L’engrenage des violences conjugales

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Les hommes aussi sont victimes de violences conjugales. Un tabou à briser de toute urgence !

C’est un sujet d’actualité brûlante, une réalité face à laquelle nous ne pouvons plus garder les yeux fermés : les violences conjugales font de trop nombreuses victimes chaque année.

On estime qu’en France, 220 000 femmes subissent chaque année des violences conjugales, à caractère physique et/ou sexuel. Sur ce nombre déjà alarmant, seules 19% des victimes osent déposer plainte. En 2017, 130 femmes ont été tuées des mains de leur conjoint.
Mais il n’y a pas que les femmes qui soient victimes d’un conjoint violent. Les hommes eux-aussi subissent les coups portés par leur compagne et 21 d’entre eux en sont morts en 2017. Une situation souvent très mal vécue par les victimes qui souffrent de l’incompréhension générale face à une telle situation. A la fois victimes et honteux, ces hommes préfèrent garder le silence sur leurs blessures et sont bien souvent mis à l’écart des campagnes de sensibilisation menées face aux violences conjugales. Pourtant, il devient urgent de protéger aussi ces personnes en souffrance et de leur venir en aide, au même titre que les femmes.
Deux femmes et un homme ont accepté de témoigner sur leur parcours douloureux, dont ils sont sortis saufs mais pas indemnes.

Lorsqu’elle s’invite dans le couple, la violence peut avancer sournoisement ou beaucoup plus brutalement. Pour M., ce fut lors d’une soirée. Lors d’une seule soirée. “Je revenais d’un séjour à Paris, explique la jeune femme. Je venais d’informer mon compagnon que je souhaitais le quitter. La conversation a pris un tournant auquel je ne m’attendais pas. A. est devenu furieux et a voulu me faire avouer des actes que je n’avais pas commis. Le ton est monté très vite, il voulait absolument obtenir mon téléphone. J’ai refusé, par principe. Il m’a alors attrapée par le bras, me faisant une entorse au poignet puis, alors qu’il avait réussi à choper mon appareil, il s’est enfui dans la salle de bains. Je l’ai suivi et c’est là qu’il m’a coincée dans l’embrasure de la porte, avec la porte, en serrant de toutes ses forces. Je hurlais, mais rien n’y faisait ! C’est lorsqu’il m’a vue paniquer qu’il a arrêté, avant de me cajoler … ”
Stéphanie a vécu l’enfer avec son ex-conjoint. “J’avais 15 ans lorsque l’on s’est rencontrés. Nous nous sommes très vite installés ensemble et c’est à ce moment-là que tout a dérapé. Il a voulu faire de moi une femme musulmane, à ne pas manger de porc et à ne dire bonjour à aucun garçon. Si l’un d’eux venait à me saluer, c’est que je l’avais cherché. Puis, il m’a enfermée à l’appartement, sans téléphone ni ordinateur. Je n’avais plus d’amie, et ma famille ne comprenait pas mes silences.Je me prenais des claques tous les soirs, il me disait que j’étais grosse et moche, que jamais personne ne me trouverait séduisante et moi, je le croyais. Il y a eu des violences sexuelles également et la certitude de n’être qu’une traînée. J’ai réussi à m’enfuir une fois mais il m’a retrouvée, s’est excusé … et je l’ai cru. Il a pris une deuxième femme et j’ai subi ça durant des années. Et puis, un jour, le jour de trop, il s’est pointé avec une arme dirigée contre ma tempe. Il voulait que je saute par la fenêtre pour faire croire à un suicide. J’ai ressenti une force inconnue qui m’a poussée à le frapper en retour et à m’enfuir.” Et les voisins dans tout ça ? “Ils entendaient, forcément, mais jamais personne n’a bougé ! Je ne comprends encore pas aujourd’hui pourquoi ils ne régissaient pas. Mais cela nourrissait ma certitude que la situation était normale !”

Des hommes en grande souffrance, victimes de violences … et de tabous.

François a accepté de témoigner sur le calvaire qu’il a vécu pendant près de vingt ans. “J’ai été un enfant maltraité, élevé dans la violence et le mépris. Lorsque j’ai rencontré la femme qui allait partager ma vie pendant 20 ans, j’étais isolé de tout et de tout le monde. Je compare facilement notre relation à l’image d’une grenouille que l’on va faire bouillir en la plongeant initialement dans une casserole d’eau froide. Pas de danger apparent et puis ça monte, progressivement sans que la grenouille ne puisse plus réagir. Les violences se sont invitées par des propos insultants. Elle s’est attaquée à ma personnalité, mes capacités professionnelles et même mon identité masculine.” Le piège s’est alors refermé sur François qui, détruit dans son amour-propre et l’estime de lui-même, recevait sans broncher les coups portés par sa compagne. “Je n’étais capable d’aucune réaction, luttant pour conserver à n’importe quel prix une cellule familiale, et surtout convaincu qu’elle avait raison. La peur générée par ses réactions et ses actions me paralysait, me replaçant dans le contexte de l’enfance.” Le déclic est finalement apparu grâce à l’amour de ses 2 enfants ainsi que de Mariana, la femme qui partage sa vie. François conclut sur ces mots : ” La honte, la maltraitance, la souffrance qui comme dans de nombreux cas ont étés physiques mais surtout psychologiques, ne sont pas les plus lourds à porter. L’abandon et l’isolement que notre société génère, sont encore bien plus lourds à porter.”
Le tabou des violences faites aux hommes doit être brisé et les actions menées en leur faveur doit suivre le même chemin que celui emprunté contre les violences faites aux femmes. La parité doit se jouer dans les deux camps et il est temps que les hommes en souffrance puissent, sans honte, parler de leur calvaire et s’en affranchir, la tête haute.
Si vous êtes victime de violences conjugales, composez le 3919.

Retrouvez les témoignages complets sur notre page facebook Hebdo25.

La violence subie réduit les victimes à l’état de néant.