La Villedieu, village disparu en temps de paix

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Le village a été sacrifié pour permettre l'extension du camp militaire.

Situé dans le Doubs en plein cœur du camp militaire de Valdahon, le village de La Villedieu a été rayé de la carte le 1er juin 1926. Mais il n’a jamais été oublié.

La Villedieu était un village du plateau de Vercel, à l’image de nombreux autres dans le secteur avec ses maisons et fermes, son école et sa maison commune, des abreuvoirs, une fontaine, un chalet de fromagerie et bien sûr son église avec son traditionnel clocher comtois. Un village avec un peu moins de 300 habitants à l’aube du XXème siècle. Son avenir va toutefois se compliquer du fait de sa situation, à proximité du camp du Valdahon. Compte tenu des tensions internationales et de la stratégie militaire de l’Etat, il est décidé en 1907 d’agrandir le camp et donc d’exproprier les habitants de la Villedieu. Aussitôt, l’exode commence et plusieurs fermes disparaissent acquises pour l’extension du camp. Pas de rebellion chez les habitants mais une réaction étonnante de résignation résumée par ces mots lors d’une réunion du conseil municipal : « Notre patriotisme et notre civisme nous imposent de délaisser nos biens. ».
A la disparition définitive du village en 1926, l’église fut également abandonnée et ses biens dispersés : les trois autels en marbre furent déposés dans l’église de Fontaine les Clerval, les vitraux, tables de communion, bancs et chaires et le chemin de croix dans la chapelle de Laissey, les cloches à Valdahon et Vercel, l’horloge à Rang et les dalles à l’église d’Epenoy.

Le lendemain du départ, les gens et les bêtes ont disparu laissant La Villedieu tel un village fantôme. La commune n’existe plus administrativement, rattachée officiellement à Vercel. Elle gardera le triste privilège d’être en France, la première commune rayée de la carte en temps de paix.