L’emploi, encore l’emploi, toujours l’emploi !

90
Faire pousser les emplois de demain pour l'artiste Nacle qui a réalisé une fresque à Micropolis à l'occasion du Carrefour des Collectivités locales ©YQ

Les étudiants, collégiens, demandeurs d’emploi ou plus simplement les personnes en reconversion professionnelle ont eu les oreilles qui sifflaient le jeudi 23 septembre. Retour sur une journée où les acteurs économiques n’ont pas manqué d’arguments pour embaucher.

« Nous sommes une équipe de passionnés »
Manuella Morgadinho présidente (délégation du Doubs) de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Bourgogne Franche-Comté

Bruno Grandvoynet est pâtissier rue de Belfort à Besançon. Il est aussi n°2 de la liste doubienne « La voix des artisans » pour les élections du mois d’octobre dans les Chambres des métiers et de l’artisanat. La liste dirigée par Manuela Morgadinho (entreprise de peinture à Thise) présentait le 23 septembre un programme « pour un artisanat fort et rayonnant sur l’ensemble du Doubs, dans une économie de proximité en constante évolution ». Elle veut poursuivre le travail entrepris auprès des jeunes. « La jeunesse est la force de demain. Nous devons leur proposer avec l’apprentissage la voie de l’excellence, ce sont les petites entreprises qui ont cette capacité ». Depuis 5 ans, les CFA de l’artisanat dans le Doubs ont formé 9 687 apprentis, à 80% dans les TPE (entreprises de moins de 10 salariés). Recruter des jeunes dans l’artisanat, c’est aussi assurer l’avenir de l’économie de proximité dans tous les territoires. Aujourd’hui, les artisans sont âgés en moyenne de 54 ans ; dans le Doubs, 20% des entreprises artisanales sont à reprendre, c’est un challenge important à relever pour les jeunes générations et une manière de se réaliser professionnellement et humainement.

Mais les artisans s’inquiètent aussi du développement des autoentrepreneurs. Pour Manuella Morgadinho, « c’est une sous-traitance insupportable qui permet aux grandes entreprises de transférer leurs charges salariales ». C’est le rôle des chambres de métiers et de l’artisanat que de remettre les 10 926 entreprises artisanales du Doubs et leurs 31 414 collaborateurs et collaboratrices au cœur de l’économie.

THISISMYJOB.FR
SIS dispose de trois sites industriels à Avoudrey, Valdahon et Etalans où l’entreprise de maroquinerie de luxe emploie 1050 salariés ©YQ

La passion de l’excellence et le manque de main d’œuvre touchent aussi l’industrie. Jeudi 23 septembre, la société SIS organisait une journée de l’emploi sur le site majeur de l’entreprise au Valdahon. Le groupe qui emploie 1 500 personnes dans le monde dont 1 050 sur les quatre sites francs comtois (400 salariés au Valdahon, 300 à Avoudrey, 250 à Etalans et une centaine à Vesoul) est spécialisé dans la maroquinerie de luxe (sacs, bracelets montres et accessoires en cuir). Référence d’excellence pour les grandes marques du luxe, l’entreprise fête cette année les 10 ans de son école de maroquinerie interne. « EMA (Ecole de Maroquinerie d’Avoudrey) a formé 1 200 stagiaires dans 90 sessions de formation depuis 10 ans, aboutissant à 900 contrats de travail » souligne Christophe Brun, le responsable de l’école.

Former, qualifier, insérer, certifier

Dans le cadre de son développement, les sites de production de SIS envisagent le recrutement de 1 500 personnes à l’horizon de trois ans. De niveau BEP, la formation des stagiaires se déroule sur 14 semaines (500h) pour des postes de coupeur, monteur et préparateur. Les stagiaires sont demandeurs d’emploi ou en reconversion. Tous sous le statut de stagiaires de la formation professionnelle, ils perçoivent la même rémunération minimum qu’ils soient allocataires du RSA ou pas (l’entreprise compense les différences entre les statuts). A l’issue de la formation, SIS propose majoritairement des CDI rémunérés 1591€/brut par mois pour les opérateurs, auxquels s’ajoutent un 13ème mois complet après 36 mois de présence, une mutuelle et un contrat prévoyance groupe.

