Le machisme est-il une maladie en voie d’éradication ?

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Violences faites aux femmes
la campagne de communication "choc" du Conseil départemental pour "agir maintenant" contre les violences faites aux femmes - photo conseil départemental

Les violences faites aux femmes, grande cause nationale, suscitent des manifestations de masse, indignent le monde politique, font la une des médias. “Réagir peut tout changer” : si les pouvoirs publics doivent impulser les mesures, c’est l’ensemble de la société qui a le devoir de s’impliquer dans la protection des femmes et des enfants victimes d’un conjoint ou ex-conjoint violent.

La journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes le 25 novembre est l’occasion de mobiliser tous les acteurs (Etat, collectivités locales, Justice, Police, gendarmerie et associations) dans une démarche cohérente et des mesures concrètes pour éradiquer ce mal qui tue ou blesse 219 000 femmes en France. C’était le sens de la signature d’un plan départemental sur trois ans dans le Doubs traduisant la volonté d’agir ensemble et  combattre la banalisation d’actes que l’on peut qualifier de  « barbares ».

Le Doubs, territoire exemplaire
Violences faites aux femmes
Julie Fergane vice-procureure auprès du TGI de Montbéliard, Etienne Manteaux procureur de la République de Besançon, Joël Mathurin Préfet du Doubs, Christine Bouquin Présidente du conseil départemental du Doubs, Jean-Louis Fousseret Maire de Besançon et Patrick Genre Maire de Pontarlier ©YQ

A la tête de la mobilisation, le Conseil départemental. Chef de file traditionnel des solidarités, le conseil départemental du Doubs accompagne au quotidien les personnes en détresse par l’intermédiaire des travailleurs sociaux dont la mission est d’identifier les victimes potentielles.

Solidarité femmes est une association particulièrement active dans le département. Composée de 13 salariés et 30 bénévoles, l’association bisontine couvre le département à l’exception du Pays de Montbéliard (Solidarité Femmes est également implantée à Belfort pour le NFC). Antenne départementale du 3919, elle reçoit plus de 500 appels téléphoniques par an et a accueilli 260 personnes victimes de violences conjugales en 2019.

La maltraitance conjugale n’a pas d’âge ou de classe sociale
Violences faites aux femmes
Les signataires du plan départemental de lutte contre les violences faites aux femmes ©YQ

Pour Anne Gainet, coordinatrice de Solidarité Femmes à Besançon ou Julie, éducatrice dans l’association, la violence intra-conjugale n’est ni une question d’âge, ni le fait d’une catégorie socio-professionnelle particulière, pas plus qu’une question de culture ou de religion. Le point commun résulte plus d’une société qui est violente avec les femmes depuis des siècles comme le souligne le préambule du plan départemental. Une violence insidieuse qui se cache parfois dans un environnement familial “exemplaire”.

1085 plaintes en 2018

Dans le département du Doubs, les services de gendarmerie et de police nationale ont enregistré 1085 plaintes, en légère augmentation par rapport à 2017. Deux décès ont été constatés dont celui de Razia, la jeune afghane de 34 ans tuée sous les coups de son mari il y a tout juste un an. L’augmentation sensible du nombre de plaintes est liée à plusieurs facteurs : les femmes victimes hésitent moins à se rendre au commissariat ou à la gendarmerie ; la présence d’OPJ (officiers de police judiciaire) référents et formés à l’écoute des femmes permet un meilleur accueil, le rôle aussi des associations d’aides qui, au-delà de l’écoute, tentent de trouver rapidement des solutions pour mettre la personne et ses enfants parfois sous protection.

L’argent demeure le nœud du problème

Le préfet Joël Mathurin parle bien entendu des “téléphones grand danger” financés par l’Etat et les collectivités (Grand Besançon Métropole en a acheté 4 et le département 2). Il évoque également l’objectif “zéro hébergement hôtelier” en développant des logements anonymes pour apporter aux femmes et aux enfants un hébergement plus pérenne (le budget hôtelier représente 300 000 Euros par an dans le Doubs). Il évoque enfin le co-financement par l’Etat de deux postes d’intervenant social à Besançon.

Dans l’aval des plaintes ou des signalements, se pose le problème crucial du traitement judiciaire. La Justice est le parent pauvre des services de l’Etat. A 7,5 milliards d’Euros pour 2020, le budget de la Garde des Sceaux est en augmentation de 4%.  Mais avec 64€ par habitant (base 2014), la France est loin de ses principaux voisins (Allemagne 96€/habitant). En matière de traitement judiciaire des violences faites aux femmes, l’Espagne fait figure de bonne élève. C’est lié historiquement à la volonté des gouvernements successifs de supprimer de l’arsenal judiciaire tout ce qui avait trait à la société machiste de l’époque franquiste. Mais c’est surtout lié aux efforts financiers consentis par Madrid pour donner aux parquets et aux juges les moyens d’agir et de sanctionner rapidement.

Il reste que la volonté politique existe, la population alertée et “Réagir peut changer”. C’est à chacune et chacun d’entre nous d’être attentifs aux autres, c’est le message de conclusion porté par les associations.

Yves Quemeneur

 

Solidarité femmes est présente à Besançon 15 rue des Roses (quartier Palente). L’association intervient quelques jours par mois sur Pontarlier, Morteau, Baume-les-Dames, Valdahon.