La ville n’est pas un circuit

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Dimanche 19 septembre, 7h20, la vie d’une infirmière de 59 ans s’est arrêtée au carrefour du Boulevard Blum et de la rue Francis Clerc.

Alors qu’elle rentrait du travail et traversait à faible allure le boulevard au feu vert, une Polo grise l’a percuté de plein fouet « le choc a été si violent que la portière de la 207 a été enfoncée jusqu’au levier de vitesse, ne laissant aucune chance à la conductrice » a précisé le Procureur de la République lors d’un point-presse ce lundi 27 septembre.

Dans l’autre véhicule, les deux jeunes bisontins de 24 et 25 ans étaient en état d’urgence absolue. Hospitalisés au CHU Jean-Minjoz, le conducteur présumé est sorti de l’hôpital mais dans un état de santé ne permettant pas son placement en garde à vue. « Nous attendrons l’autorisation médicale pour l’entendre sur les circonstances du drame » souligne le Procureur. Son passager, quant à lui, est toujours hospitalisé dans un état grave.

1,35 g d’alcool dans le sang

Le jeune conducteur, inconnu des services de police et de gendarmerie, présentait au moment du drame un taux d’alcoolémie important. 1,35g d’alcool dans le sang équivaut à 0,67 mg/litre d’air expiré. La loi applique une contravention en cas de dépassement de 0,5g/litre de sang (0,25mg/litre d’air expiré) et un délit au-delà de 0,8g/litre de sang (0,4mg/litre d’air expiré). Circonstance aggravante, « Au moment du choc, le compteur de la Polo indiquait 140 km/h » indique Etienne Manteaux.

« La répression n’est qu’une partie de la solution à la violence routière » ajoute Yves Cellier, le Directeur départemental de la sûreté du Doubs. Le patron des policiers du département précise que le Boulevard Blum, réputé accidentogène, ne concentre que 14% des accidents matériels et corporels de Besançon. En creux, 86% des accidents se produisent donc ailleurs. La vitesse est limitée à 50 km/h sur l’ensemble du boulevard de ceinture de Besançon. « Il s’agit là d’un comportement tellement excessif que des radars de contrôle de vitesse ou des radars aux feux n’auraient servi à rien ».

Un développement de radars dans les zones à risques

La Ville de Besançon a déployé un réseau d’affichage avec cette accroche pour sensibiliser les automobilistes. L’adjoint à la sécurité Benoît Cypriani souhaite aussi développer les radars dans une vingtaine de zones à risques. « Ils relèveront les plaques d’immatriculation pour sanctionner les excès de vitesse, les feux brûlés ou encore l’usage du téléphone au volant ou le non-port de la ceinture de sécurité ». Tout cela est utile bien entendu. Mais en l’espèce, le jeune conducteur, en roulant à 140 kms/h, avait de fait « privatisé le boulevard » (dixit le Procureur de la République). Il sera probablement poursuivi pour homicide involontaire, voire « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». La loi est ainsi faite bien que la morale voudrait entendre « assassinat ». Sur la route, ne sommes-nous pas toutes et tous des « assassins » en puissance ?  Cet accident de plus, accident de trop, doit nous en faire prendre conscience !

Yves Quemeneur