« Le Cercle immense » à la Saline royale d’Arc-et-Senans

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Les architectes paysagistes ont exposé aux élus et au préfet le sens de ce "cercle immense" en respectant le rêve de Claude-Nicolas Ledoux ©YQ

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1982, la Saline royale d’Arc-et-Senans est, sans nul doute, le chef-d’œuvre de Claude-Nicolas Ledoux, l’architecte visionnaire du siècle des Lumières.

Elle est le témoin d’une histoire et d’une architecture d’exception où se mariaient la production du sel, des lieux d’habitation et des jardins potagers pour les saulniers. Sa description de la ville idéale de Chaux est une préfiguration des systèmes communautaires du XIXe siècle. « Les ouvriers sont logés sainement, les employés commodément ; tous possèdent des jardins légumiers qui les attachent au sol ». Architecte de l’utopie sociale, Ledoux « souhaite l’amélioration du niveau de vie des ouvriers et veut promouvoir dans sa cité un meilleur mode d’existence, plus sain et plus joyeux ». La nature fait partie intégrante d’une usine-cité construite en pleine campagne. Dans le projet d’extension actuelle, on retrouve la volonté de respecter l’idée initiale du génial architecte et son souci de vivre en harmonie avec la nature entre Loue et Chaux, entre l’eau et le bois. L’eau salée arrivait de Salins-les Bains par un saumoduc serpentant entre la Furieuse et le Loue pour alimenter les grandes cuves chauffées par les bois de la forêt de Chaux. Nous n’avons rien inventé avec l’économie circulaire !

Claude-Nicolas Ledoux a dû batailler avec Louis XV qui avait refusé le premier projet « les colonnes sont réservées aux temples et aux palais des rois, pas aux usines et aux manufactures ».

Le projet du « Cercle immense »

Hubert Tassy le Directeur de la Saline et Christine Bouquin la présidente du département du Doubs (propriétaire des lieux), ont comme ambition de rendre accessible au plus grand nombre le rêve d’une ville idéale en forme de cercle, un lieu de référence international pour la création de jardins, alliant biodiversité, économie circulaire, pédagogie et haute qualité environnementale.

Comme si les ingénieurs de la SNCF en 1857 avaient anticipé cette volonté de terminer le cercle voulu par Ledoux, la voie ferrée qui mène de Besançon à Lons le Saunier tangente le second demi-cercle.

Le « Cercle immense », ce sont 400 arbres plantés au cœur du site Unesco, 10 nouveaux jardins pédagogiques de 13 000 m², lieu de création pour les élèves paysagistes, 10 jardins permanents sur 7 000 m² sur le thème de la graine, du sol, du climat, du recyclage, du potager, du vivant et de la biodiversité. 18 000 jeunes seront formés et sensibilisés aux enjeux et aux métiers du paysage et de l’environnement.

6 nouveaux emplois permanents sont créés à la Saline pour un objectif d’une augmentation de la fréquentation touristique de 25% et 4 millions d’euros de retombées économiques locales (restaurants, hôtels…) Le Budget d’investissement est de 2,7 millions d’euros (dont 1 M€ attribués par l’Etat dans le cadre du plan de relance). Le site bénéficie de la proximité d’une gare SNCF à moins de 50 mètres. Sur ce point, le prochain exécutif régional élu en juin (qui aura en charge la gestion des TER) pourrait être bien inspiré d’augmenter le cadencement des trains (weekends et vacances scolaires) et pourquoi pas inventer un « pass Saline » (voyage et entrée sur le site) à prix réduit.

Première étape dans la mise en place d’un grand portail entre les deux demi-cercles par l’entreprise Mantion, mécène de l’opération. ©YQ

Parmi les 19 partenaires et mécènes du projet de « Cercle immense » on notera la présence de l’entreprise Mantion de Besançon, déjà très impliquée dans le mécénat artistique. L’entreprise bisontine est spécialisée dans la conception, la fabrication et la commercialisation de systèmes coulissants pour le bâtiment. Elle a conçu pour la Saline un portail en métal qui sépare les deux demi-cercles. Sur 10 mètres de longueur et près de 3 mètres de hauteur, cet élément va faire partie de l’identité du site voulue par l’architecte paysagiste Mayot Toussaint, en collaboration avec Mantion et les élèves du lycée professionnel Hippolyte Fontaine de Dijon spécialisé dans le travail de découpe laser des métaux. Le portail s’ouvre sur une citation de Ledoux « Un cercle immense s’ouvre, se développe à mes yeux, c’est un nouvel horizon qui brille de toutes les couleurs ».

Le « Cercle immense » sera ouvert au public pour les nouvelles éditions du festival des jardins au printemps 2022. En parallèle, un investissement important est entrepris dans un des bâtiments principaux de la Saline pour en faire une salle de spectacles qui accueillera des concerts.

Joël Mathurin préfet du Doubs remet à Christine Bouquin et Hubert Tassy le chèque de 1 million d’euros octroyé par l’Etat dans le cadre du plan de relance ©YQ

« Quand les choix sont difficiles, il faut les faire » a conclu Christine Bouquin. La présidente du département du Doubs depuis 2015, a largement contribué à l’attractivité de la Saline : on se souvient du concert de David Gilmour en 2016, la résidence de Jordi Savall et du concert des nations qui ont donné au site un éclairage international. Ce nouveau pas de la modernité dans le passé donne encore plus de sens au rêve de Claude-Nicolas Ledoux.

L’hélicoptère était « incongru » dans ce lieu de biodiversité ©YQ

Le soleil brillait sur la Saline ce jeudi 20 mai quand le préfet du Doubs a remis le chèque d’un million d’euros du plan de relance. Joël Mathurin, dont c’était l’une des dernières sorties dans le département (il est désormais Préfet du Morbihan) parlait du projet comme « une démarche environnementale vertueuse »…Le représentant de l’Etat aurait pu éviter d’affréter un hélicoptère pour permettre aux élus et journalistes d’avoir la Saline vue du ciel. Christine Bouquin et Hubert Tassy n’en étaient pas très enchantés.

Yves Quemeneur

 

La Saline royale d’Arc-et-Senans est à nouveau ouverte depuis le 22 mai. Toutes les expositions, manifestations, spectacles sont consultables sur www.salineroyale.com