L’effet « Dunning-Kruger »

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Nous avons appris très vite sur le Covid. Et beaucoup ont le verbe haut : ils savent tout sur le sujet. Un personnage connu (et qui sait conter) raconte que nous sommes en France 66 000 000 de procureurs. Tous très soucieux de défendre les intérêts de la société en veillant aussi sur l’ordre public.

En 1999, aux États-Unis un truand, une fripouille, braquait une banque après s’être barbouillé le visage de jus de citron. Il croyait brouiller les images des caméras de surveillance qui, pensait-il, ne sauraient ainsi l’identifier.

Le stratagème avait échoué.

L’histoire fit grand bruit et deux psychologues, Dunning et Kruger, cherchèrent à comprendre comment tant de bêtise avait pu conduire un tel
niolu, un pareil iodot, ce babeu, cette american-nouillotte sur la paille d’un cachot. Ils firent comme font les psychologues qui prospectent : des tests, des courbes, des groupes témoins et des statistiques.

Leur conclusion est troublante. Ils ont découvert qu’apprendre à peine un peu d’un sujet nous persuade souvent que nous sommes devenus experts en la chose. En apprendre un peu plus et nous voilà éligible aux plateaux télé, coiffés d’une aura fraichement repassée. Ça n’est qu’arrivé au sommet de notre savoir qu’on peut découvrir alentour et à perte de vue l’immense étendue de notre ignorance. Malheureusement la plupart calent avant
d’atteindre la cime et ne le sauront jamais.

Des chercheurs estiment qu’il faut 10 000 heures de travail pour devenir un expert en son domaine, soit 5 ans d’expérience à temps plein. Ce serait le temps nécessaire pour maitriser son sujet, connaitre ses limites. Et bien évaluer ce qu’on ignore encore.

Mais avec ce virus tout est allé si vite…