants que nous sommes et représentons n’ont pas le droit à la parole. Nous sommes victimes de violences verbales, d’agressions physiques et même de menaces de mort. Certains Gilets Jaunes vont trop loin et sortent clairement du cadre de leurs revendications. On se fait lyncher et traiter de collabo. La liberté d’expression et de pensée est en train de mourir dans leurs feux de palettes. » Les Français soutiennent les Gilets Jaunes à 74% environ. Cela fait que 26% de la population, soit plus d’1/4, ne se retrouvent pas dans ces revendications. C’est justement cette part de la population que représentent les Foulards Rouges, dont des groupes se forment un peu partout en France.

Une page officielle Facebook est dédiée au mouvement des Foulards Rouges. 22 000 personnes ont déjà adhéré.

A l’heure où nous imprimons ces pages, le mouvement prenait une ampleur inédite, provoquée par les annonces gouvernementales. Nous sommes à l’orée d’un week-end qui s’annonce agité. Nous ne manquerons de revenir sur les événements dans notre prochaine édition et sur notre page facebook Hebdo25.


Sites internet : les grands gagnants

Alors qu’un achat sur deux est effectué sur Internet en période de Noël, ces ventes font un bond considérable en raison des Gilets Jaunes. Plutôt que de risquer de se retrouver bloqués à un rond-point, les consommateurs ont préféré commander leurs achats sur des sites mastodontes tels qu’Amazon, Cdiscount, Rakuten, … Les chiffres annoncent une augmentation de 34% du volume des commandes en moyenne, notamment en période du Black Friday.