L’arbre (mort) qui cache la forêt

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C’est assis sur un confortable tapis de feuilles, et adossé à un chêne cumulant sûrement cinq à six fois mon presque demi-siècle, cahier (ramassis d’arbres morts) dans la main gauche, stylo bleu dans la main droite que je rédige cet éditorial.

En effet il me fallait, pour ce faire convenablement, que je sois du mieux possible ancré aux éléments, soumis aux courants telluriques et aux flux végétaux, bénéficiant ainsi d’une opportune sylvothérapie journalistique.

Voilà. Je peux donc, ici et maintenant, sans aucune crainte et en toute objectivité, m’offrir sans retenue à cette connexion environnementale afin qu’opèrent l’inspiration, l’intuition, la révélation et la retranscription d’une certaine vérité. Pour ne pas dire d’une vérité certaine, puisque l’on ne perçoit du monde que ce que l’on peut en observer, depuis la place que l’on occupe…

A propos de place, suite à son dernier discours faisant état de l’abandon du sapin de Noël lors des festivités de fin d’année et affirmant qu’il n’ornera pas la ville « d’arbres morts de Noël », le maire de
Bordeaux doit aujourd’hui affronter une véritable levée de bouclier d’une importante majorité de l’opinion publique. Pour autant, l’élu campe sur ses positions et dénonce des critiques venues de méchants  « conservateurs et réactionnaires » de la « fachosphère ». Un bel exemple de tolérance !

C’est oublier un peu vite qu’en supprimant une telle symbolique, en méprisant cette tradition familiale, en faisant fi de la transcendance philosophique ou religieuse que le concept de la nativité peut nourrir, la démarche a de quoi susciter l’indignation, la colère, sinon la révolte des Bordelais, mais plus globalement de tous les Français se sentant agressés dans leurs convictions personnelles (culturelles et/ou cultuelles) et donc, privés du peu de réjouissance qu’il leur restait.

Tout cela pour le bien de la planète ? Aucunement !

« L’arbre de Noël n’est pas un sapin sauvage déraciné en forêt mais bien une plante cultivée. Pour chaque sapin proposé pour les fêtes de Noël, un nouvel arbre est replanté lequel absorbera le carbone émis dans l’atmosphère. La balance carbone du sapin de Noël cultivé en France lui est largement favorable  » explique pour sa part Frédéric Naudet, président de l’Association Française du Sapin de Noël Naturel.

Des propos qui incitent à déplorer la tonalité déliquescente d’une idéologie prétendue progressiste, du moins ainsi revendiquée par le premier magistrat de la quatrième ville de France. Lequel ferait mieux de s’abreuver à la source de « L’arbre de vie », pour œuvrer véritablement à une meilleure harmonie, tout en considérant à sa juste place l’héritage des traditions millénaires, afin que l’ordre « naturel » qui lui semble si cher, puisse perdurer avec davantage de raison et de discernement. Ce qui serait bien plus convaincant et constructif, que de systématiquement s’affairer à haïr, faire haïr ou détruire les multiples ancrages sociaux ou sociétaux qui, par le biais de notre enfance, ont édifié ce que nous sommes.

En politique comme ailleurs, tout est symbole…

Cyril Kempfer