Les camions ne passeront plus par Besançon !

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En prenant un arrêté d’interdiction du trafic de transit pour les poids lourds de plus de 3,5 tonnes, la maire écologiste de Besançon  a raison de “tenter de pousser l’Etat à prendre ses responsabilités en terme d’infrastructures de transport” !

Qui peut remettre en question les nuisances des riverains de la RN 83 particulièrement entre Bersaillin et Besançon. Les habitants de Rennes-sur-Loue, de Samson, Larnod voire de Beure peuvent être excédés à juste titre par les milliers de camions qui traversent leurs villages. Pour autant, la maire de Besançon veut répondre à un vrai problème avec de fausses solutions.

La France, et notamment la Franche-Comté, est un territoire de transit dans les liaisons Sud-Nord de l’Europe. Vouloir le nier, c’est comme vouloir nier l’apparition du soleil chaque matin du monde.

Dans son projet d’arrêté municipal, Anne Vignot évoque des “nuisances environnementales affectant la santé et la qualité de vie des riverains”. C’est oublier un peu vite que la filière industrielle poids lourds est l’une de celles qui a fait le plus dans l’amélioration des « moteurs propres ». La norme EURO 6 impose depuis 2015 des limites de 0,4 g/kwh pour l’oxyde d’azote (NOx) et de 0,01 g/kwh pour les particules fines. Si le transport routier, tous véhicules confondus, est l’une des principales causes de la pollution atmosphérique, ce ne sont pas les camions qui en sont essentiellement à l’origine. La maire de Besançon cite également “les nuisances sonores” et “les risques importants d’accidents pour les piétons et les cyclistes”. Si les accidents impliquant des poids lourds ont des conséquences plus graves par définition, les camions ne sont que très faiblement la cause des accidents au regard des kilomètres parcourus.

Enfin, qu’entend la maire de Besançon quand elle parle de « transit » ? S’il s’agit d’un camion venant de Barcelone à destination de Francfort en un seul transport, il n’a effectivement rien à faire sur la route, voire même sur l’autoroute. Il existe d’ores et déjà des autoroutes ferroviaires à développer pour ce type de transport.

Mais qu’en est-il du transit pour un camion qui charge dans la région lyonnaise pour livrer des entreprises à Quingey, Besançon, Devecey puis Vesoul ? L’autoroute ne peut être la solution !

Anne Vignot oublie enfin la réglementation européenne qui, en autorisant le cabotage*, permet à des transporteurs « exotiques » de sillonner toutes les routes de France en toute légalité…quoique ! Et cela en contravention avec les règles sociales françaises créant ainsi des problèmes de concurrence déloyale avec les transporteurs français.

Entre l’indispensable croissance économique source de créations de richesses pour les habitants du territoire franc-comtois et la nécessaire prise en compte des impacts sur l’environnement, ce n’est pas un arrêté municipal aux contours très flous qui résoudra cette difficile équation. Il semble par ailleurs qu’Yves Guyen, vice-président de Grand Besançon Métropole en charge des voiries, n’ait même pas été informé des termes d’un arrêté qui concerne l’ensemble de l’agglomération.

A moins que la signature de cet arrêté soit tout simplement un « coup politique » à quelques jours du second tour des élections régionales et surtout des votes décisifs (le 24 juin en conseil municipal et le 28 juin en conseil communautaire) sur l’aménagement routier de la RN 57 entre Micropolis et Beure.

Yves Quemeneur

*cabotage : Dans le droit européen du transport routier de marchandises, le cabotage consiste à quitter un pays de l’union européenne, à charger et décharger à plusieurs reprises dans un pays frontalier entre deux transports internationaux.