Le sens de l’essentiel

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Informer est un métier, avec ses exigences, ses droits mais surtout ses devoirs.

Des impératifs déontologiques que certains ont parfois tendance à oublier lorsqu’ils s’improvisent commentateurs, analystes, ou redresseurs de tort (y compris à l’encontre des journalistes professionnels) sur les réseaux sociaux…

Car si relater objectivement un fait peut sembler une tâche basique, centraliser puis prioriser les différentes informations nécessite un discernement autrement plus pointu.

Il faut sentir les choses. Déceler le petit supplément d’âme qui fera la différence. Appréhender ce qui touche le plus. Cultiver la flamme, cette démarche de perpétuelle curiosité, de remise en question quasi-visionnaire (sinon prophétique), quant à l’actualité et ses plausibles, probables ou prévisibles conséquences.

Sorte de sublimation existentielle qui consiste à écrire indirectement l’histoire de sa vie tout en sachant que celle-ci imprimera sa trace dans la réalité…

Mais il faut aussi prendre de la hauteur sur ce « quatrième pouvoir » que l’on détient. Ne jamais oublier qu’à l’instar d’un chanteur, d’un acteur ou d’une célébrité quelconque, rien n’est possible sans l’adhésion massive d’un public.

C’est pourquoi chaque journaliste ne devrait jamais se séparer des préoccupations de la vie ordinaire de l’homme du quotidien qu’il croise en allant acheter son pain.

Informer est important. Informer est grandissant. L’information comme son nom l’indique influe (et donc cisèle, détermine) la pensée de l’opinion publique. Mais la fonction colore aussi l’existence d’aspects passionnels et effervescents. Une passerelle autorisée vers un idéal insouciant, évolutif, libérateur, parfois excessif, avec lequel j’assume flirter.

C’est pourquoi il m’arrive fréquemment d’aller dans les cafés tôt le matin ou tard le soir, prendre le pouls de l’opinion publique. Que cela soit au centre-ville ou autour de la gare où se croisent sur le zinc devant le petit noir, ouvriers du bâtiment, professions libérales, étudiants, couples illégitimes… : un vrai baromètre sociétal !

Les commentaires vont bon train. Ici pas de tricherie. Nous sommes dans le vrai, dans l’instantané, dans le populaire pur jus : cœur de cible trop oublié.

Autre atout, la mission de journaliste permet de toucher du doigt les principales carences ou dysfonctionnements du système (démocratique) qui nous régit : la puissance des lobbys, la nécessité de rentabilité des services publics, l’incompétence ou le manque de courage de certains décideurs… et de révéler au grand public pourquoi et comment il en est ainsi. Force est de constater qu’aujourd’hui, ils sont encore beaucoup à ne pas souhaiter répondre à nos interrogations lorsqu’elles pointent du doigt des manquements trop criants ou trop dérangeants !

Avec 20 ans d’exercice, d’abord de correspondance de presse puis de journalisme, au compteur de mes 42 printemps, je pourrais énumérer ici tant et tant d’injustices constatées, tant et tant de ce révoltant mépris parfois ressenti, tant et tant de cette volonté qui m’anime à chercher des réponses à qui et ce que nous sommes, ou à ce que nous allons devenir…

Cela ouvre donc la voie à l’exploration et la réalisation de sujets documentaires sociétaux, transversaux, mais
profitables car élévateurs.

En somme : cela nous incite à devenir meilleurs, pour aller vers le meilleur, ensemble…

Cyril Kempfer