Les oubliés du Ségur de la Santé

Le secteur du handicap est exclu des conclusions du Ségur de la Santé, s’insurge l’ADAPEI du Doubs.

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Le secteur du handicap est exclu des conclusions du Ségur de la Santé, s’insurge l’ADAPEI du Doubs.

« Les Français aiment leurs soignants »

En présentant en juillet 2020 les conclusions des travaux du « Ségur de la Santé », le ministre Olivier Véran séparait déjà les soignants : ceux de l’hôpital public, ceux de la médecine libérale, ceux intervenant auprès des personnes âgées, les aides à domicile et enfin ceux accompagnant les personnes en situation de handicap.

8,2 milliards pour revaloriser les professionnels de santé

Mesure phare du Ségur, elle prévoyait « la revalorisation de l’ensemble des métiers non-médicaux dans les établissements de santé et médico-sociaux des secteurs publics ou privés, prévoyant également le recrutement de 15 000 personnels ». Pourtant, il aura fallu de nombreux mois de négociations pour que tous les personnels des EHPAD et les aides à domicile soient intégrés dans cette disposition. Et l’ensemble des personnels travaillant auprès des handicapés reste exclu du dispositif de revalorisation salariale.

Dans le département du Doubs, selon Franck Aigubelle directeur de l’ADAPEI du Doubs, seuls 300 salariés sur les 2 000 professionnels qualifiés intervenant dans l’association, bénéficieront de la revalorisation salariale à hauteur de 183€ nets/mois à compter du 1er janvier 2022. Selon les chiffres fournis par l’ADAPEI, « le coût de l’extension à l’ensemble des professionnels concernés dans ces filières socio-éducatives et paramédicales dans le Doubs, serait de 3,5 millions d’euros ».

Constat alarmant : une pénurie de ressources humaines

Sur tout le territoire français, les associations accompagnant les personnes en situation de handicap sont confrontées à une pénurie importante de professionnels médico-sociaux qualifiés. 71% des établissements rencontrent des difficultés de recrutement. On compte 65 000 postes non pourvus alors que le secteur anticipe 150 000 départs en retraite d’ici 2025 dans 35 000 établissements.

Au niveau régional (Bourgogne Franche-Comté) ce sont 370 postes vacants et des démissions massives au premier semestre 2021 (56 éducateurs spécialisés, 45 aides-soignants, 36 infirmiers, 43 aides médico-psychologiques et 56 cadres de direction…)

Pire, dans le département du Doubs au sein de l’ADAPEI, 72 offres d’emploi restent à pourvoir dont 11 aides médico-psychologiques, 7 aides-soignants, 6 éducateurs spécialisés, 4 orthophonistes et 4 psychomotriciens.

Manque d’attractivité pour des métiers très impliquant

La pénurie de personnels n’est pas nouvelle, précise l’ADAPEI du Doubs. Les métiers en lien avec le handicap (physique, mental, polyhandicapé, autiste…) nécessitent une vocation de service au-delà de l’aspect rémunération. Pourtant, comme le souligne José Gomes le président de l’ADAPEI du Doubs « le manque d’attractivité a été considérablement amplifié par la non-application des mesures du Ségur de la Santé au secteur de l’accompagnement des personnes en situation de handicap. Les professionnels du secteur de la santé (hôpital) et des personnes âgées (EHPAD) ont bénéficié d’une revalorisation de 183€ nets/mois ». Plus récemment, les aides à domicile ont également bénéficié d’une revalorisation importante de leurs prestations.

Aujourd’hui, une infirmière recrutée à l’hôpital  gagne 500€/mois de plus que la même infirmière travaillant dans le secteur médico-social. « Situation intolérable » pour Nicole Gauthier, membre du conseil d’administration de l’ADAPEI.

Le directeur général de l’ADAPEI s’alarme « il nous est impossible de recruter et même de fidéliser nos salariés. En 2021, nous sommes confrontés à des départs massifs de nos professionnels vers l’hôpital et les EHPAD ». Le territoire du Doubs souffre également de la proximité de la Suisse « aspirateur à emplois qualifiés ». Pour Franck Aigubelle, « comment fidéliser un éducateur spécialisé à Morteau quand il peut trouver un salaire trois fois plus élevé de l’autre côté de la frontière ».

Les personnes en situation de handicap sont oubliées
Adapei du Doubs
Les enfants sont-ils si différents DR

La pénurie de professionnels a des conséquences directes sur l’accompagnement des handicapés, particulièrement des enfants. « S’il manque une infirmière, un orthophoniste ou un psychomotricien dans un établissement, le manque de soins a un impact direct sur le développement des enfants ».

Côté finances, l’ADAPEI du Doubs est un cas particulier. Historiquement, l’association s’est fortement impliquée dans l’insertion par le travail des personnes en situation de handicap. Aujourd’hui, l’ADAPEI tire un tiers de ses recettes de ses activités d’entrepreneur (dans la restauration, les prestations de services et l’industrie en particulier). Les deux autres tiers sont assurés à égalité par l’ARS Bourgogne Franche-Comté et par le conseil départemental du Doubs. José Gomes le confirme « notre association n’a pas les moyens de prendre en charge une augmentation aussi importante des rémunérations, c’est à l’Etat d’assurer une égalité de traitement entre les mêmes professionnels quel que soit leur secteur d’intervention ».

Au niveau départemental, les Orientations budgétaires 2022 présentées le 25 octobre dernier n’évoquent le sujet des personnes handicapées que sous l’angle de la revalorisation de la prestation de compensation du handicap (PCH) pour le maintien à domicile. Le Conseil départemental intervient également dans l’accompagnement à l’hébergement non médicalisé des adultes handicapés. Rien n’apparaît sur l’action du département en matière de revalorisation des rémunérations des personnels des établissements d’accompagnement des handicapés. Suite aux courriers adressés par l’ADAPEI à la présidente du conseil départemental, aux parlementaires et aux maires du département, ce sujet sera-t-il  à l’ordre du jour de la session du 13 et 14 décembre 2021 qui devra voter le budget primitif du département pour 2022 ?

L’ADAPEI du Doubs a relayé la pétition nationale lancée par l’UNAPEI « Professionnels médico-sociaux : reconnaissons leur juste valeur » sur www.Change.org. Au 31 octobre, plus de 50 000 personnes ont signé cette pétition. « Il est temps de garantir à chaque personne en situation de handicap un accompagnement digne » souligne la pétition.

Yves Quemeneur