L’eau c’est la vie !

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La source d'Arcier assure environ 40% des besoins en eau potable de la métropole bisontine

Ressource indispensable, l’eau est devenue rare. Derrière les discours de bonnes intentions, que se cache-t-il dans la réalité des 975 kilomètres de canalisations souterraines qui alimentent les habitants de la métropole bisontine.

“A la recherche de l’eau perdue”

Pour les bisontines et les bisontins, l’eau c’est un peu “la madeleine de Proust”. L’odeur et la clarté des rivières, le bruit des sources, la feuille des jardins qui se redresse devant l’arrosoir, tout cela a disparu ! Pour autant, faut-il en être nostalgique ? Hebdo 25 Grand Besançon a été à la rencontre des élus et entreprises, acteurs de l’eau.

L’eau, bien commun à Besançon depuis le 14 août 1531 !

Assainissement et eau potable sont des services assurés depuis la Renaissance dans la capitale comtoise, quand le conseil municipal de l’époque engage un « Maistre des fontaines » pour assurer l’entretien des fontaines servant à la distribution de l’eau.  Plus près de nous, la régie municipale lance en 2006 “La Bisontine”. Marque déposée, c’est une première en France pour démontrer la qualité de l’eau du robinet. Au même titre que les marques d’eau minérale, “la Bisontine” inonde les panneaux publicitaires. “100% bien-être, écologique et économique, elle permet à un foyer de 4 personnes de faire une économie de 1000€/an” se vante Jean-Louis Fousseret, le maire de l’époque. En 2008, la régie publique de l’eau de Besançon propose même une “Bisontine gazeuse”.

Une ressource malgré tout abondante à Besançon
Christophe Lime est vice-président de Grand Besançon Métropole (GBM) en charge de l’assainissement et de l’eau potable ©YQ

Depuis une quinzaine d’années, Besançon fait figure de « bon élève ». Christophe Lime, le « Monsieur eau » de la communauté urbaine, œuvre depuis longtemps à l’interconnexion des réseaux de captage et des réservoirs pour assurer une distribution d’eau potable sur toutes les communes de la métropole, quelles que soient les situations hydrologiques de telle ou telle source. Sur le périmètre de Grand Besançon Métropole qui a désormais la compétence assainissement et eau, les ressources proviennent de quatre captages principaux : la source historique d’Arcier dont l’eau est issue du drainage naturel du premier plateau, le captage dans la Loue à Chenecey Buillon et les captages en profondeur de Novillars et de Chailluz. Ces ressources de bonne qualité, tendent à se détériorer du fait des pollutions multiples liées à l’agriculture mais également à la mauvaise qualité des stations de traitement des eaux usées dans beaucoup de communes. Après des périodes de concentration de la ressource, la politique actuelle tend à revenir à des sources de proximité ; c’est la raison pour laquelle il n’est plus question d’arrêter une source. La station de traitement de l’eau potable de La Malate assure l’essentiel du réseau d’eau potable de la communauté urbaine de Besançon.

Si le milieu naturel accepte un certain niveau de pollution, Christophe Lime souhaite travailler en concertation avec tous les acteurs concernés et particulièrement les élus locaux et les agriculteurs. “Dans un milieu exceptionnel, nous devons trouver des solutions exceptionnelles et prendre des décisions avant qu’on nous les impose”. Christophe Lime renvoie la balle vers les exploitations agricoles. Elles sont 168 sur le périmètre de la métropole bisontine. Pour ne pas pâtir d’une mauvaise image souvent faussée, l’élu bisontin (un rare expert dans la connaissance de l’eau à Besançon, ouvert et pragmatique) a adressé un questionnaire aux agriculteurs pour mieux connaître et améliorer leurs pratiques. A ce jour, il regrette n’avoir reçu qu’une quarantaine de réponses des professionnels.