Pour Sophie Monnet, Responsable des ressources humaines dans le groupe SIS depuis 2011 « le recrutement et la fidélisation des salariés est un axe stratégique de l’entreprise. Nos clients sont extrêmement exigeants et au-delà des compétences professionnelles acquises dans notre école, le savoir-être est primordial ». L’entreprise implantée en zone rurale offre donc des conditions de travail adaptées : des crèches dans les sites d’Avoudrey et du Valdahon (30 places dans chaque unité) des salles de sport et de repos… « Notre activité est industrielle et nos personnels travaillent sur le même produit de 6 à 8 mois mais changent d’activité plusieurs par jour pour réduire les problèmes musculo-squelettiques » complète Sophie Monnet.

L’entreprise accompagne les salariés en matière de mobilité, favorisant en particulier le co-voiturage. Elle souhaite également que la ligne des Horlogers, modernisée, puisse offrir des cadencements adaptés aux horaires, les trois sites (Etalans, Valdahon et Avoudrey) sont situés sur l’axe Besançon – La Chaux-de-Fonds. Exemplaire avec ses collaboratrices et collaborateurs, SIS est à l’image de beaucoup de secteurs d’activité…son expansion dépend de sa capacité à recruter !

« La valeur travail au cœur des entreprises »
Christophe Ribette (Président d’Ecorse TP), Christine Bouquin (Présidente du conseil départemental du Doubs), Patrick Genre (Président de l’association des Maires du Doubs), Jean-François Colombet (Préfet du Doubs), Anne Vignot (Présidente de Grand Besançon Métropole) et Vincent Martin (Président de la FRTP) à l’inauguration du « Carrefour des collectivités locales » à Micropolis ©YQ

Vincent Martin, le président de la Fédération des Travaux Publics (FRTP) de Bourgogne Franche-Comté a fixé la ligne directrice des entreprises à l’occasion du « Carrefour des Collectivités Locales » qui s’est tenu le 23 et 24 septembre à Micropolis. Après une année blanche en 2020, l’événement qui réunit depuis 9 ans élus locaux, techniciens des collectivités et les entreprises de travaux publics a retrouvé l’ambiance des grands salons : 2000 visiteurs et 120 exposants pendant deux jours.

« Grand Besançon Métropole engage chaque année 200 millions d’euros de commandes publiques. Nous imaginons de nouvelles pratiques d’achats responsables tout en repensant notre vivre-ensemble » a souligné Anne Vignot en inaugurant le Carrefour. De son côté Patrick Genre, Maire de Pontarlier et Président de l’Association des Maires du Doubs évoque « des entreprises qui sont utiles à la collectivité et doivent être aussi profitables ». Le rebond économique est là ; pourtant certains appels d’offres restent infructueux, les entreprises n’ayant pas le personnel pour en assurer l’exécution.

Vincent Martin (Président de la FRTP), Christine Bouquin (Présidente du conseil départemental du Doubs), Patrick Genre (Maire de Pontarlier et Président de l’association des maires du Doubs) et Jean-François Colombet (Préfet du Doubs) ©YQ

Les entreprises de travaux publics sont vertueuses vis-à-vis de leurs salariés, « vertueuses et écologiques également. L’économie circulaire est dans l’ADN des Travaux Publics » ajoute Christophe Ribette, le président d’Ecorse TP, coorganisateur de l’événement. Et Vincent Martin de poursuivre « les Travaux Publics, c’est la vie du quotidien (énergie, eau, assainissement, routes), nous travaillons pour les générations futures ». On retiendra la conclusion de Jean-François Colombet, le préfet du Doubs « Nous devons protéger un bien précieux…l’entreprise » !

Il y a encore du chemin des paroles aux actes. Que l’on soit artisan, industriel ou entreprise de travaux publics, la relance est grandement tributaire de la capacité des entreprises à recruter. Pourtant, selon Pôle-Emploi, on recense sur l’année 2021 19 938 offres d’emploi face à 24 959 demandeurs d’emploi en catégorie A (n’ayant aucune activité professionnelle). Le phénomène n’est pas nouveau et toujours pas résolu.

Yves Quemeneur