Les débats n’étaient pas confinés au 1er conseil municipal 2021 de Besançon

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Conseil exceptionnel au cours duquel Anne Vignot avait invité Etienne Manteaux Procureur de la République et Joël Mathurin Préfet du Doubs à évoquer les problèmes de sécurité avant de voter la nouvelle convention entre Police nationale et Police municipale ©YQ

Comme si la municipalité d’Anne Vignot l’avait souhaité, l’ordre du jour ne pouvait qu’attiser les oppositions, voire les haines entre majorité et opposition : la sécurité des habitants et l’épineux dossier des Vaîtes.

En préambule au conseil, Anne Vignot avait invité le Préfet Joël Mathurin et le Procureur de la République Etienne Manteaux, à s’exprimer devant les élus sur les chiffres de la délinquance dans la capitale comtoise. Les deux hauts fonctionnaires marchaient sur des œufs conscients de ne pas faire de faux pas “politique”.

Joël Mathurin a évoqué le recul notoire de la délinquance de 12% dans une année bien spéciale mais une augmentation nette des atteintes à l’intégrité physique (violences intrafamiliales en particulier). En matière de lutte contre le trafic de stupéfiants, il a parlé “d’un système pré-mafieux” rendant aussi hommage à Jean-Louis Fousseret qui s’est battu pour faire de Planoise l’un des premiers quartiers en France “Quartier de Reconquête Républicaine”. C’est sous le précédent mandat que des unités mobiles de sécurité ont été mises en place et que les effectifs de la police nationale ont été augmentés très sensiblement (38 nouveaux policiers nationaux). En creux dans les propos du Préfet…rendons à César… ! Le Préfet n’a pas oublié le volet prévention en rappelant le succès auprès de 500 jeunes de Planoise du Centre de loisirs jeunes de la police nationale ou encore la cellule 2ème chance pour “sortir les 18/25 ans de la logique des réseaux”.

De son côté Etienne Manteaux le Procureur de la République a mis l’accent sur l’augmentation des violences familiales en 2020 pendant le premier confinement. “A la fois, la parole des femmes s’est libérée et le confinement des habitants a permis plus de signalements de violences à la police”. On aura noté l’hommage très appuyé du Procureur à la police nationale. “De toute ma carrière, c’est à Besançon que j’ai trouvé des policiers exceptionnels, motivés et compétents”. Sachant le futur débat sur le dispositif de vidéo-protection, Etienne Manteaux a souligné la très grande utilité de ce réseau pour appréhender les délinquants sur la voie publique. Sans répondre à Hasni Alem, conseiller municipal communiste, sur la légalisation du cannabis pour réduire les trafics, le Procureur de la République a simplement souligné que les nouveaux produits stupéfiants contiennent un pourcentage de THC plus important mettant en cause la santé des consommateurs de cannabis.

Triste passe d’armes sur la convention police nationale/police municipale

Entre Olivier Grimaître (A Gauche Citoyens) qui parle de relation distante entre police et population et Benoît Cypriani (EELV et Adjoint à la tranquillité publique) qui évoque l’absence de proximité de la police municipale avec la population si les agents étaient armés et le “tout répressif” de Ludovic Fagaut, le débat ne pouvait pas être serein. Les oubliés de cette soirée étaient les bisontines et les bisontins. Les habitants ont besoin de sécurité et de fermeté sans pour autant transformer la police de proximité en « terminator ». Ludovic Fagaut attaque frontalement Benoît Cypriani “Qu’avez-vous à reprocher aux policiers municipaux. Il faut recruter, former et armer la police municipale ?”  Anne Vignot intervient pour préciser que le nombre de policiers municipaux à Besançon est l’un des plus élevés de la zone Grand Est (63 policiers/100 000 habitants) quand il y en a 63 pour 155 000 habitants à Dijon. Logiquement, la nouvelle convention entre police nationale et police municipale a été validée malgré les 4 votes contre du groupe MEI-MODEM et 11 abstentions du groupe Besançon Maintenant.

La température de la salle est montée d’un cran avec le dossier des Vaîtes

Le conseil municipal était invité à se prononcer sur la création (enfin) du GEEC (Groupe d’Etudes sur l’Environnement et le Climat). Prévu pour rendre son rapport en décembre dernier, les 12 experts scientifiques devront rendre leur copie au plus tard le 11 mars prochain. Si le principe d’un groupe d’experts trouble l’opposition sur un projet d’urbanisme raisonné dont l’idée remonte à 2004, c’est sa composition qui pose problème. “Ce n’est pas un groupe d’experts indépendants mais plutôt une Amicale des amis de la Maire” s’étonne Ludovic Fagaut, “il compte dans ses membres 40% de soutiens actifs ou sympathisants à la majorité écologiste”. Laurent Croizier (Modem) ajoute “Au lieu de faire venir des experts, échangez avec les bisontins dans la vraie vie”. On aura noté la reconnaissance par l’opposition de l’excellent travail de l’ancien adjoint PS à l’urbanisme Nicolas Bodin. Les résultats de ce groupe d’experts risquent bien d’être à nouveau un coup de canif dans le fragile équilibre d’une gauche de plus en plus plurielle. Résultat : 15 votes contre et 8 abstentions des élus PS.

En complément, l’exécutif a proposé au conseil de voter la création d’un « conseil citoyen » amené à formuler des propositions à la suite du groupe d’experts sur le dossier des Vaîtes. 50 habitants tirés au sort devront en trois jours donner un avis sur le devenir d’un quartier stratégique pour la reconquête urbaine de Besançon. Myriam Lemercier (Besançon Maintenant) s’insurge contre un budget de 50 000€ octroyé à une agence de communication parisienne pour organiser cette consultation citoyenne.

Parce qu’au-delà des querelles politiques inutiles, l’objectif de l’éco-quartier des Vaîtes était et est bien de ramener de la population dans la Ville pour éviter l’étalement urbain et la bétonisation des campagnes, il semble étonnant que la majorité écologiste de Besançon ne soit pas sensible à cet argument majeur.

A Besançon, les conseils municipaux se suivent et se ressemblent. L’opposition s’oppose, la majorité décide. Dans l’équilibre si étroit sorti des urnes en juillet 2020, les habitants de Besançon attendent mieux de leurs élus que de l’idéologie à deux sous.

Yves Quemeneur