L’assainissement, ça se voit au contraire des canalisations
Mickaël Roux, délégué régional par intérim des “canalisateurs” une des filières de la Fédération régionale des Travaux Publics et Cédric Perrot-Audet, dirigeant de la société SOGEA à Baume-les-Dames ©YQ

Depuis plusieurs années, les investissements ont porté sur l’assainissement au détriment de la distribution confirme Christophe Lime. A titre d’exemple, 9 millions d’euros ont été investis sur la station de Cussey s/l’ognon et des travaux importants sont programmés sur les stations du plateau (Fontain, Pugey, Mamirolle et Gènes). Il demeure que les centres d’épuration doivent être en proximité de la collecte des eaux usées “la gestion des eaux usées sur une longueur trop importante crée des nuisances olfactives” précise Christophe Lime. Interrogé sur les capacités de traitement des eaux usées, Mickaël Roux, délégué régional par intérim des canalisateurs de Bourgogne Franche-Comté, évoque la problématique des eaux pluviales. “Il n’existe pas sur Besançon de séparation entre les eaux usées et les eaux pluviales. Ces dernières, non potables mais propres, passent pourtant par les stations d’épuration, avec les risques de surcapacité qui entraînent des fuites”. Pour le représentant des entreprises de canalisations, il serait souhaitable d’un point de vue écologique et économique de créer des réseaux parallèles pour faire en sorte que les eaux pluviales (dites eaux claires) repartent directement dans le milieu naturel.

3 millions de m3 d’eau potable perdus chaque année à Besançon

Sur le réseau souterrain de distribution d’eau, cela représente 20% de la production d’eau potable de la métropole bisontine qui n’est pas distribuée. Alors que chaque été la préfecture interdit l’arrosage des pelouses ou le lavage des voitures, sous les rues 1 litre sur 5 disparaît sans être distribué.

“Quand je me compare, je me console ; quand je me regarde, je me désole”. Christophe Lime pourrait reprendre à son compte la célèbre phrase de Talleyrand. Besançon est plutôt un bon élève en matière de traitement et de distribution d’eau. Cela n’empêche que le taux de renouvellement du réseau de distribution atteint péniblement 0.41%. Pour Cédric Perrot-Audet, dirigeant de SOGEA à Baume-les-Dames, “il faut attendre en moyenne 170 ans au niveau national pour renouveler un réseau alors que la durée de vie des canalisations est de 70 ans. Sur Besançon, on est plus près de 120 ans. L’effort reste à entreprendre”. De son côté Christophe Lime relativise “nous faisons beaucoup de progrès dans la mutualisation des chantiers de canalisations. Les habitants ne comprenaient pas les trous à répétition. Aujourd’hui, voirie, Edf, Gaz, Télecoms…tous les acteurs interviennent conjointement”. Le vice-président de GBM donne aussi quelques chiffres qui ont donné un peu de baume au cœur des entreprises. Grand Besançon Métropole s’engage à augmenter sensiblement le budget Assainissement et Eau en signant un engagement d’investissement de 150 millions d’euros sur 10 ans, et portant les efforts sur les trois prochaines années à hauteur de 20 millions par an.

De leur côté, les entreprises de travaux publics spécialisées dans les canalisations souhaitent accompagner les décideurs publics. Dans la région Bourgogne Franche-Comté, la fédération des travaux publics va accueillir élus et services techniques dans des « Matinales » au cours desquelles ils offriront des « boites à outils » d’études et de financement. La première Matinale se déroulera à Besançon le 25 octobre prochain. Mickaël Roux ajoute “dans le cadre du plan de relance national de 100 milliards, les agences de l’eau débloquent actuellement 550 millions d’euros de subventions pour l’assainissement et la distribution d’eau potable. Il nous appartient d’en expliquer le mécanisme aux élus des EPCI (communautés de communes ou d’agglomération) et accélérer ainsi la rénovation des réseaux. C’est un objectif économique pour soutenir l’activité des PME locales. C’est aussi un objectif écologique pour ne plus perdre d’eau potable, cette ressource rare indispensable à la vie”.

Alors que certains propos politiques récents ont pu heurter à juste titre le monde économique bisontin, la relation entre la présidente de Grand Besançon Métropole et la fédération régionale des travaux publics est au beau fixe. C’est le fruit d’un travail constructif entre les entreprises et des élus parfaitement au fait de la complexité des chantiers, de l’importance de soutenir l’activité économique d’un secteur qui, malgré le contexte sanitaire, vient encore de recruter 10% d’apprentis en plus cette année.

Il reste que l’urgence est là. Certaines entreprises ne survivront pas si les ordres de chantier ne sont pas lancés dans les prochains jours. C’est l’activité du premier semestre 2021 qui est en cause. Et comme le souligne Cédric Perrot-Audet, “il serait souhaitable que les appels d’offres soient orientés vers les mieux-disants et non les moins-disants”. Le moins cher n’est pas forcément le meilleur service en matière de travaux publics.

Yves Quemeneur